édito
 

"AMOUR ET TOLERANCE" avec Rachid KORAICHI - Projet culturel 2001-2002

formations et instructions officielles

Histoire du projet

Les documentalistes sont parfois à l'origine de projets culturels d'envergure. Le nôtre, Serge Goujon, est à l'initiative de rencontres inoubliables pour les élèves et les enseignants. Répondant à l'insistance de notre proviseur, Annie Barrière qui souhaitait depuis plusieurs années voir naître au lycée un atelier d'écriture, il a mis en place un projet calligraphique avec le partenariat de l'association ALISF de Bordeaux. Taoufik, chargé de l'activité culturelle de celle-ci nous fit deux énormes cadeaux : nous pernettre d'assister, au lycée, à une démonstration de Hassan Massoudy sur son travail calligraphique et pouvoir travailler avec Rachid Koraïchi en résidence au lycée pendant deux semaines. En contact avec des artistes de toutes les cultures, de toutes les confessions religieuses, cette association prône la tolérance et l'acceptation des différences, indispensable à l'intégration, à Bordeaux, de la population étrangère. Il met ces relations au profit des écoles de la région, leur proposant de travailler régulièrement avec ces artistes de toutes origines culturelles et religieuses..

 
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Hassan Massoudi

Le premier cadeau fut une démonstration de Hassan Massoudi, autour duquel plusieurs classes du lycée ont pu être rassemblées. Il a travaillé directement devant nous au rétroprojecteur sur des transparents, nous expliquant les origines et l'évolution des écritures, les différents styles de calligraphie arabe, la façon dont il travaillait sa respiration pour maîtriser son geste, le lien qu'il faisait entre ce travail et sa vie spirituelle, le besoin de calme et de sérénité dont il avait besoin ... Ce furent des moments magiques pendant lesquels nous avons tous regardé, fascinés, les traits d'encre noire se construire, en apparence si facilement ... devant nous, les signes devenant arabesques, les mots se combinant pour faire apparaître une colombe, messagère de paix.

Rachid Koraïchi :

Le deuxième grand moment fut les journées passées à travailler avec Rachid Koraïchi qui resta en résidence deux semaines au lycée. Il a travaillé avec deux classes de secrétariat et d'horlogerie, accompagnées de leurs enseignants, Kamel Bendi Ouïs et Françoise Goirand, à deux oeuvres monumentales qui devaient se répondre.

Le projet

Après une première prise de contact avec les élèves pendant laquelle Rachid Koraïchi leur a montré son propre travail plastique et ce qu'il imaginait faire avec eux, il a été décidé de créer deux grandes oeuvres, qui s'adapterait à l'architecture du lycée. Elles consistaient en deux immenses panneaux muraux, l'un en tissu, l'autre en dalles de céramique émaillées, d'une surface de 60 mètres carrés environ chacun. Le premier a été réalisé par la classe de terminale secrétariat par application de tissu sur de la toile de jute et est actuellement accroché au mur de la salle polyvalente. La seconde a permis à la classe de terminale CAP horlogers de s'initier aux arts du feu avec la céramique. Il devait être accroché dans le hall d'entrée du lycée, face au panneau de tissu. Le grand panneau vitré fermant la salle polyvalente devait permettre de voir les deux panneaux en même temps quand on traverse cet espace.

Premier jour

La première étape du travail a consisté pour les élèves à créer des symboles de paix et de tolérance sur des feuilles de papier kraft d'un format de 49 x 49 cm. Format cher à Rachid Koraïchi (49 = 7 x7 cm, 7 étant un chiffre sacré pour plusieurs religions). Les élèves ont travaillé debout, avec de l'encre et des larges pinceaux et se sont vite laissé prendre au jeu gestuel qu'imposait cet exercice. Pour certains la demande était de s'inspirer de motifs végétaux ou animaux, pour les autres ils devaient travailler dans le monde de l'abstraction, ce qui curieusement ne leur a posé aucun problème. Le désordre commençait dans le lycée : les couloirs furent envahis de feuilles séchant au sol car la production fut intense et on ne sut plus très vite où les faire sécher.

Deuxième jour

Chaque classe s'est réunie tour à tour, dans le hall pour commencer à construire la composition des panneaux. Tous nos krafts furent étalés par terre au pied du mur qui devait les recevoir. Après avoir calculé le nombre de lignes et de colonnes nécessaires pour le couvrir, les élèves ont organisé les différents dessins pour préserver un équilibre entre les formes, entre les pleins et les vides. On intervertit encore quelques symboles. On en mit certains dans un autre sens. Puis on numérota soigneusement chaque kraft pour ne pas perdre la composition quand on travaillera ensuite carré par carré.

Troisième jour

Retour aux ateliers. Les profs et Taoufik courent acheter des mètres et des mètres de tissu : brun pour les motifs, une toile de jute pour le fond, L'intendante est réquisitionnée pour trouver et commander les dalles de céramique qui devront arriver au lycée dans trois jours seulement. Françoise Goirand appelle au secours une amie céramiste qui répondit tout de suite à l'appel et qui fut d'une aide précieuse pour la réalisation et la cuisson des dalles. Merci à Marie France Palenca. Pendant ce temps, les élèves se sont mis au travail : les krafts deviennent des patrons. Chacun est percé à la roulette de couturière pour tracer des lignes de petits trous le long de chaque motif. Puis ils furent placés sur les carrés de jute chez les secrétaires, sur les dalles de céramique pour les horlogers. Des pigments ocres secoués au dessus de ces trous ont permis de reproduire les motifs sur les supports de fond, permettant ainsi d'en avoir une image fidèle des modèles.

Quatrième jour

Le travail ne s'arrête pas là. Les secrétaires attrapent leurs ciseaux et découpent chaque motif dans la toile brune, les positionnent bien à plat sur les carrés de jute, eux aussi au format 49 x 49 cm, les épinglent. Les horlogers armés de pinceaux mélangent les oxydes métalliques à de l'eau et s'en servent pour retracer les symboles en brun sur les dalles de céramique. le travail est délicat. Il faut être précis, ne pas trop épaissir les traits et surtout ... ne pas faire de tâches avec un pinceau trop chargé car c'est irrémédiable. On n'oublie pas bien sûr de reporter les numéros des krafts sur le dalle et les carrés de tissus, car la composition décidée serait perdue.

Cinquième jour

Rachid fait un joli cadeau au secrétaire. L'une d'elle lui a demandé de tracer son prénom sur un kraft en calligraphie arabe. Bien sûr il s'exécute gentiment mais quand il lève le nez il s'aperçoit que toutes ces demoiselles se sont vite saisies de l'idée et qu'elle attendent toutes patiemment devant lui, une feuille à la main pour qu'il trace le prénom de chacune, parfois associé à celui de son chéri.

Sixième jour

Chacun a sollicité son entourage pour réquisitionner des machines à coudre. Quelques profs en prêtent. Heureusement une association de Mérignac nous vient en aide en nous confiant généreusement son matériel. Merci à eux. Les élèves doivent apprendre à s'en servir pour pouvoir travailler et c'est une véritable ruche dans laquelle l'activité ne s'arrêtera pas pendant plusieurs jours. Les profs et même notre proviseur se sont mis au boulot et cousent avec certains, peignent avec d'autres. Le temps passe. La fin de la seconde semaine approche. On n'aura jamais fini. Les élèves amènent du travail chez elles le soir, font coudre des carrés à leur famille ... Une secrétaire du Greta a une idée géniale : elle appelle au secours le chef des travaux d'un lycée qui a une section couture et leurs professeurs acceptent de nous soulager d'une partie du travail en mettant leurs élèves à contribution. Merci à eux.

Septième jour

Jamais nous n'avions pensé que nous nous embarquions dans une telle aventure ! L'enthousiasme et l'énergie de Rachid KoraÎchi est sans limite et est surtout communicative. De ce que nous imaginions comme un travail appliqué et calme de calligraphie au CDI est devenu un énorme chantier, envahissant tout le lycée, bouleversant les emplois du temps des classes car il a fallu banaliser plusieurs jours de cours. Heureusement que notre direction suit avec enthousiasme. Les collègues aussi, certains parfois malgré eux, ne comprenant pas toujours ce que nous faisons avec les élèves. Les fourmis travaillent toujours. Point zig-zag d'un côté. Pointe du pinceau de l'autre. De ce côté, la manutention est laborieuse. Que ces dalles pèsent lourd !

Huitième jour

Toujours autant d'activité. Les élèves de secrétariat nous ont réservé une surprise. Elles ont organisé un grand repas. Chacune a préparé quelques chose et la salle d'arts appliqués devient salle de banquet. On a poussé tissu et machines de côté, mis les tables en un grand rectangle et nous nous retrouvons, Rachid, Taoufik, profs et élèves, sans oublier notre proviseur pour un joyeux repas qui restent parmi les bons souvenirs. Photo bien sûr pour le dessert. Des moments de convivialité font tellement de bien. On peut enfin casser (un peu) les barrières que nous construisons chaque jour entre profs et élèves. Dans l'après-midi, le travail reprend.:

Neuvième jour

Nous passons à la télé ! Alertés de la présence de la personnalité qu'est Rachid Koraïchi dans le mode des arts, nous avons droit à la visite de FR3, M6 et TV7. Les journanlistes sont vraiment étonnés du travail réalisé et de sa valeur symbolique. Nous sommes interviewés, filmés et nous passons le soir aux info régionales. Sud Ouest aussi nous fait ses honneurs. Nous commençons à comprendre l'ampleur et la valeur du travail réalisé ensemble. Nous sommes aussi très impressionnés de l'attention et de la gentillesse que Rachid porte à chacun d'entre nous. Il nous semble extraordinaire qu'un artiste internationalement renommé, prenne autant de peine et de plaisir à créer à créer avec nous. Le travail avance.

Dixième jour

Dernier jour de travail. Lundi les cours reprendront normalement. On s'y était bien fait. On cout les derniers carrés de tissus. On peint les dernières plaques de céramique. Le fournisseur a fait de son mieux mais il n'a pu livrer que 60 plaques sur les 240 nécessaires à la réalisation du mur. Le travail s'arrête faute de matériel. On reprendra quand le reste de la commande arrivera. En verra t'on le bout ? L'inventaire est fait côté couture. On a bien tous les morceaux. Maintenant comment les coudre. Un drôle de travail d'investigation commencera pour Françoise Goirand qui cehrchera un vain une entreprise qui voudra bien assembler tous ces carrés de tissus ensemble, solidement surtout car ça pèse. Devant les regards ahuris qu'on lui renvoyait et à cause des devis astronomiques, elle s'est résolu à faire l'assemblage elle même : plus d'un kilomètre de couture (triple couture) car on est allé trop vite lors du choix du tissu. On a privilégié le côté estétique de la toile de jute mais on a oublié que ça s'effilochait et il faudra soutenir chaque couture avec un biais de tissu.

Pin galant

Cette année là, une grande soirée est prévue au Pin galant pour montrer tout ce qui avait été réalisé au lycée pendant l'année : projets audiovisuels, expositions, PAC et PPCP, ateliers du mardi : danse, théâtre, musique. Chaque membre du lycée pouvait monerer ses talents. Notre toile est inaugurée ce jour là. Elle sert de décor, suspendue au fond de la scène. C'est là qu'on se rend compte qu'elle est gigantesque, et encore, il en manque un tiers ce jour là car on n'a pas eu le temps de finir de l'assembler.

Retour à la réalité

Retour à notre train-train quotidien avec nos classes. Fatigue. Très grande fatigue pour les profs d'arts appliqués et notre documentaliste. Rachid nous a conduit à un train d'enfer. Nous avons courru partout pendant 15 jours pour rendre le projet réalisable, trouver les matériaux, les artisans qui nous ont aidé. Le jour mais aussi le soir, nous avons continué à travailler. L'administration fait ses comptes. Nous avons bien sûr largement dépassé notre budget. Annie Barrière nous avait déjà accordé une rallonge substentielle. On commande tout de même le reste de la céramique. Puis se pose le problème technique de sa pose sur le mur du hall, pour que ce ne soit pas dangereux. Sécurité oblige : on craint qu'une dalle ne se décroche un jour sur un élève. Chaque dalle pèse près de 4 kilos. Puis on suspend la commande. Très cher, trop cher... On sait combien on a du mal a trouver de l'argent et comme chacun a des besoins en matériel dans l'établissement. Quelques jours passent, mais comme l'on dit "il faut battre le fer quand il est chaud" ! Les dalles ne seront jamais commandées. Nous n'avons pas su remettre la machine en route. La fin de l'année était là, Rachid n'était plus là pour nous booster ! Nous avons réalisé 60 dalles qui dorment, bien rangées à l'abri dans une réserve. Comment les mettre en place dans le lycée sans que le projet de départ ne soit dénaturé. Nous ne sommes pas arrivé encore aujourd'hui à résoudre ce problème. Les dalles attendent. Les élèves aussi. Dommage ! C'est personnellement mon grand regret : ne pas avoir pu ou su mettre en valeur le travail des élèves. J'ai un peu l'impression de ne pas être allée au bout de notre démarche ...