Nous sommes des petits Manouches.

Nous sommes comme les autres enfants, mais nous vivons dans des caravanes. Chaque famille a la sienne. Elles sont souvent grandes parce que nous avons beaucoup de petits frères et de petites sœurs. Nos pères ont plutôt des camions que des voitures, pour remorquer les caravanes et aller à la ferraille.
Nos caravanes sont sur une place désignée et nous y vivons avec nos cousins, nos oncles et nos tantes.


Nos parents sont ferrailleurs ou vanniers. Ils vont en camion chercher de la ferraille ; ils la nettoient ; ils enlèvent les boulons, les moteurs ; ils mettent ensemble le cuivre ; l'alu, le zinc et puis ils vont le revendre à de gros ferrailleurs.
Nous ramassons aussi des osiers, au bord des rivières. On enlève l'écorce, on trempe les branches dans l'eau pour les assouplir ; ensuite, on peut faire des paniers de toutes les formes et de toutes les tailles. Ce sont les hommes qui fabriquent les paniers, les femmes et les enfants les vendent.


A partir du mois d'août et jusqu'en octobre, on travaille avec nos parents, aux framboises à Herm.
C'est très dur. Il faut cueillir les framboises roses, mais pas les noires, parce qu'elles sont trop mûres et le monsieur les déclasse. On met les framboises dans des cagettes, mais il ne faut en mettre qu'une couche, autrement, ça s'écrase. On est payé à la quinzaine suivant le nombre de cagettes que l'on fait.
C'est difficile pour nous d'aller à l'école, parce que nos caravanes sont à côté des champs de framboises et c'est loin de Dax.


Nous, les garçons, nous allons à la pêche avec nos pères.
Nous avons des cannes à pêche, des lancers, des lignes. On fait l'ouverture de la truite dans les Pyrénées. On ne garde que les grosses truites, parce que les petites, c'est interdit.
Sinon, on va dans les rivières et dans les lacs, autour de Dax. On attrape des carpes, des calicobas, des poissons-chats, des perches, des brochets et des sandres.
Nous allons aussi à la chasse avec nos pères, quand c'est l'ouverture.
Il faut avoir le permis pour pouvoir chasser et aussi pour pêcher. On a des carabines à plomb et à cartouches. On attrape du gibier : des faisans, des grives, des vanneaux, des bécasses, des lapins, des lièvres et des palombes de passage.
Le poisson et le gibier que l'on ramène, on le fait cuire sur un feu de bois.


Ce qu'ils ramènent de meilleur, c'est le hérisson.
Nous aussi, nous allons chercher les hérissons.
On prend un bâton, on suit la trace, on écarte le buisson, on gratte l'herbe et on sort le hérisson avec le bâton.
Quand on revient, on le tue en lui donnant un coup de bâton sur la tête ; on ouvre la patte, on y met une paille, on souffle, il gonfle et on rase les piquants. On le trempe dans l'eau chaude, on le nettoie, on enlève les tripes.
On le sale et on le poivre, on l'ouvre par les reins et on le fait cuire sur une grille. Nous n'en mangeons que l'hiver parce que l'été, ils sentent mauvais.


Tout l'été, il y a des concours de boules.
On prend la licence et on va jouer avec nos pères. Parfois, on gagne, mais le plus, c'est nos pères. C'est rare qu'ils ne gagnent pas des coupes.
L'année dernière, on a été qualifié en quatre parties.
On a gagné le costume, on est allé jouer dans les grands pays et on dormait dans les hôtels.
Certains Voyageurs font les fêtes foraines. Ils ont des tirs, des manèges, des barbes à papa.
Avec mes parents, nous allons dans les villes et les villages jusqu'au Pays Basque.
Dès que l'été arrive, nous partons avec notre caravane et notre tir.
On s'installe dans les villages et on retrouve les mêmes forains que l'année d'avant.
Ma mère garde les petits frères. Dans la journée, les plus grands des enfants aident mon père à tenir le tir. Mes deux frères vendent des ballons à côté.
A la rentrée, on revient à l'école.


Tous les ans les Manouches du coin (Dax, Mont-de-Marsan, Langon, Pau, Bayonne) vont au pèlerinage à Buglose au mois de mai.
On baptise les bébés et les plus grands font leur communion.
On invite toute la famille, un curé et une dame que l'on connaît bien et la maîtresse.
On chante et on marche sur la route. On va prier à l'église pour que le bonheur vienne sur nous tous.
Les parents préparent la fête. Le soir on fait un très grand repas dans un pré.
On fait cuire des poulets, des lapins, des hérissons ou un mouton à la broche.
Certains jouent de la guitare et chantent, d'autres dansent.


Avant, on n'avait pas de classe, ni de car pour aller dans les écoles.
uand on y allait, c'était pour faire des dessins au fond de la classe et puis on a eu un mobil home sur le terrain au milieu de nos caravanes.
Notre maîtresse nous faisait bien travailler, on était bien.
On n'avait pas assez de place : les grands travaillaient le matin, les petits l'après-midi.
A chaque noël, on faisait un goûter dans le mobil home.
C'est là-bas, qu'on a appris à lire et à écrire. Depuis, Le terrain a été fermé par la mairie. Alors, on est venu à l'école de Berre.
Comme on est nombreux, les petits vont dans les C. P le matin. Le soir, ils reviennent travailler dans notre classe. Les grands, à ce moment-là, vont dans les autres classes. Un maître vient pour nous apprendre.

Maintenant, on n'a plus d'histoire avec les autres enfants, on joue ensemble.


textes de Katia, Stéphanie, Laurent, Pierre, Jean, Normane, Frédéric, Jimmy
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