Présentation de l'enseignement de philosophie
LA TECHNIQUE COMME QUESTION PHILOSOPHIQUE
Internet fait une place à la philosophie, les philosophes doivent donc faire une place à internet (1). Près de 150 sites et forums de discussion sont déjà disponibles en français. La Grèce antique et les technologies modernes de linformation ne sont donc pas incompatibles, elles voisinent d'ors et déjà sur le réseau.Les élèves qui verraient dans la Philosophie un conservatoire des archaïsmes, une discipline poussiéreuse et passéiste en seront donc pour leurs frais.
Encore faudrait-il quils regardent linternet autrement que comme un instrument de divertissement, et l'envisagent, pourquoi pas, comme un outil de travail.
Internet nest pas un instrument de pensée mais un instrument qui peut aider
à penser.
Pourquoi faudrait-il lui faire une place et quelle place faut-il lui faire ?
Lambition de cette page philosophie du lycée J. Monnet est dapporter des
éléments de réponse à ces questions.
1° Le "règne" de la technique.
La question de la technique ne fait pas seulement parti du programme de terminale toutes séries confondues. Elle est, sinon LA question majeure, du moins lune des questions majeures de notre temps.
La technique nous permet de dominer le monde, notre culture est dominée par la technique. Ce sont les objets techniques qui constituent notre univers quotidien et médiatisent notre rapport à la réalité. Cest pourquoi il ne faut voir dans lessor dinternet que lactuel avatar, mais non le dernier, de lextension du règne de la technique dans nos existences.
On peut penser quil sagit là dun progrès de la civilisation puisque la technique est ce qui permet à lhomme de dominer son environnement et daccroître son pouvoir. Cétait la conviction des " lumières " qui fondaient sur le développement des connaissances et des techniques lespoir dun progrès de la société humaine. Ainsi pendant longtemps a-t-on regardé la culture occidentale comme la plus civilisée, alimentant nos préjugés ethnocentriques à la contemplation de nos succès techniques.
Cétait sans doute oublier un peu vite que le progrès technique nest pas synonyme de progrès moral, et que pour être plus " équipé " on n est pas pour autant plus vertueux à Paris quà Alger ; autrement dit que progrès technique et civilisation ne sont pas nécessairement liés (2). Le 20ème siècle sest chargé de nous le rappeler en mettant fin au temps de lassassinat artisanal et en ouvrant lère des massacres industriels (3). Quelque chose sest voilé dans le rêve des encyclopédistes. La technique a même su se mettre au service des bourreaux. Diderot et dAlembert navaient pas prévu quà Auschwitz on exécuterait scientifiquement. Difficile dans ces conditions de conserver lenthousiasme qui inspirait les philosophes des lumières (4).
Pourtant avec le développement des TIC (5), l'enthousiasme technologique a connu une recrudescence, comme à chaque apparition d'un nouvel objet technique. Mais cette nouvelle "technolâtrie" n'est pas incontestée. Ce nest pas sans résistance que ces bouleversements sinstallent et les voix ne manquent pas pour proclamer leur défiance. Ainsi A. Finkelkraut (6) na-t-il peut être pas complètement tort de parler de " vide ordure planétaire " à propos dInternet. Mais hier comme aujourd'hui ces paroles ne sont-elles pas suspectes darchaïsme ?
Ne faut-il pas voir dans lirritation des technophobes une difficulté dadaptation à mettre plus au compte de linertie, voire de la sclérose, que du discernement critique ? L enthousiasme des technophiles, voire des technolâtres, demande certes à être tempérée ; pour autant peut-on senfermer dans la posture du résistant, même si lon sy trouve en bonne compagnie (7), au risque de confondre conservation de la tradition et immobilisme ? L'alternative entre "techno-philie" et "techno-phobie" nous semble ruineuse. On ne peut ignorer la réalité du fait technique ni sy soumettre sans réflexion. Il faut en penser la signification pour en évaluer la portée et l'intérêt.
Cest pourquoi nous avons envisagé la réalisation de cette page moins comme une concession à lesprit du temps que pour pouvoir exercer notre réflexion critique sur les problèmes majeurs de notre temps, conformément à lexigence de notre discipline. Il ne s'agit donc pas, on l'aura compris, de se soumettre à la mode. Cest encore avec lexigence nietzschéenne dintempestivité que nous abordons la question d'internet; le rôle de la philosophie étant de questionner les évidences de son temps, d'introduire du recul , de la distance là ou il n'y a ordinairement qu'adhérence, comme le rappelle l'exemple de Socrate.
2° La mutation de lécole
Car il y a urgence. Le règne de la technique sétend aujourd'hui jusque dans lécole au risque d'en menacer les fondements. En effet les enseignants assistent, souvent plus en spectateurs qu'en acteurs, à lintroduction massive des technologies de linformation et de la communication dans léducation nationale, sous leffet conjoint de la pression économique et sociale mais aussi de la volonté des autorités. Les TIC sont ainsi au cur de la mutation du système scolaire que préparent dans lombre quelques commerçants; pire le ministère l'appelle de ses vux par le biais de ses projets de réforme. Pourtant, sans suivre lexemple de Rousseau ni faire preuve dune paranoïa exagérée, ny a-t-il pas lieu den concevoir quelque inquiétude ? Peut-on questionner le changement sans faire figure de passéiste crispé ? Peut-on résister à la séduction du multimédia sans passer pour un ringard ? En devenant perméable aux influences sociales, lécole risque de les subir et de ne plus pouvoir jouer son rôle. Conserve-t-elle aujourdhui le pouvoir de faire apparaître leur caractère problématique ? Sans être un sanctuaire à lécart de son temps ne doit-elle pas être le lieu depuis lequel on peut sextraire de son temps pour le questionner ?
Ces projets pour l'école du 21° siècle ne sont pas désintéressés. Ils semblent même guidés par l'idéologie marchande et en laissent prévoir les ravages.
Désormais les mutations technologiques sont portées par des stratégies industrielles indifférentes au bien public et dirigées par la seule perspective du profit. Dans une enquête intitulée Tableau noir (8) G. de Sélys révèle ainsi le dessous de ces mutations. Derrière lintroduction massive des nouvelles techniques de communication dans le système scolaire il faut voir la logique commerciale des lobbies industriels de la communication. Le changement se fait donc sous limpulsion des acteurs économiques c'est à dire sans concertation ni véritable choix de la part des citoyens ou de enseignants et le cas échéant contre les professeurs eux même. Ainsi loin dêtre une avancée on peut regarder cette mutation comme un facteur de régression qui affecte les enseignants, les élèves et les savoirs. Les élèves sont transformés en consommateurs ; les savoirs sont unifiés dans le sens de lhomogénéité, à l'échelle européenne et pourquoi pas mondiale, les enseignants ravalés au rang de relais de lindustrie.
Cest poussés par la perspective de nouveaux profits que les
industriels convoitent le monopole de létat sur léducation. La privatisation
de lenseignement, qui à terme représente lobjectif de cette stratégie,
nest donc pas nécessairement compatible avec lintérêt des acteurs du
système éducatif et au-delà des citoyens.
Au final nest-ce pas lécole de la République qui est la victime de cette
conception libérale de léducation ? Car lécole ainsi conçue nest
plus un lieu de formation de soi mais un instrument de formatage des
individus aux exigences de lindustrie; elle nest plus un espace ou
lindividu peut se libérer de la société mais un des mécanismes de
laliénation sociale par lequel il est transformé en simple ressource de
léconomie marchande. Comme le fait remarquer R.Vaneigem " largent
du service public ne doit plus être au service de largent; léducation
appartient à la création de lhomme, non à la production de marchandise" (9).
Pour n'être pas les otages de ce processus avons-nous d'autre recours que de le comprendre ? Pour n'être pas saisi par les innovations techniques avons nous d'autre choix que de nous en saisir ? A supposer que l'outil informatique soit un instrument comme les autres (10), il faut apprendre à lutiliser pour pouvoir en choisir lusage. La pratique est donc la condition de possibilité de la critique (au sens de lévaluation par la pensée et pas nécessairement du jugement de valeur).
3° le travail des élèves
La réalisation de cette page, avec le concours des élèves, est donc loccasion de se confronter aux technologies de linformation et, en en apprenant la maîtrise, den permettre lévaluation et pas seulement lusage. La finalité de ce travail nest donc pas seulement intellectuelle ou pratique, elle est plus largement politique et entend, à sa mesure, contribuer à leur donner les moyens dexercer réellement leur citoyenneté, en prenant consciemment une part active aux choix collectifs au lieu de les subir.
Ainsi on s'est proposé, pour commencer, d'utiliser internet dans le cadre du travail sur la recherche documentaire. La somme des informations disponibles est susceptible de provoquer un sentiment de confusion, sur internet comme dans une bibliothèque . En outre la simple consultation ne peut pas se substituer au travail de classement et d'évaluation des sources, bref à celui de la pensée, mais lui donne éventuellement de nouveaux matériaux, non exclusifs des anciens d'ailleurs. On a donc demandé aux élèves de faire un choix de sites en rapport avec les exigences du programme de terminale et de justifier ce choix .
On peut voir là un effort pour transformer les informations en connaissances, pour remplacer la logique de l'accumulation ou du "zapping" par celle de la hiérarchisation et du jugement, comme une tentative pour produire du sens, sinon de la pensée, à partir d'une masse informe de données.
Ces sites ont ensuite été regroupés par rubriques, on trouvera donc des informations sur :
4° Les professeurs proposent quant à eux quelques outils :
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page réalisée par Jean-Luc Dorbe - Dernière modification le lundi 21 juin 1999
| 1. C'est volontairement qu'on ne mettra pas de majuscule à "internet", contrairement à un usage qui se répand; il s'agit en effet d'un instrument pas d'une marque. Il ne viendrait à l'idée de personne de mettre une majuscule à "voiture" ou "réfrigérateur". |
| 2. Dans Race et histoire L Strauss dénonce, par exemple, lévolutionnisme historique qui consiste à penser que " la mise à disposition en occident de moyens mécaniques de plus en plus puissant par tête dhabitant est le plus haut degrés de développement des sociétés humaines " p46. |
| 3. La guerre du golfe représente de ce point de vue un aboutissement puisque les forces de destruction militaires navaient quasiment plus besoin de la présence physique des hommes pour sexercer. La guerre des Balkans confirme, hélas, cette évolution. |
| 4. Ce nest pas non plus une raison pour " jeter le bébé avec leau du bain " et considérer que les encyclopédistes sont les inspirateurs du nazisme, comme certains ont presque été jusquà le faire. |
| 5. Technologies de l'information et de la communication |
| 6. Cf lIngratitude, Ed. Gallimard . |
| 7. A lexception des encyclopédistes on aura en effet de la peine à trouver des discours philosophiques bienveillants à légard de la technique. |
| 8. Tableau noir, résister à la privatisation de lenseignement, Gérard de Sélys. |
| 9. Avertissement aux écoliers et lycéens, collection Mille et une nuits, p 70. |
| 10. On sait comment cette réduction de la technique à sa dimension instrumentale est illégitime pour Heidegger. A ce sujet cf Essais et conférences, notamment la conférence l' Essence de la technique. |
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