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La diversité des systèmes de protection sociale en Europe

 

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redbut.gif (1226 octets) Les tâches à accomplir

 

 

 

 


 

Objectifs et organisation de la séquence

Objectifs de la séquence :

Niveau d'enseignement : Enseignement obligatoire de terminale ES

Thème du programme : Etat-providence et cohésion sociale (thème 7 du programme)

Notion du programme : Protection sociale

Pré requis : lien social, cohésion sociale, exclusion, pauvreté

Organisation de la séquence :

Durée : 1 heure

Matériel :
1 ordinateur pour deux élèves (au moins)
Accès à Internet sur chaque poste

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Les tâches à accomplir :upbut.gif (1348 octets)

A partir de l'étude de l'article "Europe : des systèmes partout menacés", Bruno Pallier, Alternatives Economiques n°31 (hors-série), janvier 1997, vous devez répondre aux questions suivantes sur une feuille.

I. Rappels historiques sur la genèse des systèmes de protection sociale.

Extrait n°1 :

[...] Historiquement, la genèse des Etats-providence en Europe est marquée par deux moments importants : les lois Bismarck et le rapport Beveridge. Le chancelier allemand Bismarck, lorsqu'il fait voter ses lois sociales dans les années 1880, apparaît comme un précurseur. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, l'Allemagne connaît une accélération de son industrialisation, accompagnée par la montée du mouvement socialiste. En réaction à l'élection de députés du parti social-démocrate au Reic0tag en 1877, Bismarck décide d'accompagner sa politique de répression par une politique de réformes sociales permettant d'encadrer la population salariée et d'assurer une certaine redistribution vers les ouvriers. Les trois lois fondamentales votées en 1883 (assurance maladie), 1884 (assurance accidents du travail) et 1889 (assurance invalidité et vieillesse) élaborent un système d'assurance sociale qui garantit un revenu de compensation en cas de perte de revenu liée à la réalisation d'un risque social (maladie, accident du travail, invalidité ou vieillesse).

Les assurances sociales sont destinées à protéger les travailleurs. Elles sont obligatoires, fortement contrôlées par l'Etat, mais leur gestion est confiée aux partenaires sociaux, et financées par des cotisations proportionnelles au salaire, partagées entre salariés et employeurs. Le système bismarckien va avoir une forte influence sur les systèmes mis en place notamment au Luxembourg, aux Pays-Bas, en Autriche, Norvège, Suède, Italie, Belgique ainsi qu'en France.

Le rapport Beveridge, quant à lui, va être rédigé pendant la Seconde Guerre mondiale, afin de proposer un réaménagement des lois sociales anglaises à la demande du gouvernement. Il paraît en 1942, sous le titre Social Insurance and Allied Services, et connaît un énorme succès : il définit des perspectives sociales meilleures pour l'après-guerre, qui sont autant de raisons positives pour combattre les systèmes totalitaires. Il offre une philosophie nouvelle de la protection sociale. Rejetant aussi bien l'assistance que les assurances sociales réservées aux salariés, il propose d'instaurer un système généralisé et uniformisé de prestations sociales, financé par des contributions forfaitaires et délivrant des prestations forfaitaires. Afin d'éliminer totalement la pauvreté, l'ensemble des citoyens devait être couvert par le système qui verserait à tous, quel que soit le risque réalisé, une prestation de même montant.

Ce principe d'universalité est renforcé par l'organisation même du système : il doit être unifié dans un service public unique, placé sous l'autorité directe du gouvernement. Dans son rapport, Beveridge ajoute que ce système doit aller de pair avec l'instauration d'un service national de santé gratuit et une politique de plein-emploi. Les termes du compromis keynésien, fondement des Trente glorieuses, alliant positivement croissance, plein-emploi et protection sociale sont ainsi posés. Ce rapport aura une grande influence sur les projets de Sécurité sociale conçus après la Seconde Guerre mondiale, aussi bien en Grande-Bretagne qu'en France (1). Il servira aussi de fondement à certains articles de la Déclaration universelle des droits de l'homme de l'Onu.[...]

  1. Quelles sont les caractéristiques du système de protection sociale mis en place par les lois Bismarck à la fin du XIXème siècle ?
  2. Quels sont les principes et les mesures proposés par le rapport Beveridge au début des années 1940 ?
  3. D'après vous, quelles sont les principales différences entre ces deux systèmes (bismarckien et beveridgien) de protection sociale ?

II. La disparité des systèmes de protection sociale en Europe.upbut.gif (1348 octets)

D'après Bruno Palier, on peut distinguer "4 grandes familles" de système de protection sociale en Europe.
Retrouvez-les à partir de l'étude du texte ci-dessous et relevez leurs principales caractéristiques pour compléter le tableau suivant :

Nom des Etats européens

Les principales caractéristiques des systèmes de protection sociale.

Qui bénéficie des prestations sociales ? Comment sont calculées les prestations sociales ? Comment est financé le système de protection sociale ? Qui assure la gestion du système de protection sociale ?
groupe 1 : ...        
groupe 2 : ...        
groupe 3 : ...        
groupe 4 : ...        

Extrait n°2 : Des systèmes d'une grande diversité

[...] On peut […] regrouper les différents systèmes de protection sociale européens au sein de trois ou quatre grandes familles, selon les réponses données à quatre questions : qui bénéficie du système ? Comment sont calculées les prestations ? Comment le système est-il financé ? Qui en assure la gestion ?

Première famille : les pays scandinaves (Danemark, Suède et Finlande). Ces pays apparaissent comme ceux qui ont poussé le plus loin la logique universelle de Beveridge. La protection sociale y est un droit de tous les citoyens, les prestations sont forfaitaires et d'un montant élevé, versées automatiquement en cas de réalisation d'un risque. Les salariés reçoivent cependant des prestations complémentaires au travers de régimes obligatoires de protection, à base professionnelle. Les prestations d'assistance sont très limitées. Ces systèmes sont financés par des recettes fiscales, même si les cotisations sociales commencent à y faire leur apparition (notamment au Danemark). Ces systèmes sont totalement publics, placés sous l'autorité directe des pouvoirs publics centraux et locaux. Seule l'assurance chômage n'y est pas intégrée.

Deuxième groupe : formé de la Grande-Bretagne et de l'Irlande. Toutes les recommandations de Beveridge n'ont pas été appliquées. Si l'accès à la protection sociale n'est pas lié à l'emploi dans ces pays, seul le service national de santé (National Health Service) est véritablement universel (même accès pour tous). Dans le domaine des prestations en espèces ou des garanties de revenus (indemnités maladie, allocations chômage, retraites délivrées par le National Insurance), les inactifs ou les personnes ayant un revenu trop modeste n'ont pas accès aux prestations de l'assurance nationale. Ces prestations, forfaitaires, sont d'un montant beaucoup plus bas qu'en Scandinavie, ce qui implique un rôle important joué par les assurances privées et par les régimes de protection complémentaire d'entreprise. Pour les personnes les plus pauvres, un ensemble de prestations sous condition de ressources est très développé. L'ensemble du système de protection sociale public est très majoritairement financé par l'impôt, même si certaines prestations en espèces (2) de l'assurance nationale sont financées par une cotisation sociale. Le système public, fortement intégré, est totalement géré par l'appareil administratif. Comme en Scandinavie, les partenaires sociaux jouent un rôle très secondaire dans ces systèmes.

L'Allemagne, la France, le Benelux et l'Autriche constituent la troisième famille. L'influence bismarckienne y est la plus forte. L'ouverture des droits est conditionnée par le versement de cotisations et l'attribution des prestations sociales est directement liée à la position dans l'emploi (sauf aux Pays-Bas où certains régimes sont universels). Les assurances sociales sont obligatoires, sauf dans le cas de la santé pour les revenus les plus élevés en Allemagne et aux Pays-Bas. Les prestations en espèces sont contributives et proportionnelles aux revenus. Le niveau des prestations comme des cotisations peut différer selon les groupes professionnels assurés. Les cotisations sociales versées par les employeurs et par les employés constituent l'essentiel des sources de financement du système (la France bat tous les records avec 80 % du système financé par les cotisations sociales). Ces systèmes sont organisés au sein d'organismes plus ou moins autonomes de l'Etat et sont gérés par les représentants des employeurs et des employés. Ceux qui ne sont pas ou plus couverts par les assurances sociales peuvent recourir à un filet de protection constitué de prestations minimales, sous condition de ressources. Ces prestations se sont multipliées ces dernières années, sans pour autant former un ensemble cohérent et standardisé comme au Royaume-Uni ou dans les pays scandinaves.

Les pays d'Europe du Sud (Espagne, Grèce, Italie, Portugal) peuvent être considérés comme un quatrième groupe. Ils se rapprochent du modèle bismarckien (assurances sociales pour les prestations de garantie de revenu), avec des aspects spécifiques : forte hétérogénéité des différents régimes d'assurance sociale à base professionnelle (particulièrement généreux pour les fonctionnaires, d'autres professions n'étant quasiment pas couvertes) ; services de santé nationaux à vocation universelle mis en place progressivement dans tous ces pays à partir des années 1980 ; absence d'un filet de sécurité fournissant une protection minimale ; faiblesse de l'Etat et fonctionnement particulier du système (distribution clientéliste des prestations, fraudes aux prestations comme au financement). [...]

III. Les évolutions récentes des systèmes de protection sociale en Europe.upbut.gif (1348 octets)

Extrait n°3 : Convergence des politiques de recul de la protection sociale

La mise en oeuvre du marché unique européen puis de l'union économique et monétaire se nourrit de paradoxes. Il est souvent annoncé qu'il faut faire l'Europe pour défendre aussi la spécificité de son modèle social, qu'aucune autre région du monde n'a réussi à mettre en place de façon aussi complète. Pourtant, la richesse du patrimoine social européen commun, au-delà de sa diversité, est aujourd'hui menacée par la priorité donnée dans la construction européenne à des objectifs purement économiques : libre circulation des marchandises, des services et des capitaux, unification monétaire. L'extension du champ de la concurrence, objectif fondateur du marché commun, prend une dimension perverse quand elle ne s'accompagne pas de la mise en place parallèle de régulations économiques et sociales fortes au niveau communautaire.

Cette toute-puissance du marché permet au discours libéral de devenir la norme : les systèmes de protection sociale, facteurs de progrès et de croissance au temps du compromis keynésien, seraient devenus une charge pour l'économie. Seul le régime libéral de protection sociale, résiduel, laissant la part belle au marché, y compris dans les mécanismes de protection sociale, semble adapté et ne pas constituer un obstacle à la compétitivité de l'économie européenne. Ainsi, chaque pays d'Europe met progressivement en place des politiques nationales de recul de la protection sociale.

P. Taylor-Gooby et V. George, deux chercheurs britanniques, ont mis en évidence les différentes caractéristiques de cette dynamique de recul (3). La liste est longue, mais significative. Les critères d'éligibilité pour l'accès aux prestations sont restreints (exemple : la redéfinition régulière des droits aux allocations chômage à la baisse en France depuis 1983). Les prestations sont ciblées vers ceux qui en ont le plus besoin. Les services des assurances privées se développent (en France, pour l'assurance-vie ou la complémentaire maladie, avec des incitations fiscales). Le niveau des prestations et des services se réduit (par le changement des modes d'indexation des prestations en espèce ainsi que les changements de méthodes de calcul de l'acquisition des droits pour les retraites). La charge laissée aux usagers s'accroit (augmentation d'un ticket modérateur en maladie donnant une importance de plus en plus grande à la protection complémentaire). Les méthodes de gestion privée sont introduites afin de contrôler le volume des dépenses (enveloppe globale et autonomie de gestion pour les hôpitaux, par exemple). Les familles et la société civile sont mises à contribution (projet de faire jouer l'obligation alimentaire dans le RMI, rôle de plus en plus important des associations de solidarité). Pression à la baisse sur les salaires dans la fonction publique et dans les services sociaux.

Les évolutions récentes du système français de protection sociale ne sont donc pas spécifiques, elles s'observent dans l'ensemble de l'Union européenne. Cette dynamique libérale de la transformation de la protection sociale risque fort de renforcer la dualisation sociale et, à terme, de remettre en cause l'essentiel du patrimoine social européen. L'histoire montre que la mise en place de grands programmes sociaux ne s'est jamais faite sans des mobilisations politiques et sociales importantes, qu'il s'agisse des premières victoires des socialistes dans l'Allemagne de Bismarck, de la force des mouvements ouvriers et des classes moyennes dans les pays scandinaves entre les deux guerres ou bien du contexte politique de l'après-guerre dans la plupart des pays européens continentaux, marqué par la force du mouvement ouvrier ou social-démocrate, la faiblesse du patronat (souvent disqualifié par la collaboration) et la volonté de l'Etat de refonder le contrat social.

Seule une mobilisation sociale étendue à toute l'Europe, portée par des mouvements politiques et sociaux organisés à l'échelle européenne, susceptibles de contribuer à l'élaboration de projets politiques communs, permettra d'orienter la construction européenne vers la refondation d'un Welfare state européen.

(1) Pierre Laroque, auteur du plan français de Sécurité sociale de 1944-45 était à Londres en 1943. Mais son plan se heurtera à l'héritage professionnel des systèmes d'assurance sociale en vigueur avant-guerre dans certains métiers.

(2) Exemple : retraite, allocations diverses... ; par opposition aux prestations en nature, comme une hospitalisation, qui ne donnent lieu à aucun versement d'argent à l'assuré.

(3) European welfare policy - Squaring the welfare circle, par V. George et P. Taylor-Gooby, Londres, Macmillan, 1996.

  1. Quel est le sens des mutations récentes des sytèmes de protection sociale des pays européens ?
  2. Deux chercheurs britanniques ont mis en évidence les mesures prises pour orienter les systèmes de protection sociale. Relevez et expliquez ces mesures.
  3. Selon l'auteur, quel peut-être l'effet de ces mutations sur la cohésion sociale dans les sociétés européennes ?

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dernière modification le jeudi 27 janvier 2000