ppcptvam1 g1 LE COMMERCE TRIANGULAIRE

 

 

«triangulaire ?»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Larguez les amarres !


Mais embarquons sur l'un des plus célèbres bateaux bordelais, et faisons route avec lui vers l'île de France, aujourd'hui l'île Maurice.

Nous ne nous rendrons pas directement sur les côtes occidentales de l'Afrique car la concurrence y est très rude et qu'une nouvelle route, plus à l'Est, s'offre à nous.

Montons à bord du " Patriote " , bâtiment de 312 tonneaux, vendu aux frères Journu, et tournons page à page les feuilles épaisses de son journal de bord conservé de nos jours au Musée d'Aquitaine. Le journal est tenu par Paul Alexandre Brizard, capitaine en second sous les ordres du capitaine Ichon.

Il ne reste plus que la seconde moitié du journal, mais nous apprenons qu'il a quitté l'estuaire de la Garonne le 17 octobre 1788 et qu'il est arrivé à l'île de France le 5 mars 1789. Les premières notes disparues relataient les étapes de ce trajet. La seconde moitié du journal reprend à la date du 10 avril 1789 lorsque le Patriote s'apprête à quitter l'île Maurice. Contre toute attente, au lieu de nous diriger vers l'Afrique, nous cheminons vers les Indes, l'île de Ceylan, et le 30 mai, nous arrivons dans la rade de Pondichéry dans laquelle nous restons deux mois. Nous ne connaissons pas les raisons de ce long arrêt car le journal de bord ne parle que du bateau et non de ce qui se passe à terre.

Début août, nous nous engageons dans l'estuaire du Gange, très difficile à naviguer en raison de ses remous. Route ensuite vers le Bengale que nous quittons le 30 octobre, en emmenant un jeune esclave indien prénommé Scipion.


Notre route maritime nous mène de nouveau à l'île de France le 6 décembre. On y embarque 216 Noirs provenant de Goa et d'Anjouan ; ces deux sites des Comores sont, comme Gorée sur l'Atlantique, des points de vente d'esclaves.

Le 13 décembre, nous faisons une halte sur l'île Bourbon (devenue île de la Réunion) pour charger des provisions autant pour les Noirs que pour les Blancs, écrit Brizard. Nous repartons le 16 février et tous les jours, des Noirs que nous avions embarqués de la traite d'Anjouan, meurent.

61 succomberont de dysenterie, du scorbut, de fluxion de poitrine, de forte fièvre. Des hommes, des femmes, des enfants. On se demande pourquoi les négriers achètent des Noirs malades dès le départ.


Le 19 mars, le Patriote fait escale au cap de Bonne-Espérance où mouillent déjà 20 bateaux. Le temps est épouvantable et de nombreux Noirs souffrent. Déjà malades, ils souffrent d'autant plus qu'ils reçoivent des tonnes d'eau suite aux tempêtes et qu'il faut pomper l'eau qui s'est engouffrée dans les cales où ils sont entassés.

 

Les expéditions négrières se multiplient…



Le capitaine vend Scipion ainsi qu'une dizaine de Noirs. Avant le départ, nous faisons de nouveau des provisions : du pain, de la viande, des fruits, de l'eau stockée dans des barils. Les conditions atmosphériques ne s'améliorent pas et les Noirs continuent à mourir. Le capitaine Ichon, qui était descendu à terre pendant l'escale, ne réapparaît pas.

Quand le Patriote appareille, le 14 avril, c'est Brizard, capitaine en second, qui prend le commandement. Il continue à tenir le journal de bord et presque tous les jours signale des morts.


Le 31 mai, enfin, nous arrivons à la Martinique.

De nombreux acquéreurs se pressent sur les quais. M. de Foulon, Intendant de la colonie, achète vingt Noirs. Mais un événement va se produire et précipiter notre départ : le 3 juin, les gens de couleur libres, stimulés par les idées de la Révolution, organisent une rébellion et revendiquent la citoyenneté que leur refusent les Blancs.

Le 4 juin donc, sans s'attarder, le Patriote reprend la route et met le cap vers Les Cayes Saint-Louis, à Saint-Domingue. Là, la vente des Noirs se poursuit, et le 15 juin, Brizard débarque le reste des Noirs, en tout 86. Le bateau est entièrement vidé et fera escale pendant 6 mois.

On pense que ce temps aura été consacré à la réfection du bâtiment, mais aussi aux négociations pour la vente des derniers esclaves et à l'achat de marchandises au meilleur prix pour le retour en Europe.

Le 16 décembre 1790, le navire repart à destination de Bordeaux.

Ce n'est qu'au bout d'un pénible voyage (équipage malade, plusieurs tempêtes et avaries) que le Patriote mouille en rade du Verdon le 17 février 1791, deux ans et quatre mois après son départ.

 

Pourquoi la route des Indes ?

Pourquoi ces nombreuses escales dans l'Océan Indien ?

Qu'est devenu le capitaine Ichon ?

En fait, on ne sait pas grand chose. Nous sommes mieux renseignés sur la comptabilité de la traite tenue par Brizard tout au long de ce périple :

216 Noirs achetés, 61 morts en route ; restent 155 esclaves vendus.

Le profit n'a pas été grand.

 

Ce voyage, parmi tant d'autres, nous montre que les expéditions négrières étaient sujettes à de nombreux aléas et que les armateurs qui s'engageaient dans ce type de commerce. prenaient de très gros risques.

L'armement des bateaux demandait un très gros investissement et leur commandement exigeait des capitaines très compétents, que ce soit en navigation maritime et en commerce.