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Document 1

Si un pays étranger peut nous fournir une marchandise à meilleur marché que nous ne sommes en état de l'établir nous-mêmes, il vaut bien mieux que nous la lui achetions avec quelque partie du produit de notre propre industrie employée dans le genre avec lequel nous avons quelque avantage. [... ] (en cas de protectionnisme) l'industrie nationale est détournée d'un emploi plus avantageux, pour en suivre un qui l'est moins, et la valeur échangeable de son produit annuel, au lieu d'être augmentée, suivant l'intention du législateur, doit nécessairement souffrir quelque diminution à chaque règlement de cette espèce.

Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776.

1.        Smith est-il favorables au protectionnisme ?
Document 2 Le modèle HOS

Il s’agit dans un premier temps, de deux exposés littéraires, dus à Heckscher, dans un article paru en suédois en 1919 et traduit en anglais seulement trente ans plus tard, et à Ohlin, dans un ouvrage paru en anglais en 1933. La composition du commerce international y est expliquée à partir d’un nouveau concept, celui « d’abondance relative d’un facteur de production », qui va être à l’origine de l’avantage comparatif. Pour préciser cette idée, spécifions un cadre de raisonnement simplifié ; soit deux pays, A et B, deux biens, les automobiles et le textile, deux facteurs de production, le travail et le capital. Rappelons que cela n’est que le modèle de base qui peut être étendu à un  nombre quelconque de biens et de facteurs, la seule contrainte étant l’utilisation d’au moins dedux facteurs de production.

Il est nécessaire d’introduire une spécification supplémentaire à propos des facteurs de production dans le modèle simplifié ; leurs quantités disponibles doivent être données et définissent ce que l’on nomme la dotation factorielle d’une nation. Les deux nations sont identiques en tout point, sauf pour les dotations factorielles qui seront à l’origine de l’échange. Les deux biens sont en effet produits selon une technique qui est différente pour l’automobile et le textile, mais identique pour chacun des biens A et B ? La technique de production est caractérisée par l’intenisté en capital par rapport au travail, l’intenisté factorielle. Il en résulte une correspondance entre les caractéristiques de la nation (sa dotation factorielle) et sa spécialisation dans le bien dont l’intensité factorielle est compatible avec la dotation factorielle.

Pour dire les choses autrement, supposons que A est relativement bien doté en capîtal et B en travail ; supposons par ailleurs que la production d’automobiles nécessite une forte intensité en capital, celle de textile en travail. Selon le théorème d’Heckscher-Ohlin, chaque pays a une production orientée vers la marchandise qui utilise de manière intensive le facteur dont il est bien doté et il tend à l’exporter. Cette approche a une parenté certaine avec celle de Ricardo mais elle en différe aussi […] par la volonté d’expliquer l’origine de l’avantage comparatif (simplement constaté par Ricardo) […].

Michel Rainelli, le commerce international, La découverte, 2000

2.        Quelles sont les hypothèses du modèle HOS ?
3.        Qu’est-ce que la dotation factorielle ?
4.        Quelles vont être les spécialisations respectives des pays A et B ?
5.        Résumez en une phrase le théorème HOS.
Document 3 : le commerce international est un jeu à somme nulle

Le protectionnisme, conçu par les mercantilistes au XVI, et XVIIème siècles, fait apparaître le commerce international comme un jeu à somme nulle.  L'économie nationale ne doit importer, aux prix les plus faibles, que ce qu'elle est incapable de produire, et doit en revanche exporter le plus possible aux prix les plus élevés.
Cette conception s'attache à une vision exclusivement monétaire de l'enrichissement.  La participation au commerce international doit produire un excédent de la balance commerciale.  Le commerce international est un jeu à somme nulle car la nation s'enrichit aux dépens d'autres nations qui s'appauvrissent.
M. Montousé et D. Chamblay, 100 fiches pour comprendre les sciences économiques, Bréal, 1995  

6.        Recherchez des informations sur le courant de pensée économique des « mercantilistes » dans votre manuel.
7.        Justifiez le titre du document
Document 4 :

Dans un article de la Revue économique publié en janvier 1970, P. BAIROCH s'est efforcé de montrer que le développement du libre-échange en France au xlx' siècle n'avait pas eu que des conséquences favorables.  Il constate que la période de libre-échange se caractérise par un net fléchissement du rythme de la croissance par rapport aux deux périodes de protectionnisme.  Dans un autre article paru en 1978, BAIROCH étend son analyse.  A l'exception du Royaume-Uni et des Pays-Bas, demeurés libre-échangistes, tous les pays européens auraient connu pendant les années de retour au protectionnisme qui précédèrent 1914 une intensification de leur croissance économique.
Economie politique contemporaine, C Cros et G. Prache, Masson, 1990

8.        Quelle est la thèse de Bairoch ? Comment la justifie-t-il ?
  Document 5 : la nouvelle économie internationale

L'économie internationale traditionnelle, dont les fondements ont été posés par Ricardo et Heckser, Ohlin et Samuelson, présente trois caractéristiques:

-        elle s'inscrit dans un contexte concurrentiel, car les agents sont petits sans influence sur le marché et donc price takers;

-        elle est statique, dans la mesure où elle considère les différences entre pays comme des données et non comme des variables à expliquer;

-        elle explique les échanges de produits divers entre pays différents.

La nouvelle économie internationale, dont Paul Krugman peut être considéré comme le principal représentant, est en rupture avec la théorie traditionnelle de ces trois points de vue :

- d'une part, elle s'inscrit, non dans la concurrence parfaite, mais dans la concurrence imparfaite : il existe des économies d'échelle et l'entreprise peut avoir intérêt à étendre son marché pour baisser ses coûts , les produits sont différenciés et les échanges internationaux sont pour partie des échanges de différences; les entreprises ne sont pas passives par rapport à la formation des prix, elles jouissent d'une véritable autonomie et mènent des stratégies de prix ;

- d'autre part, la nouvelle économie internationale s'intéresse à la formation des avantages relatifs, qu'il s'agisse de l'accumulation de capital, de l'accumulation de capital humain, de la diffusion du progrès technique, on évoque moins les avantages relatifs donnés que les avantages « construits » par les stratégies des entreprises et des Etats ;

- enfin, la nouvelle économie internationale fournit une interprétation des échanges croisés, des échanges de produits de la même branche (échanges intra-branches) entre pays semblables.

D'une certaine façon, la nouvelle économie internationale marque un retour à une forme de mercantilisme: alors que la théorie traditionnelle montre que l'échange est bénéfique pour tous, y compris pour celui qui importe des biens moins chers à l'extérieur, la nouvelle économie internationale montre l'intérêt pour une firme, pour un pays, de produire et d'exporter un bien pour lequel l'entreprise est en situation de domination du marché.  De même, cette analyse apporte un argument aux politiques industrielles et commerciales « stratégiques » qui visent à donner un avantage aux producteurs nationaux, quitte à enfreindre les principes du libre-échange et de la concurrence.

Dictionnaire d’économie et de sciences sociales, Nathan, 2001

9.        Rappelez quelles sont les caractéristiques de l’économie internationale traditionnelle. En quoi la nouvelle économie internationale s’oppose-t-elle à la théorie traditionnelle ?
10.     Cherchez des exemples de politiques industrielles et commerciales « stratégiques » visant à donner un avantage aux producteurs nationaux.
Document 6 : De l'échange au libre-échange

Sans échange, pas de division du travail ni de spécialisation, et sans division du travail social, pas de gains d'efficacité. L'élargissement des marchés permet d'allonger les séries, d'accroître la taille et la productivité des unités de production, et de diversifier les biens et les services produits en élargissant le marché, même pour des productions très spécifiques.

Le développement des grands pays industrialisés s'est ainsi accompagné d'une unification de leur marché intérieur, renforcée notamment par le chemin de fer, mais aussi par des mesures administratives (suppression des douanes intérieures et autres octrois, unification monétaire, etc.). Mais ce développement s'est aussi traduit par le développement d'inégalités notoires entre régions, surtout dans les Etats unitaires. D'où d'importantes migrations intérieures et le plus souvent une concentration de la richesse autour des zones les plus riches, selon un effet d'agglomération.

Ces régions disposent en effet de la main-d'oeuvre la plus abondante, des ressources les plus diversifiées en termes de savoir-faire, des réseaux de communication, des structures de financement et de services aux entreprises. Elles réunissent le plus d'opportunités pour produire efficacement, donc de manière rentable, et offrent des débouchés importants. D'où des effets boule de neige, qui font que la richesse attire la richesse, sauf intervention volontariste de l'autorité publique pour en assurer une meilleure répartition.

Ce rappel permet de saisir la contradiction au coeur du débat sur le lien entre libre-échange et développement. L'échange international est favorable à la croissance de la richesse globale de l'économie, en favorisant la spécialisation et les gains d'efficacité, comme l'avaient d'ailleurs bien vu les pères de l'économie moderne, tels Smith et surtout Ricardo. L'échange international est à la fois un substitut au progrès technique - on peut acheter les biens produits moins cher ailleurs - et un moyen de le stimuler - la concurrence incite les producteurs à améliorer leur productivité. L'élargissement et l'ouverture des marchés facilitent la circulation des savoir-faire et apportent un ensemble d'externalités positives favorables au développement. Mais, dans le même temps, les gains de richesse qui résultent de l'échange international ne sont pas nécessairement bien répartis. Ils tendent à favoriser les régions les plus riches et les producteurs les plus efficaces, si aucune mesure correctrice n'est prise, ce qu'avait bien compris Frédéric List.

Les pays soucieux de se développer l'ont compris également. Tous leurs efforts ont certes été de développer leurs atouts dans certains domaines, mais en diversifiant leur tissu productif. La capacité à se spécialiser dans des produits bien valorisés suppose en effet de combiner de multiples savoir-faire, dont disposent seulement les économies hautement diversifiées. Ainsi, les pays qui sont parvenus à s'industrialiser à la suite du Royaume-Uni ont su diversifier leurs économies en protégeant leurs industries naissantes et en unifiant leur marché intérieur. Ce fut le cas de l'Allemagne, des Etats-Unis et, pour la plus grande partie du siècle, de la France, comme l'a montré l'historien de l'économie Paul Bairoch. Ces pays sont parvenus à diversifier leur appareil productif et à créer, sur certains points de leur territoire, des zones à haute efficacité productive.

Plus récemment, le développement des nouveaux pays industrialisés a prouvé que l'insertion dans l'échange international peut être favorable au développement, parce qu'elle permet d'accéder à de vastes marchés, tout en se confrontant aux producteurs les plus efficaces et les plus innovateurs. Mais pour être efficace, cette insertion suppose que l'Etat mène une politique commerciale stratégique, protégeant certains secteurs industriels naissant, tout en acceptant d'importer sans les taxer, les biens qui permettront de diversifier le tissu productif interne ou qui s'intégreront dans des productions destinées à être réexportées.

L'objet de toute théorie du commerce international ne peut donc être seulement d'étudier les effets de ce commerce sur des pays disposant d'une dotation de facteurs une fois pour toutes, mais plutôt d'examiner comment, sur un territoire donné, l'ouverture internationale peut contribuer à faire évoluer cette dotation de manière favorable.

Extrait de « Le libre-échange est-il bon pour le développement ? », Stéphanie Laguérodie et Philippe Frémeaux, alternatives économiques n°191, avril 2001

 

dernière mise à jour : 24 sept. 2002 depuis le 13 novembre 2001. Webmestre