Qui était Bernard Palissy ?
Illustre potier du XVIème
siècle au nom universellement connu, à la fois céramiste,
savant et écrivain, il étonne ses contemporains. Nul autre
mieux que lui, peut-être, n'incarne en France le profil du génie
universel de la Renaissance.
Né vers 1510 aux environs d'Agen dans un village
nommé Lacapelle-Biron (Lot-et-Garonne), sa jeunesse va se dérouler
sous le règne de Louis XII puis, à partir de 1515, sous
celui de François 1er ; il va donc grandir au milieu d'hommes de
cet extraordinaire XVIème siècle et il sera l'une des figures
les plus marquantes de la Renaissance. C'est à Saintes, région
de tradition potière depuis le Moyen-Âge, que son père fabricant
de tuiles lui fit donner une certaine instruction.
Dès sa première jeunesse,
il put exercer la profession de l'arpentage (géomètre),
de la portraiture et de la vitrerie. Son apprentissage terminé,
il entreprend vers 1530 une série de voyages instructifs et un
tour de France (comme c'était l'usage de terminer tout sérieux
apprentissage).

Il se fixe dans la ville de Saintes
vers 1535 où il continue d'exercer ses trois professions. Quatre
ans plus tard, il se marie. Vers 1539-1540, le hasard veut qu'une coupe
de terre émaillée d'un blanc admirable tombe entre ses mains.
Il va alors s'acharner à percer le secret de la composition de
l'émail blanc qui, dit-on, est la source des couleurs. C'est en
1555, après une vingtaine d'années d'épreuves physiques
et morales qu'il peut couvrir les poteries d'un émail jaspé
: le seul qui fasse le vrai mérite de ses ouvrages de terre. Il
produit alors un certain nombre de vases, statuettes, bassins, plats,
ustensiles divers qu'il appelle du nom collectif de rustiques figulines
qui feront sa renommée et auxquelles son nom est associé.
Cette fabrication de l'émail est consignée dans l'Art de
Terre, mais il n'y dévoile rien de sa technique...
Palissy aurait vécu tranquille
si la Réforme ne fût venue l'arracher à ses occupations
: il prend alors des options religieuses qui un jour lui coûteront
la vie et se fait protestant. Il contribue pour beaucoup à la fondation
de l'Église réformée de Saintes en 1562. Dénoncé
aux autorités judiciaires, il est arrêté et incarcéré
à la conciergerie à Bordeaux. Il ne doit son salut qu'à
l'intervention du connétable de Montmorency qui s'adressant à
Catherine de Médicis réussit à obtenir du roi sa grâce.
Palissy est alors nommé « inventeur
des rustiques figulines du Roy ». En 1563, il publie un ouvrage intitulé
la Recepte véritable composé durant sa captivité
; il le dédie à ses bienfaiteurs. En 1564, il est toujours
au service du connétable et le restera jusqu'à la mort de
ce dernier en 1567. À ce moment-là, il quitte Saintes pour Paris
appelé par la Reine Mère pour l'édification d'une
grotte rustique dans le jardin des Tuileries. En avril 1572, sa position
privilégiée lui vaut d'échapper au massacre de la
Saint-Barthélémy ; il se réfugie à Sedan jusqu'en
1576 où il continue son activité de céramiste décorateur.

Dès 1575, il ouvre un cours public où
il convie tous les érudits de la capitale à entendre « ses
conférences de sciences naturelles ». Le succès croissant
de ses leçons se poursuit pendant une dizaine d'années jusqu'en
1584. Il publie ses conférences en 1580 à Paris sous le
titre de Discours admirables des eaux et des fontaines. Mais il connaît
de nouveau les persécutions dues à sa qualité d'hérétique.
Arrêté en 1586, emprisonné de décembre 1586
à janvier 1587, il est repris par la Ligue (1588) et condamné
à être pendu et brûlé.
Jeté à la Bastille, sa peine fut commuée par le Roi
Henri III, mais il ne fut pas libéré. C'est ainsi que deux
ans plus tard, en l'an 1590, Maître Bernard Palissy âgé
de quatre-vingts ans mourut « de faim, nécessité et mauvais traitements »,
comme l'écrit Pierre de l'Estoile, audiencier de la chancellerie,
dans son journal.

Ainsi disparut l'inventeur des rustiques figulines
du Roy que le bibliographe Lacroix du Maine qualifiait en 1584 de « Philosophe
naturel et homme d'un esprit merveilleusement prompt et aigu ».