màj 30/03/03

l'internet au service des élèves

Sociologie  
       

Economie

   

Année Scolaire 1998/99

Science Politique

Lycée Sud Médoc
Av de Lacanau
le Taillan Médoc

en quoi le travail produit-il aujourd'hui du lien social ?

dossier (extraits) et questionnaire et ressources

doc 1 - 3 - J. Boissonnat "le travail dans 20 ans"

doc 2 - 5- D. Méda "la fin de la valeur "travail"

doc 4 - 7 - R. Castel "la métamorphose de la question sociale"

doc 6 - le préambule de la constitution de la 5° République

doc 8 - citation d'Hannah Arendt : "Ce que nous avons devant nous, c'est la perspective d'une société de travailleurs sans travail, c'est à dire privés de la seule activité qui leur reste. On ne peut rien imaginer de pire"

doc 9 - le Monde 13/2/96

A) les fonctions du travail

une fonction de production
l'individu est amené à travailler dans un endroit particulier : l'entreprise dans laquelle les relations sont soit conflictuelles, soit coopératives. Par cette identification à un collectif, on peut parler d'intégration (lorsqu'on travaille, on se reconnaît dans le travail des autres). Problème : avec l'augmentation du travail à domicile, des emplois précaires, le collectif est brisé.
D'autre part, le travail confère à l'individu une certaine utilité sociale. C'est le sens que l'on peut donner à la rémunération du travail - la société est reconnaissante du travail effectué. Mais cette production n'est pas nécessairement marchande. cf
l'économie solidaire. Le travail peut être également considéré ici comme un facteur d'épanouissement personnel.

une fonction de répartition
en ce sens le travail, source de revenu confère une autonomie morale et financière - Ainsi peut - on interprêter l'essor de l'activité féminine - le travail permet également d'accéder à la norme de consommation et ainsi il est facteur de reconnaissance sociale. Le lien travail / revenu / consommation est donc très important.

une fonction d'insertion sociale
le travail contribue à la définition de la position sociale de l'individu . Il participe au phénomène de mobilité sociale. Le milieu professionnel est également un milieu de
socialisation où l'individu fait l'apprentissage de la vie en société. J. Boissonnat précise que "l'homme a besoin de se sentir intégré dans un groupe pour avoir le sentiment d'exister". Et d'ajouter que l'individu pour préserver son autonomie s'intègre à plusieurs groupes (famille, le village, l'entreprise). Autrement dit "l'entreprise n'a jamais été le seul lieu d'insertion".

On reviendra sur la différence entre insertion et intégration (cf cours sur lien social et Etat).

(voici ce que j'ai répondu au courrier électronique de Anne cora
question
: Je voudrais savoir quelle est la difference entre insertion et integration ?
réponse : à propos de la question sociale, on a tendance aujourd'hui à substituer la problématique en terme d'insertion à celle en terme d'intégration. quel sens revêt cette évolution ? elle révèle une crise du lien social (entendu ici dans sa dimension économique comme insertion). En effet, l'insertion signifie capacité à s'adapter aux emplois offerts. On dit d'un individu qu'il est difficilement insérable lorsqu'il lui est impossible de trouver un emploi. On sait que l'intégration signifie le lien social qui existe entre les individus. Donc remplacer intégration par insertion, c'est d'une part réduire le lien social à sa dimension économique, le rôle du travail. Et d'autre part, c'est s'entêter à penser que les individus doivent s'adapter à la société salariale sous peine d'en être exclue. Evidemment, on ignore ainsi les autres formes d'intégrations, les autres facteurs du lien social. Or prendre en compte ces éléments, cf D. Méda, sont essentiels aujourd'hui face la crise de l'emploi et donc de l'insertion. Aussi pour conclure, on devrait dire Revenu Minimum d'intégration plutôt que revenu minimum d'insertion.)

D. Méda précise cependant que le travail est une construction historique. C'est en effet au 18 ° siècle que le travail est inventé. Le travail est né au XVIIIè siècle avec la pensée classique (Smith). Le travail a eu une connotation péjorative car il signifie "labeur". Il est vu comme une activité contraignante. Marx a montré que le travail équivaut à de l'exploitation. Pendant très longtemps, le travail était réservé aux classes inférieures. Les gens avaient une place dans la société autrement que par le travail, mais par exemple, par la culture, la religion, la politique..A partir du XVIIIè siècle, l'individu est intégré dans la société par le travail (approche économique). Cette conception du travail est importante car elle a permis aux individus de "s'émanciper des tutelles traditionnelles" : par la formation d'un marché du travail, le travail devient une marchandise. On va libérer les individus de leurs particularismes
ex : émancipation féminine par le travail.
Cette conception du travail est cohérente avec la "Déclaration des droits de l'homme et du citoyen" de 1789 car on retrouve la même logique : émanciper les individus, les libérer de leurs particularismes (religion, culture, ...) qui faisaient obstacle au développement économique et social.

Certes, le travail a été un facteur d'émancipation des tutelles traditionnelles. Mais le lien social est d'abord un lien économique. D. Méda s'interroge sur la portée du lien économique pour fonder le lien social (nous y reviendrons).

J. Boissonnat souligne que l'importance du travail est telle aujourd'hui qu'il est devenu synonyme d'emploi. D'où l'identité couramment énoncée "pas d'emploi = pas de travail = pas d'existence". (on consultera avec intérêt ce compte rendu d'un article de D. Linhart : "le travail, quelle place pour les jeunes ?" Problèmes économiques 21/2/96.

C'est en raison de la fonction d'insertion sociale que l'absence de travail est vécue aujourd'hui comme une exclusion.

Le travail est un grand intégrateur. En dehors du monde du travail, la sociabilité se développe car on retrouve les mêmes personnes avec qui l'on travaille dans son quartier.

ex : DUBET, dans "Les Quartiers d'exil", s'est intéressé aux "banlieues rouges" (quartiers où les gens sont ouvriers et votent communistes). On retrouve les gens qui ont les mêmes conditions : même travail, même conditions de vie, même vote, ... Dubet montre qu'avec la crise de l'emploi, il y a également une crise de ces quartiers où on note une nette augmentation du racisme à cause du rapprochement de différentes cultures à l'intérieur de ces quartiers.(voir plus loin)

Le travail est quelque chose d'essentiel: il procure un revenu aux gens. Ce revenu leur permet de consommer. Mais le travail est également un facteur important d'insertion sociale.
Problème : avec la crise de l'emploi, si le travail disparaît, comment les gens demeurent-ils intégrer dans la société dans laquelle ils vivent ?

B) le travail devenu emploi offre une sécurité alternative à la propriété

Le 20 ° siècle est celui de l'emploi.

qu'est ce que l'emploi ?

on pourrait le définir en faisant référence à l'équation fordienne de l'emploi typique.

Selon D. Méda, l'emploi garantit l'accès aux richesses et donne une place dans la vie sociale ( il confère des avantages et un revenu). Le salaire est la contrepartie du travail fourni. L'emploi, enfin, est le canal pour se former, pour disposer d'une protection et pour accéder aux biens sociaux.

Il est important de souligner qu'avec l'emploi, le travailleur va disposer d'une "propriété sociale" (au sens de R. Castel) que reconnaît d'ailleurs la constitution dans son préambule : "chacun a le droit de travailler et d'obtenir un emploi .. la Nation garantit à tous la protection de la santé.. tout être humain qui en raison .... se trouve dans l'incapacité de travailler a le droit d'obtenir de la collectivité des moyens convenables d'existence ..". "L'Etat doit garantir", c'est-à-dire qu'il doit permettre à chaque individu d'accéder à la richesse et à une place sociale. Avec l'apparition du terme "chômeur", l'Etat va prendre en charge les individus sans travail. Ainsi, il va protéger les travailleurs.

En effet, avec la société salariale, le travailleur va bénéficier de nouvelles formes de sécurité. La société salariale selon R. Castel se développe au 20 ° siècle. Il s'agit d'une "société dans laquelle l'identité sociale se fonde sur le travail salarié plutôt que sur la propriété. " (R. Castel).

R. Castel insiste en effet sur l'idée qu'au19 ° siècle et une partie du 20 ° le travailleur n'avait pour seule fortune que son travail, ce qui signifiait une grande précarité. Ainsi le travail signifiait insécurité et la propriété (matérielle) garantissait la sécurité. L'emploi va bouleverser le rapport entre travail et sécurité et entre la propriété et la sécurité avec l'avènement de la propriété sociale et de la sécurité - droit. La propriété sociale est différente de la propriété matérielle où le patrimoine se transmet par l'héritage. La propriété sociale, c'est l'Etat qui va donner aux individus des droits (= propriété) qui vont les protéger contre l'insécurité de la vie : droit de l'emploi, protection santé, sécurité matérielle, ... L'Etat va également donner aux individus qui ne travaillent pas. On assiste à une substitution de l'assistanat des tutelles traditionnelles par l'Etat.
Il s'agit là de la question sociale du XX ° siècle : redéfinir la notion de propriété donc de créer une nouvelle forme de propriété sociale dans laquelle on peut rester en dehors de la propriété matérielle tout en étant en sécurité.

L'emploi est donc le travail plus la sécurité - droit. Ainsi la sécurité sociale procède d'une sorte de transfert de propriété par la médiation du travail et de l'Etat.
Mais toute notre protection sociale est basée sur l'emploi. Par conséquent, quand il n'y a plus d'emploi, comment fait on? Aujourd'hui, il y a par exemple le RMI (mais il faut tout de même avoir 25 ans).

C) crise de l'emploi et mise en cause du rôle du travail comme facteur d'intégration sociale

la crise de l'emploi dès les années 1970 avec la massification du chômage et la précarisation des emplois a pour R. Castel 3 conséquences :

- la déstabilisation des stables (une partie de la classe ouvrière et des employés). Aujourd'hui, plus personne n'est à l'abri du chômage et de la précarité. La crise de l'emploi met en cause la propriété sociale (le travailleur n'a plus la sécurité de l'emploi : il va se retrouver comme au XIXè siècle). L'emploi permettait une fluidité sociale. La déstabilisation des stables a une incidence négative sur la mobilité sociale.

- l'installation dans la précarité. Se développe une "culture de l'aléatoire", cette idée de "vivre au jour le jour". La précarité devient un destion. R. Castel évoque un néo paupérisme.

- le déficit des places. R. Castel voit malheureusement dans la situation de certains chômeurs de longue durée, des "inutiles au monde", des surnuméraires qu'il apparente aux vagabonds du moyen âge,qui parmi les plus pauvres, de part leur statut, ne pouvaient pas bénéficier des protections de voisinage, traditionnelles (famille, paroisse, village).

Cependant, R. Castel considère que cette inutilité sociale les disqualifie sur le plan social et civique. Il s'agit selon lui de la nouvelle question sociale en cette fin de XX° siècle.

Ce sentiment d'inutilité, le fait de ne pas avoir d'emploi peut entraîner un désintéressement de la vie politique chez ces personnes. Elles coupent les ponts avec la société. Elles n'ont pas de vie sociale par manque d'espoir et l'absence de volonté de changement. Ce phénomène nous montre que la place des individus dans notre société est belle et bien déterminée seulement d'un point de vue économique.
C'était sans compter sur le mouvement des chômeurs de Décembre 1995 (on reviendra sur le rôle d'intégration du mouvement social). Ils ont appelé à une nouvelle définition du lien social, sinon de plus en plus de personnes vont être exclues de notre système à cause de l'augmentation du chômage. Les individus peuvent être utiles par le travail mais pas forcément par l'emploi.

Dominique MEDA reconsidère la place du travail dans la société. En effet, si on regarde l'histoire du lien social, l'intégration sociale ne s'est pas toujours réalisée par le travail.
L'intégration s'est faite par l'activité politique : c'est s'intéresser à la vie de la cité, considérer que pour vivre en société, il faut porter les questions sous forme de débats (partis politiques, associations, ...). Tout ce qui concerne la société m'intéresse et je donne mon avis . Pour Meda, cela permet de créer un lien social.
L'objectif des associations est de permettre aux individus d'échanger autre chose que des services marchands. Chacun existe par ce qu'il sait faire et ce qu'il peut apporter aux autres.
Problème : l'intégration par l'activité politique nécessite, non seulement, que l'individu ait un certain seuil culturel, des connaissances mais aussi qu'il soit disponible. Il faut qu'il ait le temps d'échanger, de participer. Selon Y. BRESSON (" le participat"), il faudrait, pour que les gens puissent participer à la société, leur donner un revenu inconditionnel. Cet argent correspondrait à un capital temps à la disposition de chacun pour s'intégrer ou permettre de s'intégrer. C'est l'idée d'une
allocation universelle.
L'intégration s'est faite également par les activités culturelles ou encore familiales,amicales, amoureuses etc .... On pourra souligner également le rôle de
l'économie sociale.

on tirera profit de l'article d'AE du 4/99 "la croissance contre (la vraie) richesse " (à propos du livre de D. Méda "qu'est-ce que la richesse ?")

III) la mise en oeuvre du lien social : affaiblissement ou renforcement des instances d'intégration ?

 

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