L’ ECOLE DE CHICAGO

 

Introduction

Entre 1910 et 1935, les sociologues de l’université de Chicago vont à travers l’étude de la ville, de l’immigration et de la déviance, forger un des courants les plus influents de la sociologie américaine.

 

1) L’évolution de l’école de Chicago

Naissance

Créé en1892, le département de la sociologie de Chicago était le 1er de son espèce aux Etats-Unis.

Son fondateur Small le dirigera jusqu’en 1924. Il voit la sociologie comme une discipline spécifique centrée sur l’étude des formes concrètes de la vie sociale. Il créé une revue Américan journal of sociologie, rassemble des fonds, organise des enseignements ... Cet effort aboutira vers 1913 à faire du département de Chicago le plus important centre d’enseignement et de recherche du pays en sociologie-anthropologie.

La situation de Chicago

1840: 5000 d’habitants

1890: 1 000 000 d’habitants

1930: 3 400 000 d’habitants

Cette évolution s’explique par l’afflux massif de migrants ruraux et d’immigrants étrangers.

Cette nouvelle population se divise en quartiers raciaux; mais rapidement des problème sociaux apparaissent : Conflits raciaux, ghettos, misère, prostitution et délinquance juvénile.

En 1886 et 1919, la ville est victime d’émeutes violentes qui traduisent un malaise social.

Les sociologues décident d’intervenir pour régler ces problèmes. Pour y parvenir, ils cherchent à se placer au coeur de la vie des populations déracinées, afin de mieux comprendre leur rapport à la société. Ils s’attachent à l’occupation de l’espace, à la déviance, aux règles propres a une corporation ou à une "bande". Désormais le monde urbain est considéré comme une jungle.

A l’époque, la sociologie est influencée par des auteurs comme Darwin, Spencer, Simmel, Tarde.

Small et son équipe ont la vision d’une société dominée par le darwinisme social ou le libéralisme de Spencer, compensée par la conviction de pouvoir contribuer activement à l’amélioration du bien-être social (réformisme). Pour eux, le savoir doit être utile à l’action sociale. Leur recherche évolue aussi vers ce qui se nomme l’intéractionnisme symbolique, soutenant que la sociologie s’intéresse à la conception que l’individu se fait du monde social. Ils priviligient l’observation directe et le point de vue de l’acteur.

1930 marque un tournant dans l’histoire de l’école de Chicago avec de nouveaux sociologues comme Blumer et Hughes. Alors que l’école avait jusque là privilégié une approche souvent holiste, elle évolue désormais vers une vision plus individualiste.Il se dégage en fait deux courants principaux : l’un se situe dans le prolongement de la première période de l’école c’est à dire "l’étiquetage des populations" tandis que l’autre se tourne vers ce que l’on nommera l’ethnométhodologie.

 

2)Les thèmes majeurs

 

Le paysan polonais de Thomas et Znaniecki inaugure une longue série d’études sur le processus de migration et d’assimilation. Thomas élabore une monographie décrivant la migration Pologne-Etats-Unis comme une suite de désorganisation et réorganisations successives. Il distingue la désorganisation sociale ( déclin collectif des valeurs) de la "démoralisation", qui caractérise la déviance individuelle.Ces notions constituent une nouvelle approche des phénomènes sociaux : elle s’oppose aux conceptions racistes qui attribuent les différences de comportements à des différences biologiques entre les ethnies et les races. En 1922, William Ogburn élabore la notion de "distance culturelle", qui caractérise le décalage entre la culture matérielle et les attitudes chez les migrants.

Les minorités raciales et ethniques

Pour les sociologues de Chicago, le problème des noirs n’était pas différent de celui des migrants: il s’ agissait à chaque fois de groupes marqués par une différence et promis à l’acculturation, puis à l’assimilation à la société américaine.

Après les émeutes raciales de 1919, Charles Johnson est chargé de faire une enquête sur les relations inter-raciales et la condition des noirs à Chicago. Il met ainsi en évidence le problème spécifique du racisme en ce qui concerne les noirs et la prédiction de leur assimilation prochaine et irréversible... mais l’acculturation n’élimine pas les motifs des conflits.

L’homme marginal

Directement en rapport avec les migrations, l’objet d’étude devient celui de de " l’homme en marge" (correspondant aux migrants de deuxième génération ou métisse ).

En raison de sa double appartenance religieuse, linguistique, ou culturelle, le migrant se trouve souvent rejeté.

La ville

UN des ouvrages les plus importants de l’école de Chicago " the citie ", est signé en 1925 par Burgers, Mc Kenzie et Park. Chicago, qualifiée de "laboratoire social" y est étudiée sous l’angle de la répartition dans l’espace des communautés et des classes sociales. Les vagues successives de migrants transforment la ville, en même temps qu’ils s’y adaptent en aménageant leur espace propre. L’instabilité de l’équilibre urbain est l’illustration de la "désorganisation" que vivent certains groupes. La ville est un mode de vie "éclaté" : impersonnalité et superficialité des contacts; la montée de l’individualisme mène à une différenciation sociale accrue, et à la porte des contacts primaires.

 

 

 

 

 

 

La déviance

En 1923, Anderson publie une enquête sur les "hoboes" (sans-abri). Il montre comment ces gens forment une micro-société avec ses spécificités, ses lois non écrites, et ses lieux : il existe une "université hobo" ou les sans-abri peuvent exprimer leur idées sociales .

Le thème de la déviance continue d’être étudié à Chicago :

1928 : Carvan étudie le suicide

1939 : Faris et Dunham enquêtent sur les maladies mentales dans les quartiers pauvres

1963 : Becker formalise la théorie de "l’étiquetage" dans Outsiders.

Crime et délinquance

La criminalité est à Chicago à l’image de l’histoire de la ville : irlandaise au début du 20è siècle, elle devient polonaise et italienne à l’époque de la prohibition. Les sociologues, répondant à une forte demande sociale, ne cesseront de s’intéresser à la délinquance, organisée ou non. Après la guerre des gangs de 1924, Frederic Thrasher réalise une étude sur les "gangs de quartier", oû il décrit les bandes de jeunes comme une forme de réorganisation sociale.

En 1929, Landesco produit une étude sur le grand banditisme. En 1930 et 1931, Shaw analyse à partir de leur biographie la carrière de deux jeunes délinquant : Stanley "le détrousseur d’ivrognes", et sydney "le violeur". IL introduit ainsi les histoires de vie dans le champs de la criminologie et montre que certaines constantes apparaissent : quartiers pauvres, famille brisée, scolarité inexistante.

3) Mots clés

Socialisation : ensemble des mécanismes par lesquelles les individus font l’apprentissage des rapports sociaux entre les hommes, et assimilent les normes, les valeurs et les croyances d’une société ou d’une collectivité.

Intéractionnisme symbolique : cette notion est due à Herbert Blumer ( années 30 ) .

Elle part de l’idée que les individus ne subissent pas les faits sociaux, mais qu’ils les produisent par leur interaction.

Observation participante : elle consiste pour un enquêteur à s’impliquer dans le groupe qu’il étudie pour comprendre sa vie de " l’intérieur".

Darwinisme sociale : pour Darwin, la domination des élites est le principe de la sélection naturelle qu’il applique à la nature des rapports sociaux. Repris par Spencer, le darwinisme social permet de décrire le comportement des individus en société

Fonctionnalisme : ensemble des courants anthropologiques et sociologiques qui considèrent le système social comme une totalité unifiée dont tous les éléments ( division du travail, institutions, idéologies ) sont nécessaires à son bon fonctionnement. Ces courants insistent sur l’intégration et tiennent pour secondaire les conflits et les dysfonctionnements.

Ethnométhodologie : démarche sociologique développée aux Etats-Unis à partir dès années 60, proche de l’interactionnisme symbolique, centrant son intêret sur le savoir et les capacités de chacun des membres de la société.

Ecologie urbaine : comme dans le milieu naturel, l’individu s’adapte àla ville qu’il modifie à son tour. Cette communauté humaine se caractérise par des équilibres et des déséquilibres entre groupes en concurrence. Les sociologues tentent d’expliquer ainsi la perpétuelle recomposition à laquelle est soumise la ville de Chicago.

Désorganisation : déclin de l’influence des valeurs collectives sur l’individu ; conséquence de changements rapides dans l’environnement économique et social.Selon Thomas, la désorganisation est aggravée par les migrations.

 

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Dossier réalisé par : Julien Fisseau et Delphine Hupin.