LE " CHEMIN DU CITOYEN QUI MARCHE DROIT "

Pour disposer d’une main d’œuvre obéissante dans les entreprises et de soldats fanatisés dans l’armée, les nazis embrigadent garçons et filles, en mêlant activités de jeu et accoutumance à l’obéissance inconditionnelle.
Affiche de propagande pour les " Jeunes du Peuple ", in Nathan, Histoire-Géographie 3e, 1999, DOCt n° 1,  p. 72

" JEUNES
DU
PEUPLE "
JUNGVOLK "

Le jeune garçon, enrôlé comme " Pimpf " (" gamin "), devient " Jungvolk " (" Jeune du Peuple ") à 10 ans, après avoir prêté serment de servir et de donner sa vie à " Hitler, sauveur de la patrie " sur le drapeau. Il reçoit alors un entraînement physique et une formation idéologique, sanctionnée par des notes et des récompenses, les " insignes de performance ".

" JEUNESSE HITLERIENNE "
HITLERJUGEND "

A 14 ans, le jeune garçon devient membre à part entière de la " Hitlerjugend " c’est-à-dire de la " Jeunesse hitlérienne " et reçoit alors une formation sportive, politique et paramilitaire plus poussée.Les séjours dans les camps – dont chaque portail est orné de la devise " Nous sommes nés pour mourir pour l’Allemagne " – permettent de lui faire partager les mêmes valeurs et de lui inculquer le culte de la force et la dévotion du Führer, afin d’en faire des sujets fanatisés, entraînés physiquement et militairement.

Affiche de propagande pour la " Jeunesse hitlérienne ", in Bréal, Histoire 1e, 1997, DOCt n° 2,  p. 276
Baldur von Schirach, in " Chroniques de l'Histoire ", Adolf Hitler, J. Legrand SA, 1997, p. 61 Cette organisation nazie concernant la jeunesse allemande se développe sous la direction impitoyable de Baldur von Schirach, intime du Führer, puisque de 100.000 membres en 1932, la " Jeunesse hitlérienne " est passée à 3.4 millions en 1934, pour atteindre plus de 8 millions en 1938, devenant ainsi une force majeure au début des années 1930.
Von Schirach, qui est nommé chef de la Jeunesse du Reich en juin 1933, affirme que " seul ce qui est éternellement jeune doit avoir sa place dans notre Allemagne… La jeunesse est une attitude… Les hommes intérieurement vieux sont la peste d’un peuple sain " ajoutant que " celui qui marche dans les rangs de la Hitlerjugend n’est pas un numéro parmi des millions d’autres, mais le soldat d’une idée ".

Le Service du Travail
L’armée

A 18 ans, les garçons sont mûrs pour passer dans le " Service du Travail ", puis dans l’armée et pour rejoindre, selon " l’ordre de marche " du Führer, le Front du Travail, la S.A. ou la SS.
En effet, dès le 25 juin 1935, le " Service du Travail ", couronnement de l’éducation national-socialiste dont l’un de ses objectifs est de développer l’esprit de communauté et d’instruire la jeunesse, mieux que ne peut le faire l’armée, dans la pure doctrine national-socialiste, devient obligatoire.

Dans un discours prononcé en 1938, Hitler évoque l’embrigadement de la jeunesse allemande  : " Cette jeunesse n’apprend rien d’autre qu’à penser allemand, à agir allemand... Ces garçons entrent à dix ans dans notre organisation, et souvent y respirent pour la première fois un air frais. Après huit années aux Jeunesses hitlériennes, nous les prenons tout de suite dans le parti, dans le Front du travail, etc. Puis la Wehrmacht les prend en mains pour un nouveau traitement et quand ils en reviennent, nous les reprenons tout de suite pour qu’ils n’aient pas de rechute, dans les SA, les SS et ainsi de suite. Et ils ne seront plus jamais libres de leur vie entière ".

Affiche de propagande pour le " Service du Travail " (pour les garçons), in Hatier, Histoire 1e, 1997, DOCt n°  17,  p. 271
En effet, lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939, les enfants commencent à être enrôlés dans les Jeunesses hitlériennes et, lors des derniers jours de guerre, lorsque l’armée allemande est en déroute, Adolf Hitler utilise les adolescents des Jeunesses hitlériennes pour la défense de Berlin.
Adolf Hitler remettant ses dernières décorations, in Larousse, " Chronique du XXe siècle ", 1985, p. 661 Comme on le voit ci-contre, le Führer, le 20 avril 1945, pour son 56e anniversaire, est sorti dans les jardins du bunker pour épingler ses dernières décorations sur la poitrine de ces vaillants " soldats d’une idée " qui, conformément au serment prêté lors de la " consécration du drapeau ", ont juré de servir et de donner leur vie à " Hitler, sauveur de la patrie ".
Cet embrigadement ne concerne pas uniquement les garçons puisque fillettes et jeunes filles sont enrôlées dans des formations parallèles. A 10 ans, elles entrent dans le " Jungmädel " (" Jeunes Vierges ").
De 14 à 18 ans, elles sont membres du " Bund deutscher Mädel " c’est-à-dire de la " Ligue des jeunes filles allemandes " puis, jusqu’à 21 ans, prolongent leur formation dans la section " Glaube und Schönheit " (" Foi et Beauté ").
En uniforme (chemisier blanc et jupette bleue) dessiné par Hitler, elles font des exercices en plein air car elles doivent aussi se préparer aux combats à venir (cours de secourisme, de défense passive, …).
Jeunes filles prêtant serment de fidélité et d'obéissance à Nuremberg, in Nathan, Histoire 1e, 1997, DOCt n° 7,  p. 299
Mais elles sont surtout initiées à la maternité – considérée par les nazis comme une fonction vitale pour la nouvelle Allemagne - car, comme le déclare Hitler dans un discours le 8 septembre 1934, " chaque enfant que [la femme] met au monde est une bataille qu’elle livre pour la survie de son peuple ".
La famille allemande (gravure d'après W. Willrich), in Bréal, Histoire 1e, 1997, DOCt n° 2,  p. 277 Les liaisons hors mariage sont encouragées. On en dénombre plus de mille après le congrès de Nuremberg en 1936, ce qui conduit certains à surnommer le " Bund deutscher Mädel " (B.D.M.) le " Bald deutsche Mutter " c’est-à-dire " Bientôt mère allemande ". Au terme de cet enseignement sur leur devoir de future mère de famille, les jeunes Allemandes accomplissent un an de service agricole ou ménager. Les jeunes adolescentes doivent se préparer à devenir des mères allemandes exemplaires, afin de créer " une nouvelle élite, raciale et fanatique toute dévouée au Führer ", comme le rappelle Curt Rosten, dans son " ABC du national-socialisme " :
Nous voulons que nos femmes soient dures à l’épreuve et authentiques
Et non des objets fardés.

La femme allemande, la mère en elle,
Recèle des richesses que ne connaît nulle étrangère.
La femme allemande est un vin généreux,
Elle chérit et fertilise la terre.

La femme allemande est une brillante aurore
Pour sa demeure et son foyer.

Digne de respect, c’est ainsi qu’elle doit se montrer ;
Préservée des passions et des séductions
des races honnies, c’est ainsi qu’elle doit être.
Le Peuple doit demeurer pur et sain :
Car c’est là l’idéal le plus haut du Führer ".

Affiche de propagande pour le " Service du Travail " (pour les filles), in Hatier, Histoire 1e, 1997, DOCt n°  17,  p. 271

D’après
Enrique León et Jean-Paul Scot
Le nazisme des origines à 1945 "
Armand Colin, Coll. Cursus, 1997, p. 170