Changement social et Solidarités
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Changement social et solidarité

Introduction

Sujet : L'évolution du lien social et de l'intégration en France.

Auteur : Émile Durkheim

Problématique : On va se demander si les changements sociaux ont affecté le lien social et l'intégration en France. Si oui, de quelles façons ? Quelles en sont les conséquences et les problèmes ?

On va retenir 4 domaines que l'on va analyser : travail et lien social, famille et lien social, école et lien social, État et lien social. En quoi les transformations de chacun de ses quatre domaines vont affecter le lien social ?

Lien social : C'est ce qui relie les individus entre eux dans leur vie quotidienne et assure la cohésion sociale, c'est-à-dire l'intégration. Ce lien à trois natures possibles :

 économique (par le travail, théorie d'Adam Smith : la "main invisible")

 politique (par la démocratie, Tocqueville)

 communautaire (par le lien social, la socialisation, E. Durkheim)

Intégration : Le lien social permet l'intégration. Quand il n'y a plus de lien social, on ne parle plus d'intégration mais d'exclusion. L'intégration est l'action d'incorporer des individus dans la société. Il y a deux points de vue : celui de l'individu (Comment éviter que l'individu soit exclu ?) et celui de la société (Comment intégrer les individus ?)

Le travail comme facteur d'intégration sociale.

La position de Durkheim est la suivante, il a une vision évolutionniste de la société : au fur et à mesure que les sociétés se développent, elles approfondissent la division du travail, la spécialisation. Cette division du travail crée du lien social et intègre les individus car elle les rend solidaires. A telle division du travail, telle solidarité. Ce qui caractérise les sociétés modernes, c'est un paradoxe, susceptible de les fragiliser : avec la division croissante du travail l'individualisme s'accroît. Or si les gens sont individualistes comment peuvent-ils être solidaires ? Comment éviter la fragilisation du lien social due à cet individualisme ?

La division du travail entraîne du lien social.

La division sociale du travail.

Doc. 11 p. 206 : La division du travail consiste à répartir les fonctions des individus dans la société, et donc à créer une interdépendance entre ces individus qui repose sur la différenciation et la complémentarité. La division sociale du travail suppose une conscience commune, une interaction et des buts communs.

De la solidarité mécanique à la solidarité organique.

Durkheim relie une forme de division du travail à une forme de solidarité. La division du travail dans les sociétés traditionnelles crée une forme de solidarité : la solidarité mécanique. De nos jours, les sociétés modernes connaissent une autre forme de division du travail source de solidarité organique (doc. Bleu p.207). La solidarité organique se caractérise par la dissemblance et la complémentarité entre les individus, une émancipation de l'individu face au groupe dont le poids devient très faible car l'individu pense par lui-même (doc.3 du polycopié). Par contre dans les sociétés primitives, la solidarité mécanique se caractérise par l'importance du groupe et la conscience collective des individus. Dans ces sociétés, la pire des punitions est d'être exclu du groupe : l'isolement.

La cohésion sociale s'accommode de la montée de l'individualisme.

Il faut différencier l'individualisme universaliste et l'individualisme particulariste.

L'individualisme universaliste.

Pour Adam Smith le lien social est économique et par la division du travail on en arrive à un individualisme particulariste (on cherche à satisfaire ses propres intérêts sans se soucier de ceux des autres : doc. 4) mais cela n'est pas dangereux car le marché fait la synthèse et assure la cohésion.

Pour Durkheim, l'individualisme particulariste est dangereux car il est synonyme d'égoïsme et donc il peut nuire au lien social. La division sociale du travail n'est pas dangereuse si elle engendre un individualisme universaliste : "reconnaissance de la liberté individuelle sous réserve que les actes qui en découlent puissent être généralisés à tous les autres individus sans nuire au bien commun" (doc.4, L. Roussel)

Le risque d'anomie et le double rôle des corporations professionnelles.

Durkheim essaie de comprendre le suicide par l'état de la société. C'est ce qu'il appelle le "suicide anomique" (p.207) : la division du travail peut devenir excessive et à ce moment là l'individu perd ses repères, il n'arrive plus à s'intégrer à un système de valeurs en rupture avec la réalité. L'individu ne respecte plus la société. Il est en situation d'anomie et plus rien ne l'attache à la société. Ce qui préoccupe Durkheim c'est l'unité de la société. A partir du moment où la division du travail peut devenir anomique alors les autres institutions (famille, école…) doivent avoir un rôle important sinon la société sera en crise sociale (= pas de solidarité). Pour protéger l'individu contre une division du travail qui pourrait devenir excessive, anomique, il existe dans le monde du travail des organisations professionnelles (syndicats, corporations…) pour protéger l'individu. Elles ont 2 rôles (doc.11 p.206) :

  • Une fonction d'intégration en valorisant l'image de l'ouvrier, en procurant et renforçant une identité professionnelle.
  • Une fonction de régulation : elles sont productrices de règles de conduite, d'une morale, d'un code de conduite.

conclusion : Durkheim considérait que la division du travail permettait l'éclosion de l'individualisme (au sens d'une valorisation de la personne humaine) sans pour autant que la société ne se dissolve. La division du travail entraîne de l'individualisme qui, tant qu'il est universaliste, n'engendre pas exclusion mais au contraire de la solidarité surtout lorsqu'en plus il y a d'autres instances qui protégent l'individu : école, État, corporation, syndicat…

En quoi le travail produit-il aujourd'hui du lien social ?

Les fonctions du travail.

Doc.4 bis du polycopié : Le travail remplit trois fonctions :

 Une fonction de production : à ce titre, le travail peut être une source de conflits (Marx) mais aussi une source d'intégration (Durkheim).

 Une fonction de répartition : le fait de travailler procure un revenu et donne donc accès à la consommation. La consommation est un moyen de montrer que l'on existe (le RMI permet d'exister malgré le fait qu'on ne travaille pas). Par cette fonction aussi il est un facteur d'intégration. Le fait d'avoir accès à la consommation donne le droit de donner son avis sur la société. A une certaine époque, seuls ceux qui avaient de hauts salaires pouvaient voter (vote censitaire)

 Une fonction d'insertion : le travail donne une position dans la hiérarchie sociale et permet la mobilité sociale. Avec le fordisme, le travail est devenu un facteur dominant, essentiel, de l'insertion. Sans travail l'individu à l'impression d'être inutile à la société.

par ces fonctions, on peut dire que le travail est le grand intégrateur.

Le travail devenu emploi offre une sécurité alternative à la propriété.

Robert CASTEL (sociologue, Les Métamorphoses de la question sociale.) :

Il essaie de comprendre le problème de la société salariale aujourd'hui. Pour cela il prend une perspective historique : Dans la société d'Ancien Régime, la sécurité que pouvait envisager une personne était proportionnelle à sa richesse, sa propriété. Les personnes qui avaient du bien matériel pouvaient envisager le futur avec sérénité, mais toutes les personnes qui avaient pour seule ressource leur force de travail étaient très insécurisées car si elles tombaient malade ou autre, elles ne pouvaient plus assurer leur devenir. Au XX éme siècle, avec l'essor de l'État providence, ce rapport à la sécurité va se transformer car on va créer une propriété sociale et développer la notion d'emploi. L'emploi, c'est le fait d'avoir un travail qui donne droit à la protection sociale, c'est-à-dire que même si la personne tombe malade ou a un accident… son futur est assuré. Lorsqu'on parle d'emploi, il faut penser emploi typique : congés payés, CDI, droit syndical, protection sociale … La sécurité sociale est liée à l'essor de l'État et aux conflits, grèves et revendications. C'est ce qui fait que le travail est devenu emploi. Cette transformation s'est accompagnée de l'essor d'une forme de solidarité : la solidarité nationale, qui garantit des ressources aux individus placés dans des circonstances particulières (maladie, accident, chômage, maternité, famille, retraite).

L'essor de l'État providence et de la protection sociale s'est fait durant les Trente Glorieuses.

Des critiques sont cependant faites à ce système : le fait de faire des gens des assistés, certains veulent remplacer le Wellfare par le Workfare. (voire T. Blair au Royaume Uni).

La protection sociale est née avec l'emploi mais lorsque l'emploi disparaît que devient le lien social ?

Crise de l'emploi et mise en cause du rôle du travail comme facteur d'intégration.

Avec les Trente, l'emploi devient le facteur d'intégration social principal. Mais si l'emploi diminue (hausse du chômage massif : en France, 3 millions ; augmentation du travail précaire : emplois atypiques, perte de sécurité…) alors cela pose problème pour l'intégration sociale.

R. CASTEL : Cette crise de l'emploi pose un problème de solidarité qui se manifeste de trois façons différentes (doc. 6 du polycopié) :

 Déstabilisation des stables : Avec le développement du chômage et la hausse de la précarisation, plus personne n'est à l'abri du chômage. On a longtemps pensé que le diplôme protégeait du chômage mais on constate aujourd'hui que même les cadres sont au chômage. Le diplôme ne sert plus qu'à sortir plus rapidement du chômage.

 Problème de précarité : Dans les sociétés occidentales se développe une culture de l'aléatoire : de plus en plus de gens vivent au jour le jour (émergence des nouveaux pauvres), ils ne savent plus ce que sera leur lendemain, ils ne sont plus sécurisés.

 Le déficit de place : R. CASTEL évoque les surnuméraires en faisant référence à certains chômeurs de longue durée. Il les compare aux vagabonds du Moyen Age car ces personnes sans travail n'avaient pas également de liens familiaux ou amicaux, ils connaissaient la solitude et ils bougeaient tout le temps parce que personne ne les appréciait. C'est la forme de pauvreté la plus forte.

Lorsqu'on a plus d'emploi, il y a risque d'exclusion sociale, surtout si l'individu n'a pas d'amis, de famille… La personne se retrouve seule. (voir le mécanisme de désaffiliation)

D.MEDA : Est-ce que le lien social ne repose que sur l'emploi ?

  • NON : Si le travail aujourd'hui a tant d'importance, c'est le développement du capitalisme qui en est la cause. Dans d'autres sociétés, le travail n'est pas le seul facteur de lien social. Une réponse à la crise du lien social serait : développer l'intérêt pour la politique, les arts…

Y. BRESSON : Il a développé ainsi que d'autres sociologues, l'idée d'une allocation universelle. Il a calculé que l'on pourrait donner 1500FF/mois à chaque citoyen. Ce revenu assurerait les besoins primaires et permettrait aux individus de s'intéresser à d'autres choses afin de créer d'autres liens entre eux que ceux du travail, en exploitant leurs centres d'intérêt (politique, art…)

 

On s'est intéressé à la relation entre travail et lien social. Le passage du travail à l'emploi a augmenté la sécurité mais avec la crise de l'emploi, la solidarité est en danger. Cependant il existe d'autres institutions qui protégent l'individu.

La mise en œuvre du lien social : affaiblissement ou renforcement des instances d'intégration?

En quoi la famille produit-elle du lien social aujourd'hui ?

La famille et le lien social : retour à Durkheim.

Doc. 1 du polycopié : Pour Durkheim, la famille est une instance d'intégration. Par le biais de la socialisation, la famille, qui est une institution (cours de 1ére), transmet toutes les valeurs et les règles nécessaires pour apprendre à vivre en société. La famille est la cellule de base. Dans son analyse du suicide, Durkheim dit que la famille protège : le taux de suicide (suicide égoïste) est plus important dans les familles divorcées et chez les célibataires (en distance avec la famille). Lorsque la famille est en crise, l'individu est en désarroi et augmente ses "chances" de suicide. Durkheim soutient que la famille protége et intègre l'individu à la société. Cependant Durkheim a toujours pensé que, comme structure d'intégration, l'école est plus importante car la famille est "polluée" par les sentiments, le psychologique y est trop important.

Depuis les années 70, la famille connaît des transformations importantes. Est-ce que cela remet en cause la fonction d'intégration de la famille ?

Les transformations de l'institution et les interprétations.

Les transformations récentes de l'institution familiale.

Doc. 1 p.220 : Depuis les années 70, nous assistons à une transformation du modèle familial. Aujourd'hui, la famille se caractérise par : la cohabitation (baisse du mariage), 1/3 des mariés divorcent, augmentation du nombre de ménages isolés (personne seule), du nombre de familles monoparentales, de familles recomposées, baisse de la fécondité….

Doc. 2 p.234 : L'effet de calendrier : Tout se fait de plus en plus tard et risque de ne plus se faire. Le prolongement des études et la venue plus tardive du premier emploi font que les événements familiaux sont retardés. Les jeunes restent de plus en plus longtemps chez leurs parents. L'émancipation est plus tardive donc le mariage aussi ….

Les interprétations

Doc. 2 p.220 : L. ROUSSEL : La désinstitutionnalisation : De plus en plus, les individus cherchent à privatiser leur vie familiale. Pendant très longtemps, la société a codifié les actes familiaux : pour vivre ensemble il faut être marié, pour avoir des enfants aussi, pour se séparer il fallait une faute grave… Aujourd'hui, le choix de se marier ou non devient une question de conscience personnelle et le concubinage est une redéfinition de l'alliance comme un pacte purement privé. "La situation actuelle témoigne donc à la fois d'une moindre dépendance mutuelle des conjoints, d'une plus grande liberté sociale et d'une exigence accrue à l'égard de l'union dans la recherche du bonheur."

DE SINGLY : La logique de l'acteur : Si on cherche à comprendre le divorce, il serait lié paradoxalement à une logique affective plus qu'à une logique d'intérêt (depuis 1975 : divorce par consentement mutuel). Ces transformations familiales mettent en évidence l'essor de l'individualisme, l'émancipation des individus et la recherche d'une plus grande liberté. Les gens cherchent à former un modèle familial personnel.

Est-ce que cela remet en cause le lien social ? Le rôle de la famille dans la protection de l'individu ?

Les transformations menacent-elles le lien social ?

Tout se passe comme si les individus cherchaient à s’émanciper de la famille ( qui pèse).

Ex : problème d’insertion professionnelle ou d'échec scolaire : si l’individu est proche de sa famille, il est tout de même protégé. Mais si l’individu prend trop de distance par rapport à sa famille, elle ne protège plus.

Si tout se passe bien pour l’individu, l’émancipation est réussie. Mais s'il rencontre des problèmes d’insertion, cela peut se retourner contre lui : c'est l'effet pervers de cette distance prise par rapport à la famille

Par certains côtés, oui :
  • Le passage de la jeunesse à l’adulte, facteur potentiel de désinsertion sociale : le risque d'anomie

Doc. 8 p 225 q 14 + doc. 3 P2 :

On devient adulte de plus en plus tard à cause de l'effet de calendrier.

I. THERY  (sociologue) : Pour devenir adulte, il y a certains " rites de passage " : Il faut vivre en couple ou tout du moins en dehors de la famille et avoir un emploi. C'est à dire que l'on doit être capable d'assumer une indépendance affective et financière. Aujourd’hui, il y a un retard de passage à l’ " âge adulte" car les études sont plus longues et l'insertion professionnelle plus difficile.

Il y a une sorte de malaise, car les jeunes de 20-26 ans sont toujours chez leurs parents, mais sans y être : Ils ne sont pas vraiment indépendants puisque les parents assurent le financier. Ils ne sont donc pas autonomes et se déclarent pourtant adultes pour ce qui est des décisions etc.…

Tout jeune vit cette situation où il a envie de s’émanciper et d’être indépendant, mais ne il ne le peut pas, car il est dépendant financièrement.

Problème pour le lien social chez les jeunes : cette dépendance et l’assistance des parents peuvent entraîner le retrait politique. Les jeunes sont désintéressés : distance avec la société. Cela constitue un danger pour la citoyenneté.

Il faut ajouter que la gestion familiale de ce passage à l'âge adulte est inégalement répartie dans la population. Dans les ménages pauvres, les parents n’ont pas les moyens pour subvenir à l'ensemble des besoins du jeune dans cette période ( ils ne peuvent pas assurer financièrement). Dans les familles plus aisées, cela est plus simple (les jeunes reçoivent une aide plus importante et plus régulière de leurs parents).

  • La séparation conjugale, un autre risque de désinsertion sociale inégalement réparti.

Doc. 3,4,5 p.221 :

La séparation du couple peut être dramatique. Si on regarde les populations qui touchent le RMI, on constate que les familles monoparentales y sont sur représentées( le divorce est une cause importante de monoparentalité). En 1997, les familles monoparentales représentent 21 % RMIstes (sur représentation). De même, ce sont les célibataires (personnes qui souvent vivent seules) qui sont les plus touchées.

Le lien entre la monoparentalité et la pauvreté est le suivant : Le modèle familial traditionnel se construit avec la femme, qui s’occupe des enfants, fait la cuisine … et l’homme, qui travaille et assure les revenus. Donc, quand un couple se sépare, la mère de famille ne peut plus compter sur son mari pour assurer le revenu. Elle vit avec les allocations que lui donne l’État (API) et celles-ci sont insuffisantes pour elle et ses enfants : Le divorce est une cause importante de désinsertion sociale.

Socialement, le risque est inégalement réparti. En effet, si la femme appartient à un milieu social aisé, elle peut bénéficier de l’aide financière de ses parents. De même l'accès aux études et à l'emploi, l'intensité des liens familiaux avec la famille et la belle famille protègent.

On retrouve l’idée que la famille protège et quand elle est en crise, il y a risque de rupture du lien social.

  • Sans le rôle de l’État, le lien social serait plus menacé.

Doc. 6p.223 :

S’il n’y avait pas de solidarité publique (allocations, retraites), il n’y aurait pas de solidarité privée ( ex : aide des parents aux enfants). La remise en cause du système de retraite risque d’être un facteur de crise sociale car cela signifie la remise en cause de la solidarité privée. En effet, si aujourd’hui les grands-parents s’occupent beaucoup de leurs petits enfants, c'est parce que leurs besoins financiers sont assurés par l’Etat. La solidarité privée s’appuie sur la protection sociale.
Doc. 9 p.225 : Si "les ascendants pourvoient aux besoins de leurs descendants dans le cadre de la solidarité familiale, ces derniers alimentent les ressources des premiers par leurs contributions à la solidarité nationale" (cotisations sociales). Si les parents peuvent aider leurs enfants c'est parce qu'ils n'ont pas à se soucier d'épargner pour leur retraite. En effet, par le système de solidarité nationale, les actifs du moment cotisent pour les retraités du moment. La solidarité nationale est le préalable indispensable à la solidarité familiale.

Par d’autres côtés, non :

Doc. 7 p .224 :

Malgré les transformations qui affectent la famille, la famille parentèle garde un grand dynamisme. L'entraide entre générations y est de plus en plus importante (dons d’argent ou échanges de services).

En quoi l’école produit-elle aujourd’hui du lien social ?

L’école est un facteur d’intégration sociale – retour à Durkheim-.

L’école a une fonction de socialisation.

Doc. 18 p. 233 :

La socialisation se fait par l'intermédiaire de l'école qui va inculquer aux individus des valeurs, des règles et des comportements communs pour en faire des individus semblables. Ainsi il est plus facile pour eux de vivre ensemble, en société puisqu'ils ont été coulés dans le même moule. Préparer les gens à bien vivre en société est aujourd’hui essentiel. Ex : Dans les banlieues difficiles, les collèges dans les ZEP ont pour rôle de remettre les jeunes dans le droit chemin, leur apprendre ce que c'est que vivre en société.

L’école a une fonction d’éducation .

Au moment où l’école devient obligatoire ( 1884), la Nation française se construit. La société est traversée par des particularismes ethniques notamment. Il n’y a donc ni valeurs communes, ni langue commune : pas d’unité. La tâche donnée à l’école est donc de faire que tous deviennent des citoyens français, qui partagent les mêmes valeurs (celles de la République) et la même langue.

Ex : La laïcité est le respect de toutes les religions, le fait de les considérer toutes comme égales et donc aucune d'elles n'a le droit d'être présentée comme plus importante sur la place publique. En 1905, l'Etat est séparé de la religion. Mais dans la vie privée, les gens possèdent la liberté de culte. L’individu devient un citoyen dégagé, libéré de ses attaches traditionnelles (religion, langue). L’école est publique et laïque.

 Doc. 2 P3 :

Cette fonction d’intégration de l’école (école laïque ) a bien fonctionné pour les étrangers : elle a su globalement les intégrer (production de lien social).

Le modèle d'intégration français est individualiste : prise de distance des individus par rapport à leur communauté, leur particularismes leur appartenance culturelle. D'autres pays, comme les États Unis ont choisi un modèle multiculturaliste : intégrer les communautés ethniques et culturelles, plutôt que les individus.

Aujourd'hui, ce rôle est essentiel mais contesté.

A aucun moment Durkheim ne s'est demandé si l'école donnait des chances égales à tout le monde. Il a oublié la dimension démocratique de l’école. Dans l’analyse de Durkheim, cette question n’a pas été abordée, car la question ne venait pas à l’esprit des gens à cette époque.

Jusqu’aux années 60, l'école était fondamentalement inégalitaire (BOURDIEU, Les Héritiers) : la réussite était liée aux privilèges hérités du milieu social. Cette inégalité était vécue comme juste car ce n’était pas le fait de l’école. La société triait en amont : tout le monde allait à l'école primaire mais seuls les meilleurs du certificat d'étude allaient au lycée : la sélection était rude. Seuls ceux qui réussissaient le lycée avaient des fonctions importantes. Or, aujourd'hui, tout le monde va au lycée et en attend des diplômes et par conséquent un travail. Aujourd'hui, avec l'échec scolaire, on parle d'école inégalitaire.

L’école cristallise d’énormes attentes en terme de mobilité sociale.

Sous Durkheim, l'école n'avait pas pour rôle la mobilité sociale. Aujourd’hui, on se sert de l’école pour gravir les échelons de la hiérarchie sociale.

Doc. 3 P4 :

A partir des années 60, l'école connaît de grandes transformations. Une des plus importantes :

1975 : le collège unique. On considère que tout le monde peut aller au collège. Donc, chacun va intérioriser l’idée que tout le monde peut obtenir des diplômes et par conséquent que tout le monde a une chance de réussite et donc de mobilité sociale.

1985 : M. Chevènement, ministre de l'éducation nationale, déclare que 80% des élèves d'une génération auront le bac.

On donne petit à petit la possibilité à tous les milieux sociaux de réussir sur le plan scolaire. Mais l'ouverture du système scolaire (qui va permettre la mobilité sociale) fait que tout les problèmes qui existaient dans la société se retrouvent dans l’école ( inégalités entre milieu aisé / défavorisé, personnes en échec scolaire). Les diplômes prennent une grande importance pour l'insertion dans le monde du travail…

Doc. 4 P4 : L’école est facteur d’intégration, de lien et de mobilité sociale, car elle participe au triptyque : diplôme, emploi, salaire (clé de l'intégration).

Mais à ce titre, l’école est une école inégalitaire et "injuste".

Doc. 5 P4 :

Avant les années 60, les inégalités restaient aux portes de l’école puisqu'elle était élitiste. Mais aujourd'hui, la société ne trie plus, donc les inégalités se retrouvent dans l'école. A parti de ce moment là, les attentes des jeunes sont difficiles car ils attendent de l'école les diplômes qui vont leur permettre de s'en sortir. Le fait que l’école n’arrive pas à résoudre les inégalités est vécu comme une injustice ( les fils de cadres réussissent mieux que les fils d’ouvriers)

HIRSCHMANN : Dans l'esprit des gens, l'école participe à l'égalité des chances. Elle doit permettre à tout le monde de réussir. Lorsque ce n'est pas le cas et que l'école connaît des inégalités, les gens sont déçus et se révoltent. Le sentiment de déception est particulièrement fort pour les "biens publics".

L'école n'arrive plus vraiment à remplir son rôle d'intégration (le diplôme ne protége plus du chômage) et n'est pas égalitaire (son fonctionnement est très critiqué).

Conclusion : Aujourd'hui l'école n'a plus vraiment sa place dans la société. On parle de "guerres scolaires". Ces conflits touchent tout le monde (lycéens, enseignants,…). Notamment, selon F. Dubet, les enseignants sont placés devant un dilemme déstabilisant : d'une part, ils sont attachés à l'universalisme républicain ; d'autre part, ils prennent conscience des différences empiriques sur le terrain (tentation de l'ethnicisation des rapports sociaux). Comment gérer cela ?

En quoi l’État participe-t-il à la cohésion sociale ?

Analyser le rôle de l’État dans la cohésion sociale peut se faire de 2 façons :

  • Faire référence à un modèle de citoyenneté : État - Nation
  • L'État comme État Providence : en mettant en place des services publics (sécurité sociale…), l'État a favorisé le lien social.

La France : un modèle d’intégration original

L’État Nation
  • En France, avec la Révolution française, s’est développé à la fois un État et une nation. Lorsqu'on envisage le thème de la nation, on peut le faire selon 2 conceptions :
  • Conception allemande : elle applique une stricte définition ethnique de la nation. Le droit à la nationalité repose d'abord sur la filiation (droit du sang ou jus sanguinis) : on est allemand, parce qu’on est enfant d’allemand. La capacité à accepter des personnes étrangères n’est pas développée. C'est une conception hermétique. Ceci dit, depuis peu, les possibilités de nationalisation ont été élargies. Se pose quand même le problème de la capacité à accueillir les étrangers.
  • Conception française : C'est une conception plus universaliste qui caractérise la nationalité française. Ernest Renan considère que la nation se définit comme un acte volontaire (volonté du citoyen d’être français). La nationalité a toujours été attachée au droit du sol : si l’étranger veut venir, il peut ; c'est comme ça que se caractérise le rapport entre la France et l’accueil des étrangers : la France est un pays ouvert. Il y a donc dans la conception française la volonté de chercher à intégrer les individus, non comme des personnes appartenant à des communautés mais en tant qu'individu : intégration individuelle et non communautaire. La conception anglo-saxonne est multiculturaliste, elle est donc à l'opposé du modèle français. Les Français veulent pouvoir accueillir et intégrer les étrangers ; pour cela, on s’appuie sur le rôle d’institutions importantes, telles que l’école et l’armée.
L’intégration individuelle

Doc. 2 P5

En France, on est passé d’un modèle d’assimilation (l'étranger doit adopter seulement la culture française) à un modèle d’intégration (coexistence de différentes cultures).

On ne demande pas à l’individu d’abandonner sa culture (au contraire de l'assimilation), mais en même temps, on ne se sert pas de sa culture pour l'intégrer.

Le processus mis en œuvre en France pour l'intégration individuelle répond aux principes de la République :

  • Principe d’égalité : lutte contre les discriminations ( ex : loi pour la parité en politique 2/2000).
  • Principe de liberté : laïcité
  • Principe de fraternité : État - Providence (sécurité sociale …)

Une intégration relativement réussie mais aujourd’hui menacée.

On peut parler d’une relative intégration des étrangers.

Doc. 4

Plusieurs faits laissent à penser que les étrangers sont bien intégrés :

  • Pratique de la langue française : elle est adoptée (processus d'assimilation)
  • Formation de couples mixtes
  • recul de la pratique religieuse
  • Les enfants étrangers ont une réussite scolaire qui a progressée.

Le modèle d’intégration individuelle proposé aux populations étrangères par la France a été couronné de succès.

Ce qui n’exclut pas des résistances et des menaces
  • Permanence de la xénophobie voire du racisme malgré les politiques de lutte contre les discriminations de toute sorte : on assiste toujours à des résistances, se manifestant par exemple par la xénophobie, la peur des étrangers et des différences débouchant souvent sur un repli vers la culture française ou pire sur du racisme (idéologie dans laquelle on pense qu’il y a des cultures, des races supérieures).

Doc. 5 : Pour F. Dubet, le racisme "affirme l’exclusivité de différences inconciliables, la supériorité des groupes homogènes et l’absolu de la pureté. Toute ouverture est une menace, tout mélange une dégradation, toute culture métissée est bâtarde et inférieure". Il "apparaît quand les barrières tombent et les distances se réduisent". C'est-à-dire que plus les cultures se rapprochent, moins il y a de différences et plus le racisme devient important car il permet de marquer la non-acception de la ressemblance. C'est un repli identitaire agressif dans le but de marquer sa différence. Paradoxalement, on remarque que dans la réalité le problème du racisme se pose quand les étrangers sont intégrés. Le racisme est d’abord un sentiment, une pensée qui ensuite engendre des comportements. Ces sentiments de racisme, xénophobie et discrimination sont des thèmes réels.

En effet, si on prend l’exemple de la discrimination, celle-ci existe encore beaucoup de nos jours :

  • Selon le sexe : dans l’emploi par exemple, les femmes sont pénalisées au niveau des salaires. Pour un emploi à qualification égale, les femmes gagnent 25% de moins que les hommes. Elles sont aussi pénalisées au niveau politique et social.
  • A l’égard des étrangers : l’ État est le premier "discriminateur" au niveau de l'emploi. En effet, certains emplois sont fermés aux étrangers : pour un emploi dans la fonction publique, il faut être français. Dans les entreprises privées : à candidature égale, c'est le Français qui sera choisi (discrimination physique). Harlem Désir (SOS Racisme, Touche pas à mon pote) fait remarquer que même au niveau des loisirs il y a discrimination : à l'entrée des boîtes de nuit, les Maghrébins sont rejetés.

Le modèle d’intégration connaît donc des limites et des menaces pèsent sur lui et par conséquent sur le lien social.

  • Ces menaces sont essentiellement dues au modèle multiculturaliste (anglo-saxon):

Docs. 7,8,9.

Modèle

français

intégration Liberté

(laïcité)

Egalité

(universalisme)

Modèle

multiculturaliste

anglo-saxon

Revendications

ethniques

Différences socioculturelles Equité
  • Revendications ethniques : Les individus appartiennent à la société par le biais de leur communauté. C'est la communauté qui est intégrée au pays et non l'individu.
  • Différences socioculturelles : Il est normal de montrer sa différence. Le problème français du port du foulard ne se pose pas dans ce modèle.
  • Équité : Principe dans lequel on tient compte des besoins et des différences. Les droits vont être en fonction des besoins - il s'agit de discrimination positive : aide de l’ État en fonction des besoins. Il y a des différences et on ne peut les ignorer.

Ex : les ZEP : Dans le système éducatif français on pense qu'il y a des zones qui ont plus de besoins et donc l’ État va mettre plus de moyens à leur disposition (contraire au principe d’égalité, cela devient un principe d’équité).

Doc. 7 : Intégration à la Française : Dans la tradition française, on s’enrichit de la diversité : intégration comme métissage, on ne veut pas d’assimilation forcée.

Doc. 8 : problème du foulard. Le port du voile n’est pas interdit, à condition qu’il ne se fasse pas dans un lieu public.. Problème car cela nuit à la liberté d’expression de l’individu, mais si on accepte alors c'est la laïcité qui est menacée.

Doc. 9 : Position de SOS Racisme : SOS Racisme a rendu politique une notion qui ne l’était pas, la notion de différence. Les gens sont différents, mais la différence est enrichissante, il faut l’accepter, c’est un facteur de métissage.

Mais Dubet précise que le mot " différence " peut s’interpréter différemment et avoir un côté négatif. Par exemple, elle peut signifier une sorte de repli identitaire, et donc un éloignement de l’autre, cette revendication de la différence peut donc être dangereuse.

 

Conclusion : L' État participe au lien social par un modèle d'intégration particulier (intégration individuelle et non communautaire). Cela procède d'une certaine conception de la Nation. Ce modèle a plutôt bien marché : le lien social est important. Cependant, par plusieurs aspects, ce modèle est remis en cause, car, aujourd'hui, on assiste à une affirmation de la communauté et non plus de l'individu. Ce phénomène peut entraîner du racisme, de la xénophobie. Quel peut-être alors le rôle de l'État ? Il reconnaît aujourd'hui des critères ethniques pour mener sa politique (remise en cause de la tradition héritée de la Révolution française de 1789). De nos jours l'intégration individuelle connaît des limites. Le multiculturalisme est-il un facteur qui va consolider ou menacer le lien social ?

Notes de cours proposées par Ismaelle et Hélène - 703 - année scolaire 1999/2000

 © ch. Feytout - Lycée Sud Médoc - 2000 : la diffusion de cet article est protégée par la licence LLDL-v1, Licence de Libre Diffusion des Documents, http://pauillac.inria.fr/~lang/licence/v1/lldd.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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