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CORRECTION DU DEVOIR COMMUN de SES

Introduction

Il existe une corrélation positive entre investissement et croissance sur longue période, du moins, c’est le constat que l’on peut tirer d’une étude portant sur la comparaison du taux de croissance réel du PIB et de celui des investissements bruts pour 10 pays de l’OCDE sur la période 1980-1998. C’est ainsi, que plus le taux de croissance réel du PIB est fort de 1980 à 1998 plus le taux de croissance réel de l’investissement est fort. Le Japon a ainsi vu son PIB augmenter de plus de 70 % de 1980 à 1998 alors que son investissement a augmenté de plus de 80 %. (Document 4).

Il existe donc un lien étroit entre investissement et croissance, mais quelle est la variable qui influence l’autre ? L’investissement, sous toutes ses formes, est au cœur de la croissance économique puisqu’il agit d’une part du côté de l’offre en renouvelant l’appareil productif et en améliorant ou en augmentant les capacités de production et d’autre part du côté de la demande en distribuant des revenus. Mais comme l’atteste l’atonie de l’investissement en France dans les années 90, l’investissement est un pari sur l’avenir et si les perspectives de croissance économique c’est à dire d’une augmentation soutenue et durable d’un indicateur de dimension ,en général le PIB, sont faibles, l’investissement sera faible.

Après avoir analysé de quelle manière l’investissement favorise la croissance économique nous montrerons que la croissance économique influe à son tour sur l’investissement.

 

I - L’investissement favorise la croissance

 

Au cours de trois dernières décennies de nombreuses mesures ont été prises pour inciter les entreprises à investir : avantages fiscaux, désindexation des salaires sur les prix depuis 1982, subventions, etc car l’investissement est la seule opération économique majeure à avoir une influence tant du côté de l’offre que de la demande. Pour les keynésiens l’investissement est à l’origine de la croissance économique car en étant une des composantes de la demande il favorise la croissance alors que pour les libéraux l’investissement est à l’origine de la croissance car il améliore les conditions de l’offre .

 

A – L’investissement accroît la demande

 

1 / L’investissement exerce un effet important sur la conjoncture

D’un point de vue conjoncturel une reprise durable est difficile à envisager sans une reprise de l’investissement car l’investissement est d’une part une des deux composantes de la demande intérieure (l’autre étant la consommation finale) et un poste essentiel pour certains secteurs, ceux produisant des biens d’équipement, ainsi que pour le bâtiment.

Cet effet de l’investissement sur la demande a été formalisé par Keynes dans le mécanisme du multiplicateur.

 

2 / Multiplicateur d’investissement

Le multiplicateur d’investissement montre qu’une dépense initiale d’investissement  se traduit par une augmentation plus que proportionnelle de la production ou du revenu. Cet effet multiplicateur repose sur un effet revenu. En effet, lorsque les entreprises investissent, le flux de dépenses qu’elles réalisent donne lieu à une distribution de revenus. Les entreprises fabriquant les biens d’équipement ou celle faisant partie du secteur du bâtiment voient leurs recettes augmenter mais aussi  leurs salariés. Or, ces agents économiques vont à leur tour utiliser leur revenus. Ils vont soit consommer soit épargner. Dans ce contexte, l’épargne représente une fuite et l’effet multiplicateur sera d’autant plus fort que la propension marginale à consommer sera forte c’est à dire que les ménages consacrent à la consommation une fraction importante de leur supplément de revenu. Le multiplicateur est en effet équivalent au rapport 1/1-c ou c représente la propension marginale à consommer.

La variation de la production ou du revenu est égale à 1/1-c multiplié par variation initiale de l’investissement. En économie ouverte, les importations constituent une seconde fuite.

Pour Keynes, l’investissement générateur de croissance, via son action sur les revenus et donc la demande, n’est pas toujours au rendez vous car les entreprises, en période de récession, en particulier,  ont peur de ne pas rentabiliser leur investissement,. Dans ce cas les investissements publics jouent un rôle primordial pour relancer la croissance économique via l’effet multiplicateur (utilisation du document 3). Les investissements publics ont donc un rôle contra-cyclique.

 

Transition : Les investissements publics améliorent aussi les conditions d’offre des entreprises et sont aussi porteuses d’externalités positives tout comme d’ailleurs les investissements privés. En effet, si l’investissement comme le pensent les keynésiens agit sur la demande il agit aussi sur l’offre. Cette action de l’investissement sur l’offre a été mis en avant principalement par les libéraux.

 

B – L’ investissement améliore les conditions de l’offre

 

On peut distinguer les effets des investissements sur l’offre suivant que les investissements soient immatériels ou matériels. 

1 / Effets des investissements matériels bruts sur les conditions de l’offre  

*                    Les investissements bruts se décomposent en investissements nets ou nouveaux et en investissement de remplacement. Les investissements nets permettent soit d’augmenter les capacités de production de l’entreprise il s’agit dans ce cas d’investissement de capacité, soit d’augmenter la productivité de l’entreprise il s’agit d’investissement de productivité.

Dans le premier cas, les investissements permettent des satisfaire toutes les commandes adressées à l’entreprise et donc de supprimer les éventuels goulots d’étranglement fréquents en cas de reprise. En cas de reprise économique si les investissements sont insuffisants la reprise peut se trouver freiner.

Dans le second cas, l’entreprise gagne en compétitivité surtout prix puisque la productivité augmentant, les coûts de production unitaires de l’entreprise baissent puisque l’on produit autant (ou plus) avec moins de salariés (ou avec autant de salariés) ou que la production augmente plus vite que les effectifs employés.

*                    Les investissements permettent aussi de renouveler le stock de capital fixe existant ce qui permet de bénéficier des équipements les plus récents et les plus performants qui bénéficient des derniers progrès techniques, et notamment de l’usage de l’électronique et de l’informatique. Un pays qui n’investit pas ou pas assez peut voir à terme sa compétitivité prix et hors prix diminuer ce qui peut l’handicaper dans son insertion dans le commerce mondial mais aussi diminuer la demande externe (les exportations. Or, les exportations sont un des moteurs de la croissance économique. .

*                    Ainsi de 1990 à 1997, la France a connu une baisse globale du taux d’investissement des SQS de 16,6 % (Document 6) qui a eu un effet direct sur le vieillissement de l’appareil productif français puisque la part des équipement de moins de cinq ans dans le stock de capital est passée de 47 % à 41 % sur la même période (Document 1). Par contre les EU ont vu leur part des équipements de moins de cinq ans dans le stock de capital augmenter de depuis 1991 de 30 % passant de 40 % à 52 %, ce qui a permis aux entreprises américaines d’améliorer leur compétitivité et d’accélérer leur croissance économique via l’augmentation des exportations.

 

Notre analyse n’a porté pour l’instant que sur l’investissement matériel des entreprises seul comptabilisé dans la FBCF (Formation Brute de Capital Fixe) . Or, de nos jours ; l’investissement immatériel représente plus du tiers des dépenses totales d’investissement.

 

2 / Effets des investissements immatériels sur l’offre

 

Les dépenses liées aux achats de logiciels, les dépenses pour la formation des salariés, pour la recherche et le développement, pour l’implantation des réseaux commerciaux, ainsi que pour  les grandes campagnes de publicité correspondent à des investissements immatériels.

Toutes les dépenses liées à la publicité ou au marketing , surtout dans les secteurs traditionnels permettent d’augmenter les parts de marché ou de préserver les parts de marché dans un environnement concurrentiel ce qui permet d’augmenter la demande interne ou externe moteur de la croissance économique. De plus, cela permet d’accroître la notoriété d’une entreprise et donc d’augmenter la compétitivité hors prix.

Les dépenses de formation, de recherche et développement permettent aux entreprises de maintenir leur niveau technologique mais aussi sont porteuses d’externalités positives. Les tenants de la théorie de la croissance endogène mettent d’ailleurs l’accent sur le rôle de la formation pour expliquer les différences de rythme de croissance entre les pays.

 

Conclusion partielle : Il est indéniable que les investissements qu’ils soient matériels immatériels et qu’ils soient d’origine privé ou publique favorisent la croissance non seulement en tant que deuxième composante de la demande intérieure et flux de dépenses donnant lieu à une distribution de revenus, mais aussi car ils améliorent l’offre et donc stimulent aussi la demande.

Transition Mais tout investissement comporte une grande part d’incertitudes quant à leur rentabilité. C’est pourquoi, les chefs d’entreprises avant d’investir tiennent non seulement compte de leurs moyens financiers mais aussi de l’état de la conjoncture. C’est ainsi que la croissance économique influe aussi sur l’investissement.

 

II - La croissance nécessaire à l’investissement

 

Selon les keynésiens la demande est un des déterminants essentiels de la décision d’investir. Après l’avoir montré nous tenterons de le prouver empiriquement.

 

 A – La demande déterminant traditionnel de l’investissement

 

1 / Nécessité d’une demande effective forte et durable

Dans un système capitaliste c’est l’espoir de réaliser des profits en augmentant la production qui non seulement donne aux entrepreneurs les moyens d’investir mais aussi les incite à investir.

 D’une part, si les profits escomptés par l’entreprise sont élevés en raison d’une croissance économique jugée assez forte par les entrepreneurs, ces derniers, verront non seulement augmenter leur taux de marge (rapport entre l’EBE et la VA ) mais aussi leur taux d’autofinancement (apport entre l’épargne brute et la FBCF). Les entrepreneurs vont ainsi voir leur capacité d’autofinancer leur investissement augmenter (on parle de financement interne) ce qui devrait faciliter ces derniers

D’autre part, selon une approche keynésienne, si la demande effective c’est à dire la demande de biens et services de consommation ainsi que la demande d’investissement anticipées par les entrepreneurs est jugée assez forte et durable les entreprises vont investir. Le caractère durable de la hausse de la demande est essentiel car si cette hausse est éphémère à ce moment à les entreprises qui ont un taux d’utilisation des capacités de production (rapport entre les capacités de production employés et le capital fixe total multiplié par 100) aux alentours de 70-80 % peuvent ne pas investir. (Document 5)

 

2 / Mécanisme de l’accélérateur

Cet effet de la demande sur le volume de l’investissement est formalisé dans le mécanisme de l’accélérateur. Le principe d’accélération formulé par Clark et Aftalion explique comment un ralentissement du taux de croissance de la demande de biens de consommation provoque la chute de l’investissement et donc le ralentissement de demande globale et donc de croissance. Par contre, l’ accroissement de la demande de biens de consommation entraîne une demande plus rapide des biens de production.

Ainsi, avec un coefficient du capital, mesuré par le rapport entre les équipements nécessaires et la production, de  3 une hausse de la demande de 6,8 % entraîne une hausse de l’investissement de 133 % un taux de croissance de la demande de 9,1 % entraîne une hausse de l’investissement de 114 % alors qu’une simple baisse de l’augmentation de la demande de 8,9 % (passage de d’une hausse de 9,1 % à 8,3 %) entraîne une baisse de l’investissement de 44 % et une stagnation de la demande entraîne une baisse de 100 % de l’investissement. (Document 2)

L’effet accélérateur repose cependant sur trois hypothèses restrictives. Les taux d’utilisation des capacités de production doivent être proches de la saturation (aux alentours de 90 %) afin que les entreprises ne puisent en cas de hausse de la demande utiliser des capacités de production inemployées. Le coefficient de capital doit être constant et les entreprises doivent répondre à une hausse de la demande par une hausse des quantités produites et non par une hausse des prix.

 

Cet effet de la croissance économique sur l’investissement peut être vérifié d’une manière empirique.

 

B – Vérification empirique

 

1 / Une renouvellement de l’appareil productif fortement dépendant de la conjoncture économique

D’une manière générale, force est de constater que les périodes de baisse de la part des équipements de moins de 5 ans correspondent  à des périodes de récession ou de dépression à l’inverse les période de hausse de cette part correspond à des périodes de croissance économique(Document1). Ainsi, en France la période de croissance économique de 1986 à 1990 a été suivie d’une hausse de 9,5 % de la part des équipements de moins de cinq ans dans le stock de capital qui est passée de 42 % à 46 %. La période de récession qui a suivi de 1990 à 1993 (cf de dépression pour l’année 1993) s’est accompagnée d’une baisse très significative de la part des équipements récents dans le stock de capital ( de 46 % en 1990  à environ 42,5 % en 1993). La reprise de la croissance amorcée en 1994 n’ayant pas été jugée assez forte par les entrepreneurs, la part des équipements de moins de cinq ans dans le stock de capital a continué de baisser jusqu’en 1997 pour atteindre 40 % . Depuis, cette part semble remonter en raison , notamment de la reprise économique plus vigoureuse que les précédentes observée depuis 1997.

La croissance économique qu’ont connu, quant à eux, les EU depuis 1991 s’est accompagnée d’une hausse de 30 %  de la part des équipements récents dans le stock de capital fixe (passage de 40 % à 52 %).

 

2 / Une taux d’investissement fortement dépendant de l’évolution de la consommation finale des ménages

 

Ces périodes de croissance économique dépendent de l’évolution de la consommation finale de ménages qui forme avec l’investissement la demande intérieure.  La consommation, représentant grosso modo 60 % du PIB, est le moteur principal de la croissance économique . Or, sur longue période, le taux de croissance annuel moyen de la consommation apparaît comme un des déterminants essentiels de l’investissement .  Ainsi, sur la période 1979 2000, les taux de croissance annuels en volume faibles de la consommation finale des ménages riment avec des taux d’investissement relativement bas et inversement . De 1990 à 1997, la baisse du taux de croissance annuel de la consommation finale des ménages de  2,5 points (passage de 2,6 % à 0,1 %) a été suivie d’une baisse du taux d’investissement des SQS non financières de 3,2 points (passage de 19,3 % de la valeur ajoutée à 16,1 %). Les taux de croissance annuels moyens de la consommation finale assez élevés sur la période 1986 1990 ont été suivis par une hausse du taux d’investissement de 2,4 points. Le taux d’investissement des SQS non financières a représenté en 1990 19,3 % de la valeur ajoutée soit le taux le plus élevé de la période. De même, la reprise économique observée depuis 1997 s’est traduite par une hausse du taux d’investissement des SQS non financières.

 

Conclusion :

 

La dynamique du système économique repose, en grande partie, sur les investissements réalisés par les différents agents économiques. En effet, ces derniers, qu’ils soient matériels ou immatériels agissent tant du coté de l’offre en améliorant les conditions de production des unités de production que sur la demande, via l’effet multiplicateur keynésien. Mais, comme l’a montré Keynes sans croissance les unités de production, par peur de ne pas rentabiliser leurs investissements,  n’investissent pas. Les différents études empiriques montrent que la conjoncture économique influe directement sur les décisions d’investissement des différents agents économiques. La relation qui lie croissance et investissement est donc une relation à double sens.

Ouvertures possibles : crise de surinvestissement dans les pays asiatiques en 1997 ou nécessité d’une intervention de l’état quand la croissance de l’une de ces deux variables semblent ralentir.

 

dernière mise à jour : 24 sept. 2002 depuis le 13 novembre 2001. Webmestre