Philosophie et technique

  1. Le règne de la technique

  2. La mutation de l'école

  3. Travaux d'élèves

  4. Liens des professeurs

Présentation de l'enseignement de philosophie

  1. Textes canoniques

  2. Les cours des professeurs

  3. L'évaluation

 


 

PHILOSOPHIE ET TECHNIQUE

LA TECHNIQUE COMME QUESTION PHILOSOPHIQUE

Internet fait une place à la philosophie, les philosophes doivent donc faire une place à internet (1). Près de 150 sites et forums de discussion sont déjà disponibles en français. La Grèce antique et les technologies modernes de l’information ne sont donc pas incompatibles, elles voisinent d'ors et déjà sur le réseau.Les élèves qui verraient dans la Philosophie un conservatoire des archaïsmes, une discipline poussiéreuse et passéiste en seront donc pour leurs frais.

Encore faudrait-il qu’ils regardent l’internet autrement que comme un instrument de divertissement, et l'envisagent, pourquoi pas, comme un outil de travail.

Internet n’est pas un instrument de pensée mais un instrument qui peut aider à penser.
Pourquoi faudrait-il lui faire une place et qu’elle place faut-il lui faire ?
L’ambition de cette page philosophie du lycée J. Monnet est d’apporter des éléments de réponse à ces questions.

Le "règne" de la technique.

La question de la technique ne fait pas seulement parti du programme de terminale toutes séries confondues. Elle est, sinon LA question majeure, du moins l’une des questions majeures de notre temps.

La technique nous permet de dominer le monde, notre culture est dominée par la technique. Ce sont les objets techniques qui constituent notre univers quotidien et médiatisent notre rapport à la réalité. C’est pourquoi il ne faut voir dans l’essor d’internet que l’actuel avatar, mais non le dernier, de l’extension du règne de la technique dans nos existences.

On peut penser qu’il s’agit là d’un progrès de la civilisation puisque la technique est ce qui permet à l’homme de dominer son environnement et d’accroître son pouvoir. C’était la conviction des " lumières " qui fondaient sur le développement des connaissances et des techniques l’espoir d’un progrès de la société humaine. Ainsi pendant longtemps a-t-on regardé la culture occidentale comme la plus civilisée, alimentant nos préjugés ethnocentriques à la contemplation de nos succès techniques.

C’était sans doute oublier un peu vite que le progrès technique n’est pas synonyme de progrès moral, et que pour être plus " équipé " on n ’est pas pour autant plus vertueux à Paris qu’à Alger ; autrement dit que progrès technique et civilisation ne sont pas nécessairement liés (2). Le 20ème siècle s’est chargé de nous le rappeler en mettant fin au temps de l’assassinat artisanal et en ouvrant l’ère des massacres industriels (3). Quelque chose s’est voilé dans le rêve des encyclopédistes. La technique a même su se mettre au service des bourreaux. Diderot et d’Alembert n’avaient pas prévu qu’à Auschwitz on exécuterait scientifiquement. Difficile dans ces conditions de conserver l’enthousiasme qui inspirait les philosophes des lumières (4).

Pourtant avec le développement des TIC (5), l'enthousiasme technologique a connu une recrudescence, comme à chaque apparition d'un nouvel objet technique. Mais cette nouvelle "technolâtrie" n'est pas incontestée. Ce n’est pas sans résistance que ces bouleversements s’installent et les voix ne manquent pas pour proclamer leur défiance. Ainsi A. Finkelkraut (6) n’a-t-il peut être pas complètement tort de parler de " vide ordure planétaire "  à propos d’Internet. Mais hier comme aujourd'hui ces paroles ne sont-elles pas suspectes d’archaïsme ?

Ne faut-il pas voir dans l’irritation des technophobes une difficulté d’adaptation à mettre plus au compte de l’inertie, voire de la sclérose, que du discernement critique ? L ’enthousiasme des technophiles, voire des technolâtres, demande certes à être tempérée ; pour autant peut-on s’enfermer dans la posture du résistant, même si l’on s’y trouve en bonne compagnie (7), au risque de confondre conservation de la tradition et immobilisme ? L'alternative entre "techno-philie" et "techno-phobie" nous semble ruineuse. On ne peut ignorer la réalité du fait technique ni s’y soumettre sans réflexion. Il faut en penser la signification pour en évaluer la portée et l'intérêt.

C’est pourquoi nous avons envisagé la réalisation de cette page moins comme une concession à l’esprit du temps que pour pouvoir exercer notre réflexion critique sur les problèmes majeurs de notre temps, conformément à l’exigence de notre discipline. Il ne s'agit donc pas, on l'aura compris, de se soumettre à la mode. C’est encore avec l’exigence nietzschéenne d’intempestivité que nous abordons la question d'internet; le rôle de la philosophie étant de questionner les évidences de son temps, d'introduire du recul , de la distance là ou il n'y a ordinairement qu'adhérence, comme le rappelle l'exemple de Socrate.

La mutation de l’école

Car il y a urgence. Le règne de la technique s’étend aujourd'hui jusque dans l’école au risque d'en menacer les fondements. En effet les enseignants assistent, souvent plus en spectateurs qu'en acteurs, à l’introduction massive des technologies de l’information et de la communication dans l’éducation nationale, sous l’effet conjoint de la pression économique et sociale mais aussi de la volonté des autorités. Les TIC sont ainsi au cœur de la mutation du système scolaire que préparent dans l’ombre quelques commerçants; pire le ministère l'appelle de ses vœux par le biais de ses projets de réforme. Pourtant, sans suivre l’exemple de Rousseau ni faire preuve d’une paranoïa exagérée, n’y a-t-il pas lieu d’en concevoir quelque inquiétude ? Peut-on questionner le changement sans faire figure de passéiste crispé ? Peut-on résister à la séduction du multimédia sans passer pour un ringard ? En devenant perméable aux influences sociales, l’école risque de les subir et de ne plus pouvoir jouer son rôle. Conserve-t-elle aujourd’hui le pouvoir de faire apparaître leur caractère problématique ? Sans être un sanctuaire à l’écart de son temps ne doit-elle pas être le lieu depuis lequel on peut s’extraire de son temps pour le questionner ?

Ces projets pour l'école du 21° siècle ne sont pas désintéressés. Ils semblent même guidés par l'idéologie marchande et en laissent prévoir les ravages.

Désormais les mutations technologiques sont portées par des stratégies industrielles indifférentes au bien public et dirigées par la seule perspective du profit. Dans une enquête intitulée Tableau noir (8) G. de Sélys révèle ainsi le dessous de ces mutations. Derrière l’introduction massive des nouvelles techniques de communication dans le système scolaire il faut voir la logique commerciale des lobbies industriels de la communication. Le changement se fait donc sous l’impulsion des acteurs économiques c'est à dire sans concertation ni véritable choix de la part des citoyens ou de enseignants et le cas échéant contre les professeurs eux même. Ainsi loin d’être une avancée on peut regarder cette mutation comme un facteur de régression qui affecte les enseignants, les élèves et les savoirs. Les élèves sont transformés en consommateurs ; les savoirs sont unifiés dans le sens de l’homogénéité, à l'échelle européenne et pourquoi pas mondiale, les enseignants ravalés au rang de relais de l’industrie.

C’est poussés par la perspective de nouveaux profits que les industriels convoitent le monopole de l’état sur l’éducation. La privatisation de l’enseignement, qui à terme représente l’objectif de cette stratégie, n’est donc pas nécessairement compatible avec l’intérêt des acteurs du système éducatif et au-delà des citoyens.
Au final n’est-ce pas l’école de la République qui est la victime de cette conception libérale de l’éducation ? Car l’école ainsi conçue n’est plus un lieu de formation de soi mais un instrument de formatage des individus aux exigences de l’industrie; elle n’est plus un espace ou l’individu peut se libérer de la société mais un des mécanismes de l’aliénation sociale par lequel il est transformé en simple ressource de l’économie marchande. Comme le fait remarquer R.Vaneigem " l’argent du service public ne doit plus être au service de l’argent; l’éducation appartient à la création de l’homme, non à la production de marchandise" (9).

Pour n'être pas les otages de ce processus avons-nous d'autre recours que de le comprendre ? Pour n'être pas saisi par les innovations techniques avons nous d'autre choix que de nous en saisir ? A supposer que l'outil informatique soit un instrument comme les autres (10), il faut apprendre à l’utiliser pour pouvoir en choisir l’usage. La pratique est donc la condition de possibilité de la critique (au sens de l’évaluation par la pensée et pas nécessairement du jugement de valeur).

le travail des élèves

La réalisation de cette page, avec le concours des élèves, est donc l’occasion de se confronter aux technologies de l’information et, en en apprenant la maîtrise, d’en permettre l’évaluation et pas seulement l’usage. La finalité de ce travail n’est donc pas seulement intellectuelle ou pratique, elle est plus largement politique et entend, à sa mesure, contribuer à leur donner les moyens d’exercer réellement leur citoyenneté, en prenant consciemment une part active aux choix collectifs au lieu de les subir.

Ainsi on s'est proposé, pour commencer, d'utiliser internet dans le cadre du travail sur la recherche documentaire. La somme des informations disponibles est susceptible de provoquer un sentiment de confusion, sur internet comme dans une bibliothèque . En outre la simple consultation ne peut pas se substituer au travail de classement et d'évaluation des sources, bref à celui de la pensée, mais lui donne éventuellement de nouveaux matériaux, non exclusifs des anciens d'ailleurs. On a donc demandé aux élèves de faire un choix de sites en rapport avec les exigences du programme de terminale et de justifier ce choix .

On peut voir là un effort pour transformer les informations en connaissances, pour remplacer la logique de l'accumulation ou du "zapping" par celle de la hiérarchisation et du jugement, comme une tentative pour produire du sens, sinon de la pensée, à partir d'une masse informe de données.

Ces sites ont ensuite été regroupés par rubriques, on trouvera donc des informations sur :

Les professeurs proposent quant à eux quelques outils :


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page réalisée par Jean-Luc Dorbe - Dernière modification le lundi 21 juin 1999


1. C'est volontairement qu'on ne mettra pas de majuscule à "internet", contrairement à un usage qui se répand; il s'agit en effet d'un instrument pas d'une marque. Il ne viendrait à l'idée de personne de mettre une majuscule à "voiture" ou "réfrigérateur".
2. Dans Race et histoire L Strauss dénonce, par exemple, l’évolutionnisme historique qui consiste à penser que " la mise à disposition en occident de moyens mécaniques de plus en plus puissant par tête d’habitant est le plus haut degrés de développement des sociétés humaines " p46.
3. La guerre du golfe représente de ce point de vue un aboutissement puisque les forces de destruction militaires n’avaient quasiment plus besoin de la présence physique des hommes pour s’exercer. La guerre des Balkans confirme, hélas, cette évolution.

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4. Ce n’est pas non plus une raison pour " jeter le bébé avec l’eau du bain " et considérer que les encyclopédistes sont les inspirateurs du nazisme, comme certains ont presque été jusqu’à le faire.
5. Technologies de l'information et de la communication
6. Cf l’Ingratitude, Ed. Gallimard .
7. A l’exception des encyclopédistes on aura en effet de la peine à trouver des discours philosophiques bienveillants à l’égard de la technique.
8. Tableau noir, résister à la privatisation de l’enseignement, Gérard de Sélys.
9. Avertissement aux écoliers et lycéens, collection Mille et une nuits, p 70.
10. On sait comment cette réduction de la technique à sa dimension instrumentale est illégitime pour Heidegger. A ce sujet cf Essais et conférences, notamment la conférence l' Essence de la technique.

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