Changement Social et inégalités
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CHANGEMENT SOCIAL ET INÉGALITÉ

L’ étude de la démocratie aux États Unis par A.Tocqueville, en même temps que l’ étude de la révolution française, ont amené A.Tocqueville à préciser le rapport entre le changement social et l’ inégalité ; il croit déceler dans l’évolution des sociétés modernes (sociétés démocratiques) la recherche de l’égalité. Il a l’impression que les sociétés évoluent vers plus d’égalité. Au fur et à mesure qu’on se rapproche de l’égalité, la situation des inégalités devient insupportable. On va insister sur le rôle de la mobilité sociale qui est un des moyens à disposition de la société de donner plus de chances aux individus. On peut se demander si un siècle après, ce mouvement vers l’égalité est achevé. Peut-on dire qu’on est dans une situation plus "égale" aujourd'hui ? Est – ce - que la croissance réduit les inégalités ? Est – ce - que la croissance a besoin de l’égalité ou pas ?

Les rapports entre idéal égalitaire et inégalités économiques et sociales

Analyse de A.Tocqueville

Il développe l’idée de démocratie. Il parle du désir d’égalité et du risque de despotisme.

La Démocratie et le désir d’égalité.

(doc14 p 296) Dans le sens commun, la démocratie se définie comme le pouvoir au peuple (élections, séparation des pouvoirs…). Mais pour Tocqueville, la démocratie est davantage un principe d’égalité : régime politique qui se concrétise par une plus grande égalité des conditions.
Mais ce problème est plus complexe. S’il n’y a pas égalité des conditions, le principe d'égalité peut résider dans la mobilité sociale. Avec cette mobilité se développe le principe d’égalités des chances.
Selon Tocqueville, en démocratie, les citoyens sont sur le même pied d’égalité : égalité juridique. Dans la démocratie, l’égalité juridique est indispensable, elle est relative au respect des droits de l'homme.

(Doc4p289) Selon Tocqueville, il y a donc trois notions d’égalité. Ces 3 concepts d’égalité sont complémentaires.

  • Égalité juridique : égalité des droits quelque soit l’individu. A partir du moment où il est citoyen, il a des droits.
  • Égalité des chances  : on part du principe qu’il y a des inégalités économiques et sociales (Ex : inégalités ne faisant que refléter des différences de mérite ou encore des inégalités profitables à tous cf Rawls). Elles sont supportables à condition qu’il y ait égalité des chances, autrement dit équité. (Équité : donne plus de moyens à ceux qui en ont le plus besoin) ( discrimination positive). L'égalité des chances se traduit par la mobilité sociale : que l’ individu soit riche ou pauvre, il a les moyens de réussir. Cette égalité des chances correspond à la suppression des distinctions d’ordre ou de classe, à la fin de l’hérédité des positions sociales et à la possibilité donnée à chacun d’accéder à toutes les professions, à toutes les dignités et à tous les honneurs
    EX : Le mythe du "self-made-man " aux États-Unis.
  • Égalité des conditions : Égalités des statuts c’est à dire que l’on fait référence à la fois à des éléments économiques et à des éléments sociaux (accès à la culture, aux diplômes, à l’emploi, à l’espérance de vie). L'égalité des conditions est compatible avec l'inégalité des revenus.

A. Tocqueville insiste sur la relation entre le désir d’égalité et le changement social. Cette analyse repose sur une la thèse de la frustration relative.

On note ici l'opposition entre les positions de Tocqueville et de Marx.

Selon Tocqueville, plus les inégalités se réduisent, plus on va vers l’ égalité et plus les inégalités qui restent sont insupportables, d’ où naissance des conflits sociaux. Donc moins il y a d'inégalités, plus il y a de conflits.

Selon K. Marx, plus les inégalités augmentent, plus il y a de conflits.

CL : L'égalité des conditions se réalise avec d’une part la mobilité sociale qui donne une certaine égalité des chances et d’autre part l’égalité juridique avec des droits donnés à chaque citoyen.

Paradoxalement, cette recherche de l’ égalité est potentiellement dangereuse pour la démocratie. En fait, Tocqueville s’oppose à un philosophe comme Rousseau, lequel développe l’idée d’égalitarisme : un gouvernement va chercher à instaurer plus d’égalité, même par une marche forcée vers l’ égalité.

Le risque de despotisme.

Pour Tocqueville, cette marche vers l'égalité s'accompagne de 2 mouvements :

  • Plus d’ " homogénéisation " de la société : une classe moyenne se développe grâce à la démocratie
  • Plus d’individualisme : Tocqueville explique que la montée de l’individualisme est potentiellement dangereuse pour la démocratie. (doc 14 p 286 )

Avec la montée de l’égalité des conditions, les individus ont tendance à se replier sur eux-mêmes et à ne plus s’intéresser à l’ action collective, à la politique… Petit à petit, les contrepouvoirs au gouvernement ont tendance à disparaître, et ceux qui ont le pouvoir en ont de plus en plus : risque de despotisme.

C’est pour cela que Tocqueville fait la différence entre l’égalité et la liberté : au profit d’une plus grande égalité, on risque à perdre de la liberté. (EX : ex-pays communiste ).Tocqueville pense qu’il faut développer les associations et la démocratie locale pour entretenir les contrepouvoirs et par-là même lutter contre le despotisme. Aujourd’hui, le pouvoir des médias constitue un contrepouvoir qui peut permettre de concilier liberté et égalité (on peut être critique du rôle des médias aujourd'hui).

Le mouvement d’égalisation des conditions annoncé par Tocqueville est inachevé.

Est ce que les fait ont donné raison à Tocqueville ?

Il y a eu incontestablement une réduction des inégalités surtout à partir de la seconde guerre mondiale. Cependant depuis les années 80, on constate une reprise des inégalités.

Les mesures des inégalités : échelle d’Oxford, les écarts inter - déciles, courbe de Lorenz, strobiloides

(doc2p287)

  • L’ échelle d’Oxford : Quand on parle du niveau de vie ( PIB/hbt), la composition de la famille va avoir un effet sur le niveau de vie de celle ci. L’ échelle d’ Oxford analyse les revenus en fonction de la composition de la famille.
  • Les écarts inter déciles :
    D9 ( niveau de revenu à partir duquel on va trouver les 10% des revenus les plus élevés). D1 (niveau de revenu en dessous duquel on trouve les 10%des revenus les plus faibles). On fait le rapportD9/D1 et on a ainsi une mesure pertinente de la dispersion des revenus.

EX : D9/D1 = 3 signifie que les 10% ayant les revenus les plus important ont un revenu 3 fois plus élevé que les 10% ayant les revenus les plus faibles.

  • La courbe de Lorenz

Le coefficient de Gini est compris entre 0 et 1. Il sert à mesurer les inégalités. Il est la mesure de la surface entre la courbe de concentration C et la droite d'équirépartition D.

Plus ce coefficient est grand (c’ est à dire proche de 1 ), plus il y a d'inégalités i.e. de concentration ; et inversement plus le coefficient de Gini est petit ( c’est à dire proche de 0 ), moins il y a d’ inégalités.

  • Strobiloïdes ( Roussel ) : représentation en forme de toupie (représentation graphique pour une vision synthétique de la dispersion et de la disparité) de la société.
    La dispersion et la disparité sont deux choses différentes car on parle de dispersion

La Toupie présente la répartition des revenus en tenant compte des effectifs. En haut, on a les plus riches. Au centre, les classes moyennes (entre 50% et 200 % du revenu médian). En bas, les pauvres (revenu inférieur à la moitié du revenu médian).

(doc 3 p 288-289 ) La toupie permet de montrer qu’ une moyenne n’ est pas forcément révélatrice du revenu de la catégorie (le revenu médian est plus pertinent dans ce cas) : la moyenne est valable si la dispersion est faible, dans ce cas la toupie est large.

Si la toupie est très allongée, cela signifie qu’ il y a une forte dispersion : le revenu moyen est peu représentatif. Les inégalités sont plutôt intra catégorielles.

Entre 1984 et 1994, il y a un accroissement des inégalités selon le strobiloïde. (p289). Pourquoi ? en 1994, la toupie s'élargit par le bas par rapport à 1984 alors qu'en haut l'épaisseur se maintient par rapport à 1984.

L’augmentation récente des inégalités

Les inégalités traditionnelles se renforcent alors que de nouvelles inégalités apparaissent.

Le renforcement des inégalités traditionnelles avec les années 1980..

A part l’Allemagne, dans tous les pays, on a constaté une croissance des inégalités, la France n’est pas un cas isolé.

en terme de revenu disponible (doc3 polycopié)

Le Revenu Disponible (RD) sert à la consommation et à l’épargne.
RD = Salaire brut –cotisations sociales salariales – impôts directs + prestations sociales
Soit RD = Salaire net - impôts directs + prestations sociales
Dans les impôts directs, on regroupe l’ IRPP, les impôts locaux et la contribution sociale généralisée. On constate qu’entre 1979 et 1996, les revenus disponibles les plus hauts augmentent plus vite que les revenus les plus bas.

Évolution de la dispersion des salaires masculins

(doc7p292) Le D9/D1 baisse entre 1970 et 1985 et ensuite il augmente de nouveau. Cela s'explique par la croissance de la flexibilité salariale (individualisation des salaires : primes, avantages ). Certains salaires augmentent pendant que d’autres stagnent voire même diminuent.(doc5p293)

une phénomène générationnel

Aujourd’hui, les générations des 20-25 ans ont un niveau de vie inférieur à celui des générations précédentes : phénomène d’ appauvrissement. Ainsi L'inégalité se décline en fonction de l’âge ( difficultés de s’ insérer professionnellement). Cependant, la solidarité est très forte dans la mesure où les 40-59 ans sont plus riches qu’avant et donc aident les 20-25 ans.

la croissance des revenus du patrimoine

Le revenu du ménage comprend :
- Le revenu indirect ( prestations sociales)
- Le revenu du patrimoine
- Le revenu du travail

Si les revenus ont augmenté, c’est surtout lié au patrimoine. Cela permet de comprendre la croissance des inégalités. L’épargne rapporte plus mais cela concerne davantage les ménages à haut revenu.

le chômage, un phénomène inégalitaire

Depuis les années 70, le chômage a tendance à toucher les CSP inégalement : celles du bas de la hiérarchie sociale sont les plus touchées.

conclusion : La croissance des inégalités touche tous les pays dans les années 80 dont notamment les USA.
Ex : En 1993, le revenu des 20 % les plus riches représente 13 fois le revenu des 20 % les plus pauvres. (doc 8 p. 293)

La montée de nouvelles inégalités
les inégalité intra-catégorielles

De plus en plus, il s’ agit d’ une inégalité intra-catégorielle (dispersion) plus que d’ une égalité inter-catégorielle( disparité). (doc9p294)
Aujourd’hui, le progrès technique est tel que dans une entreprise, les revenus ont tendance à être relativement proches et élevés à cause de l'implication importante et indispensable de chaque travailleur (quelque soit la qualification). Ainsi d’une entreprise à une autre, on a d’énormes différences de revenus à qualification égale dues au progrès technique.

Les inégalités sont en de nouveaux lieux 

Ainsi, les inégalités échappent à l’action collective, elles se cristallisent dans la crise du sujet. On constate un approfondissement des inégalités malgré le discours démocratique Cela ne démontre-t-il pas que la croissance se nourrit des inégalités ?

La relation entre inégalités et croissance

Problématique : La croissance réduit-elle les inégalités ? se nourrit-elle des inégalités ?

La croissance réduit-elle les inégalités ?

De façon théorique, on peut démontrer que la croissance favorise la réduction des inégalités

Avec les 30 glorieuses (après la 2° GM jusqu’ au milieux des années 1970) on constate une forte croissance économique et une réduction des inégalités. L’ État Providence et le fordisme vont-être des moyens de régulation et ils vont permettre la hausse du niveau de vie et la baisse des inégalités.
Avec la crise des années 1970, la baisse des inégalités va être perturbée. On vérifie en partie l’ analyse de Kuznets. Il a analysé la relation entre croissance et inégalités, la représentation de cette relation en graphique est un U renversé.

Au départ, la croissance économique entraîne une hausse des inégalités puis, passé un certain seuil, les inégalités doivent baisser.
( doc 5 p 290 ) Pourquoi ?
¨ Transfert de main d’ œuvre : Le secteur à faible productivité se déverse dans le secteur à forte productivité. Et selon Kuznets, c’ est ce transfert de population qui entraîne cette hausse des inégalités. De plus, il y a de plus en plus de secteurs à forte productivité ( progrès technique ) donc cela permet d’ augmenter les revenus donc il y a une baisse des inégalités de revenus.
¨ La croissance économique :

L'analyse de Kuznets laisse donc entendre que les inégalités doivent baisser. (En cela, cette analyse renforce celle de Tocqueville). Cependant, la courbe de Kuznets a tendance à s’ inverser depuis les années 80 ; autrement dit les inégalités ont tendance à augmenter dans le temps.

( doc 6 p 291 ) La courbe de Kuznets est bien morte aujourd’hui !!

Pourquoi la croissance ne réduit- elle pas les inégalités ?

La faute à la mondialisation

(doc 11 p 295) La mondialisation pousse les entreprises à être plus compétitives donc cela les oblige à baisser les coûts notamment les coûts salariaux et elles recherchent plus de flexibilité. Cela pousse à l'augmentation des inégalités.

La mondialisation n’ est cependant pas coupable car : · la compétitivité recherchée aujourd'hui est plutôt une compétitivité hors-prix : il ne s’agit pas nécessairement d’ une compétitivité basée sur les coûts.
· les entreprises françaises se délocalisent pour aller là où la main d’ œuvre est moins chère, certes, mais les entrées de capitaux (IDE) sont facteurs de créations d'emplois et on sait qu'il y a plus de créations que de suppressions d’ emplois.

La faute au progrès technique ( doc 12 p 296 )

Le progrès technique est une explication importante, notamment dans la dispersion.

D’ autres explications…

( doc 5 polycopié, doc 13 p 296 et doc 7 p 292 )

  • Le rôle de l’ état :

L'Etat a les moyens de réduire les inégalités :

· Il peut verser des revenus sociaux

· Il peut prélever plus d’ impôts chez les riches que chez les pauvres : facteur de réduction des inégalités. (problématique de l'impôt progressif)

Avec la crise économique, pour différentes raisons, les États se désengagent et remettent en cause le rôle de l’ État Providence

-> des raisons financières : les dépenses de l'État et des organismes sociaux excédent les recettes.

-> des raisons économiques :

J.B.Say ( fin 18° - début 20° ) : "  L’ offre crée sa propre demande" : fondement de l'économie de l'offre.

L'économiste Laffer ( à l'origine de la première loi sur la baisse de l’ impôt aux États Unis ) : la baisse de l’impôt favorise le travail et permet donc la croissance. 

Courbe de Laffer :

Commentaire :

Quand le taux d’ imposition augmente, les recettes fiscales augmentent. Il arrive un moment où le taux d’ imposition arrive à un seuil (t *) au delà duquel les individus ne sont plus incités à travailler car leurs revenus supplémentaires servent à payer l’impôt.

Cette courbe justifie l’ idée qu'un moindre engagement de l’ État est facteur de croissance.

Ainsi avec la crise économique, les États ont tendance à réduire leurs impôts pour favoriser la croissance et inciter au travail.

Donc en réduisant les impôts, l'État favorise l'augmentation des inégalités. On peut ajouter dans la même direction que le déficit de la sécurité sociale risque une réduction des prestations sociales et par-là même une croissance des inégalités.

CL : Malgré la croissance, les inégalités demeurent.

La croissance se nourrit-elle des inégalités ou a-t-elle besoin de moins d’ inégalités ?

La croissance se nourrit-elle des inégalités ?

Inégalités et logique productive ( doc 6 polycopié )

Les inégalités sont facteurs de productivité et de flexibilité.

  • Les inégalités sont facteurs de productivité : En individualisant les salaires, on se retrouve dans une approche néo-classique, les salaires sont fixés en fonction de la productivité marginale du travail c’ est à dire qu’ on va rémunérer l’ individu selon la productivité. Dans la réalité, on voit de plus en plus que le salaire est individualisé : primes, stock option (= actions qui rapportent des bénéfices ) … Cela explique les inégalités, mais elles sont nécessaires pour créer de la productivité.
  • Les inégalités sont facteurs de flexibilité : Emplois précaires, sous-traitance … autant facteurs d’inégalités car dans la même entreprise, il y a des emplois typiques, emplois atypiques, salaires plus ou moins élevés, des inégalités de statut …
L’ égalitarisme est contre productif

Égalitarisme : politique qui vise à instaurer une égalité réelle entre les individus ( cf Rousseau ) ( EX : démocraties populaires).

( doc 5 p 291 )

La volonté de réduire les inégalités ( égalitarisme ) peut réduire la croissance :

  • Kaldor : ce principe repose sur le fait qu’ on prend de l’argent aux riches pour le donner aux pauvres ; c’ est le phénomène de redistribution verticale donc les riches étant moins riches épargnent moins donc baisse de l’ investissement (car les riches épargnent plus que les pauvres) donc cela entraîne une baisse de la croissance.
  • En cherchant à réduire les inégalités (mise en place de politique ), on a tendance à freiner l’ esprit d’ entreprendre, ce qui a un effet négatif sur la croissance ( cf Courbe de Laffer )

    2) La croissance a besoin de moins d’ inégalité

  • Les inégalités entraînent de la délinquance, de la criminalité … ce qui freine la croissance. Des richesses sont détournées, ainsi au lieu qu’ elles servent à réduire les inégalités, elles servent à lutter contre la délinquance et la criminalité … S’il y a de la criminalité, mais aussi du détournement de fond, de la corruption …, cela nuit au climat d'entreprendre et le détournement d’ argent freine la croissance. On peut donc dire que la corruption financière peut-être un obstacle à la croissance économique (EX : la mafia).
  • Loi psychologique de Keynes : s’il y a inégalités, c’ est parce que les riches deviennent plus riches et les pauvres plus pauvres donc l'économie dégage plus épargne et on consomme moins ( ce sont les pauvres qui consomment ) donc il y a une baisse de la croissance.
  • Les ménages pauvres ne peuvent financer les études de leurs enfants donc moindre capital humain, ce qui freine la croissance.

( doc 7 polycopié ) J.P.Fitoussi dénonce les politiques libérales mises en place à partir des années 1980 qui donnent de l’ importance au marché et réduisent celui de l’ État : ces politiques sont critiquables car elles considèrent que le lien social est un lien marchand c’ est à dire que c'est parle marché que la cohésion sociale se construit.

J.P. Fitoussi dit exactement le contraire : c’ est en augmentant les dépenses de l'État notamment les dépenses sociales que la cohésion sociale va ainsi favoriser la baisse du chômage. Le fait que l’État dépense est facteur de cohésion sociale car :

® par l’investissement public (par ex. le développement de l’ école) il entraîne la croissance du capital humain ( ce qui permet une croissance des entreprises ) (cf la théorie de la croissance endogène)

® par la baisse des inégalités : la redistribution va favoriser la cohésion sociale, ce qui est facteur de compétitivité et de productivité.

CL : Dans le schéma libéral, c'est au contraire la croissance des inégalités qui est facteur de croissance et de compétitivité.

Les déterminants et les enjeux de la mobilité sociale (Ms)

Définition et mesures de la Ms

( voir TD : mobilité sociale )

La Ms en France

L’immobilité sociale existe.

  • En terme de destinée sociale : (doc4p309)
    La diagonale marque l’immobilité sociale. L’immobilité sociale existe en France et surtout à l’extrémité de la hiérarchie.
    Ex : 52,9% de fils de cadres deviennent cadres (haut de la hiérarchie)
    44,2% de fils d’ouvriers deviennent ouvriers (bas de la hiérarchie)
  • En terme de recrutement social (doc 5 p309)

On constate une forte immobilité sociale chez les agriculteurs exploitants (AE) car en 1993, 85% des AE sont fils d’AE. Ce qui s’explique par le patrimoine économique. Il en est de même chez les ouvriers, en 1993, 53% étaient des fils d’ouvriers.

Donc l’immobilité sociale aux extrémités de la hiérarchie est très importante.

Mais, il y a aussi une forte mobilité sociale.

  • en terme de destinée sociale

En 1993, 35,5% de fils de profession intermédiaire deviennent cadre donc la mobilité est ascendante
20, 7% de fils de cadres deviennent des professions intermédiaires donc la mobilité est également descendante.
Lorsqu'il y a mobilité, le plus fréquemment, celle ci est de proximité c’est à dire que la position sociale du fils est proche de celle du père.

  • en terme de recrutement social

en 1993, 19,4 % des cadres sont fils d'ouvriers. Cela est possible grâce au rôle de l'école. Elle a permis à des enfants d'ouvriers d'accéder à des diplômes élevés et donc par la suite à des postions sociales de cadres. D'une certaine façon, on peut donc parler d'une démocratisation de l'institution scolaire.

Il est important de distinguer destinée et recrutement. La table de recrutement permet de montrer une certaine égalité des chances.

comprendre la Ms.

La mobilité structurelle

Son importance peut s’expliquer :
- par la fécondité différentielle : c’est l’idée que le taux de fécondité diffère selon les catégories sociales. Cette différence de fécondité va induire des flux de mobilité sociale. A partir du moment où le nombre d’ouvriers diminue et qu’ils ont tendance à faire plus d’enfants, on constate que les enfants d’ouvriers vont devenir autre chose que des ouvriers (idem pour les AE). Par contre, il n’y a pas d’auto recrutement pour les cadres dans la mesure où ils ne font pas assez d’enfants pour renouveler leur catégorie sociale.
- le rôle de l’école : Elle fabrique les diplômes nécessaires aux besoins de l’appareil productif.
- les transformations de la population active : On compte moins d’ouvriers, d’AE : 25% des fils d’AE sont restés AE : (en 62,ils étaient 15% des actifs, 4% en 1993), plus de cadres et d’employés. Ces transformations générant des flux de mobilité sociale intergénérationnelle.

La mobilité nette

Pour P. Bourdieu, sociologue contemporain, la domination est culturelle et non plus seulement économique. Sur quoi repose la domination de la classe dominante ? Comment cette domination a t elle pu se faire ? Cette domination repose sur 3 séries de capital :

Capital économique : La détention d’un capital économique est un facteur d’immobilité sociale.Ex : AE en93, 85% étaient des fils d’AE, donc l’auto recrutement est très fort. Le fait de posséder une exploitation agricole, aide et facilite l'accès à la position d'AE. Pour beaucoup de familles, le coût des études est un frein donc la présence d’un capital économique contribue à la poursuite des études supérieures. Cependant, en France, il y a un système de bourses et les allocations familiales pour permettre aux étudiants de poursuivre leurs études quel que soit le capital économique de la famille.

Capital culturel ou scolaire : analyse de Bourdieu. Ce capital peut se comprendre comme le degré d’ancienneté d’accès à la culture de la famille. Autrefois, n’accéder aux études que ceux qui étaient d’un milieu social élevé. Ainsi si le père a un niveau de diplôme supérieur à la licence, on observe que le fils a une chance sur deux d’avoir le même diplôme.

Capital social : Malgré un même niveau de diplôme, si on prend 2 élèves qui sortent du même rang d'une école supérieure, l’un est fils d’ouvrier et l’autre fils d’avocat, on remarque que le fils d’ouvrier aura une position sociale moindre que celle du fils d’avocat. La famille est capable de créer des relations sociales pouvant aider les enfants dans leur cursus scolaire et dans leur insertion professionnelle. Le capital social est un ensemble de réseaux qui valorise les diplômes même élevés. Aujourd’hui, ce qui compte c’ est la compétence, le savoir être et le milieu social y joue un rôle non négligeable.

CCL : Il faut distinguer démocratisation et massification. La massification : c’est le fait qu’aujourd’hui de plus en plus d’élèves aient le bac. Est-ce que le fait d’être enfant de n’importe quelle catégorie est indifférent pour avoir le bac ? Certes, il y a un phénomène de massification : dans les années 60, 1jeune sur10 obtenait le bac, aujourd’hui, c’est un peu plus de 6 sur 10. Ce mouvement s’accompagne d’une certaine démocratisation : davantage d’enfants d’ouvriers ont le bac et à l’université, les enfants d’ouvriers sont plus nombreux (15,2% en 1990 contre 6,7% en 1962). Cependant les inégalités demeurent mais à un niveau supérieur : le jeu des filières permet de faire jouer les inégalités sociales. Après le bac, les enfants d’ouvriers sont rares dans les grandes écoles. (6,5% des élèves des écoles d’ ingénieur en 1992). La hiérarchie scolaire s’opère durant le parcours scolaire selon un processus de distillation fractionnée d’orientations.

ATTENTION : Il ne faut pas confondre massification et démocratisation.

Un exemple de la massification : le % de bachelier ou plus augmente d’ une génération à l'autre (de 20% à 34, 4% en 3 générations).

Un exemple de démocratisation : aujourd’hui les enfants d’ ouvriers obtiennent de plus en plus leur bac voire plus. ( doc 10 p 312 )

Les analyses théoriques du rôle de l’école.

L’école est un facteur de sélection et d’inégalité.

Analyse de Bourdieu

En quoi l’école favorise t elle plus l’immobilité que la mobilité ? L’école est-elle un facteur d’exclusion sociale ?

Bourdieu veut montrer que la famille mobilise en faveur de ces enfants 3 types de capitaux. L’école valorisera cette dotation selon un mécanisme de sélections. La famille s’intéresse à l’école depuis les années 1970 car avant l’école n’avait pas cette fonction de sélection. Cette sélection se faisait en amont de l'école. Depuis 70, l’école commence à fabriquer des inégalités. En conséquence, P. Bourdieu considère que l'école participe à la reproduction de la société.

Le schéma se comprend en 2 temps :

· le capital culturel : l’ origine sociale pèse sur la réussite scolaire.

· le capital social et économique : ils définissent la position sociale.

( doc 11 p 312 )

- En 1993, si les parents ont le bac, 70 % de leurs enfants ont le bac voire plus.

- Cependant, si les parents n’ ont pas de diplôme, 25% des enfants n'ont pas de diplôme ; et la probabilité que ces enfants est au moins le bac est de 21%.

( doc 15 p 316 )

A diplôme égal, si le père est cadre, l’ enfant a plus de chance de devenir cadre, que si le père est ouvrier. Ce mécanisme résulte du capital social.

( doc 12 p 313 )

Dans le système scolaire traditionnel, la sélection se fait avant l’ école.

Mais depuis les années 1970, avec la massification, la sélection se fait durant le cursus scolaire.

Aujourd’hui, l’ école reproduit les inégalités mais elle fabrique aussi de l’ exclusion sociale.

Par exemple, l'objectif de 80% d’ une génération à avoir le bac entraîne que les 20% restant seront dans une situation difficile : risque d’ exclusion sociale ( car ils sont peu nombreux).

L’analyse de R.Boudon

Le sociologue R.Boudon a écrit : L’inégalité des chances ; il appartient au courant de l’individualisme méthodologique, c’ est à dire qu’il pense que les phénomènes sociaux peuvent se comprendre par des comportements individuels qui sont rationnels et dont l’agrégation explique ces phénomènes sociaux.

Un exemple de R. Boudon : les embouteillages ( tout le monde croit avoir trouver la meilleure route).

Cette analyse est reprise pour expliquer l’inégalité des chances. C’ est pourquoi, pour R.Boudon, l’inégalité des chances vient de la famille et non de l’ école ; car la famille a des comportements rationnels dont l’ agrégation crée l’ inégalité des chances.

PARADOXE D’ ANDERSON :

Le fils ayant le même diplôme que son père aura une position sociale inférieure à celle de son père car le bac a perdu de sa valeur. Les familles font le même calcul rationnel, à savoir le bac et plus donne droit à une position sociale meilleure mais dans la mesure où tout le monde fait le même calcul, cela provoque un effet d’agrégation pervers : le diplôme se dévalorise.

( doc 12 p 313 )

Pour avoir la même position sociale que son père, il faut avoir des diplômes supérieurs a ceux de son père : dévalorisation du diplôme.

Dans l’ analyse de R .Boudon, il y a 2 effets :

_ Effet de méritocratie : l’ école permet aux plus méritants de réussir ; quelque soit l’ origine sociale des parents. (analyse différente de celle de P. Bourdieu).

_ Effet de dominance : il s’ agit d’ une analyse en terme de coûts et bénéfices pour choisir.
Dans les milieux populaires, tout se passe comme si le coût de la réussite scolaire était estimé plus important que le bénéfice que l’ on peut en espérer : donc on investit peut dans l’ école, et donc le capital humain est peu important. De plus les parents intériorisent le fait que l’ enfant n’ ait pas beaucoup de chance de réussite à l’ école. Alors que dans les milieux favorisés, on investit beaucoup plus dans l’ école car on mise sur la réussite scolaire.

Explications :

  • La connaissance du système scolaire par les parents joue un rôle important car lorsque les parents ont fait des études ( diplômes ), il leur ait plus facile de pousser, et d’ amener les enfants à la réussite scolaire. Mais les parents qui ne sont pas beaucoup aller à l’ école n’ incitent pas les enfants à la réussite scolaire.( doc 13 p 313 )
  • Le poids de la demande de la famille est aussi important que les résultats scolaires eux-mêmes. A résultats scolaires égaux, s’il s’ agit d’ un enfant issu d’ une famille ouvrière, celle-ci ne fera pas de démarche auprès de l’ école donc il aura moins de chance de passer en classe supérieure alors qu’ un fils de cadre aura plus de chance de passer dans la classe supérieure car la famille interviendra auprès de l’ école.
  • Le capital social joue un rôle également très important.

Notes proposées par Mélanie et Laëtitia - 703 - année scolaire 1999/2000

 © ch. Feytout - Lycée Sud Médoc - 2000 : la diffusion de cet article est protégée par la licence LLDL-v1, Licence de Libre Diffusion des Documents, http://pauillac.inria.fr/~lang/licence/v1/lldd.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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