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Ludwig
Van BEETHOVEN (1770-1827)
Fantaisie
pour piano, orchestre et choeur Opus 80
Analyse
réalisée par Philippe Lemoine

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Fantaisie
pour piano, orchestre et choeur Opus 80 |
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1/ La Génèse |
La Fantaisie pour piano, chur
et orchestre Op. 80 a été écrite quelques
jours seulement avant le concert du 22 décembre 1808 donné
au Théâtre An der Wien dont le programme proposait
entre autres la Symphonie Pastorale qui portait alors le
numéro 5 et la Symphonie en ut mineur le numéro
6 en première audition, le Concerto pour piano n°4
en sol majeur, un air chanté (Ah, perfido),
le Sanctus de la Messe en ut majeur et une Fantaisie
pour piano seul (sans doute l'Op. 77) . Elle constituait un
épilogue éclatant mettant en uvre la somme
des effectifs - le piano, le chur et l'orchestre - utilisée
durant cette soirée au cours de laquelle Beethoven intervenait
en tant qu'interprète et chef d'orchestre.
Dédiée au roi Maximilien-Joseph
de Bavière, cette Flatterie amicale était
présentée dans le programme comme une " Fantaisie
pour piano se terminant par degrés avec l'intervention
de l'orchestre et comme finale par des churs " .
L'approche de la partition met
en évidence des particularités qui font de cette
Fantaisie une uvre originale, peu commune pour l'époque.
En effet, cette pièce, embrassant à la fois l'écriture
concertante, lyrique et symphonique, révèle, par
bien des aspects, un dessein prédictoire et une tentative
de fusion de différents genres et formes.
1 Massin
(B. et J.) ; Ludwig van Beethoven,
Paris, Fayard, 1967 ; p. 176.
2 Titre
de l'édition originale : Phantasie :
Schmeicheln Hold . Elle sera publiée en
1811 par Breitkopf & Härtel.
3 Massin,
Op. cit., p.
663.
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Fantaisie
pour piano, orchestre et choeur Opus 80 |
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2/ La Topologie |
a) L'effectif.
Synthèse
des effectifs instrumentaux employés pour ce concert de
décembre 1808, la
Fantaisie Op.80 est
pourvue d'une nomenclature diversifiée et assez singulière :
Piano
2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes en ut, 2 bassons, 2 cors en ut, 2 trompettes en ut
timbales
violons 1 et 2, alti, violoncelles et contrebasses
choeur à voix mixtes
Le déroulement de cette oeuvre s'inscrit dans un vaste crescendo orchestral menant, par paliers, à l'apothéose finale
marquée par l'entrée des choeurs.
Tel un peintre, Beethoven
utilisera les diverses possibilités de coloris orchestral
contenu dans cet effectif instrumental :
passages destinés au piano soliste, instrumentation de
type musique de chambre, tutti
d'orchestre, piano et choeurs, orchestre et choeurs.
b) La thématique.
Le thème
principal provient de l'allegretto d'un
lied de jeunesse écrit par le compositeur, Seufzer eines
Ungeliebten und Gegenliebe (Plainte
d'un homme qui n'est pas aimé et amour mutuel)4,
et n'est lui-même qu'une esquisse de l'Ode à la
Joie du Finale de
la IXème Symphonie5.
4 1795,
WoO 118.
5 On
pourra consulter le Guide illustré de la musique symphonique
de Beethoven (Paris,
Fayard, Les Indispensables de la Musique, 1995), où l'auteur,
Michel Lecompte, répertorie des oeuvres dans lesquelles
la « thématique de l'Hymne à la Joie »
est esquissée ou citée. (p. 180)
c) La forme.
Le titre « Fantaisie »
est généralement donné à des oeuvres
n'ayant pas de forme déterminée et privilégiant
la liberté d'écriture et d'expression.

La forme assez insolite de la Fantaisie Op. 80 répond
plus ou moins à ces critères.

En effet, bien que la structure globale obéisse au Thème
et variations, elle est néanmoins quelque peu disloquée
par l'ajout d'éléments « étrangers »
comme des cadences de piano empruntées à la littérature
pour instrument soliste et l'utilisation inaccoutumée d'un
choeur prenant part au processus de variation6,
le tout contenu dans une forme lied assez lâche.

Autre curiosité, le terme Finale mentionné
dans la partition (mesure 27) alors que l'oeuvre ne fait que commencer...
Cette Fantaisie aurait-elle
été pensée à l'origine comme l'ultime
mouvement d'une oeuvre plus vaste ?

Comme
nous l'avions souligné pour la thématique, cette
forme thème et variations assez singulière peut
être considérée comme l'esquisse du Finale de
la IXème Symphonie avec choeurs qui
sera créée à Vienne le 7 mai 1824. La parenté
entre ces deux oeuvres ne fait d'ailleurs plus aucun doute à
la lecture de deux lettres datées de mars 1824 dans lesquelles
Beethoven mentionne la création d' « une nouvelle
grande Symphonie avec un Finale du genre de ma Fantaisie pour
piano avec choeurs, mais sur une bien plus grande échelle »7.

6 Nous
établirons plus précisément la structure
de l'oeuvre dans les chapitres suivants.
7 ANDERSON
(E.) ; Les lettres de Beethoven
, Ilte, 1968 ; lettre 1269 et 1270.
d) Le texte.
| |
|
|
| |
|
| Smeichelnd
hold und lieblich klingen
Unsers Lebens Harmonien,
Und dem Schönheitssinn entschwingen
Blumen sich, die ewig blühn.
Fried' und
Freude gleiten freundlich
Wie des Wellen Wechselspiel ;
Was sich drängte rauh und feindlich,
Ordnet sich zu Hochgefühl.
Wenn der
Töne Zauber walten
Und
des Wortes Weihe spricht,
Mub sich
Herrliches gestalten,
Nacht
und Stürme werden Licht.
Äuss're
Ruhe, inn're Wonne
Herrschen
für den Glücklischen.
Doch
der Künste Frühlingssonne
Lässt
aus beiden Licht entstehn.
Grobes,
das ins Herz gedrungen,
Blüht
dann neu und schön empor,
Hat
ein Geist sich aufgeschwungen,
Hallt
ihm stets ein Geisterchor.

Nehmt denn
hin, ihr schönen Seelen,
Froh
die Gaben schöner Kunst.
Wenn
sich Lieb' und Kraft vermählen,
Lohnt
dem Menschen Göttergunst.
|
Avec
grâce, charme et douceur résonnent
les harmonies de notre vie,
et le sens de la beauté engendre
les fleurs qui fleurissent éternellement.
Paix et joie
avancent en parfait accord,
comme
le jeu alternant des vagues ;
tous
le éléments durs et hostiles
Se
rendent au sentiment du sublime.
Lorsque
règne la magie des sons
et
que parle le sacré du mot,
cela
engendre forcément le merveilleux,
la
nuit et la tempête deviennent lumière,
Calme au
dehors, profonde joie à l'intérieur
règnent
pour le bienheureux.
cependant,
le soleil printanier des arts
fait
naître des deux la lumière.
Quelque chose
de grand, entré dans le coeur,
fleurit
alors à nouveau dans toute sa beauté,
qu'un
esprit ait pris son essor,
et
tout un choeur d'esprits retentit en réponse.

Acceptez
donc, ô vous belles âmes,
joyeusement
les dons de l'art.
Lorsque
s'unissent l'amour et la force,
la
faveur des dieux récompense l'homme.
|
(traduction :
Anne Servant, disque Philipp, citée par M. Lecompte, Guide
illustré de la musique symphonique de Beethoven, Fayard,
p.302)
Ce texte
a été rédigé par l'écrivain
viennois Christoph Kuffner selon les indications du compositeur.
Son champ sémantique est surtout axé sur les pensées
post-révolutionnaires prônant
la liberté, l'égalité, la fraternité
et l'harmonie entre les hommes, pensées teintées
de mysticisme véhiculées
notamment par la Franc-Maçonnerie8.
 Les
correspondances entre la philosophie maçonnique et le texte
de la Fantaisie Op. 80 font-elles de cette pièce
une oeuvre maçonnique ? Dans son ouvrage La Musique
Maçonnique9,
Roger Cotte nous apporte quelques éclaircissements intéressants :
8 Bien
qu'ayant des amis francs-maçons, l'appartenance de Beethoven
à la Franc-Maçonnerie est encore très controversée.
9 Paris,
Editions du Borrégo, Maçonniques, 1987 ; pp.
135-135.
Cette
dernière oeuvre [la Fantaisie Op. 80] se présente
comme un véritable poème symphonique décrivant
l'initiation au premier grade. Le piano représente ici
l'initié errant tout d'abord dans les ténèbres
(longue introduction non mesurée, de tonalité incertaine)
[mes. 1 à 26] puis découvrant les Initiés.
Un dialogue entre le piano et l'orchestre suggère un échange
de questions et réponses [mes. 27 à 52].
Des batteries ternaires des cors (auxquels répondent en
écho les hautbois, puis en dernier le piano marquent l'entrée
du profane dans la Lumière [mes. 53 à 60]10.
Il lance alors le thème joyeux cher à Beethoven,
qui le reprendra dans la IXe symphonie [mes. 60 et suivantes].
A la fin de l'oeuvre, un choeur mixte (symbole de l'Humanité
toute entière) reprend ce thème dont le compositeur
avait fourni les idées essentielles au poète. On
y trouve, étroitement mêlés, des symboles
maçonniques à peine voilés, et de généreuses
formules humanitaires pour s'achever sur l'affirmation que: "Quand
l'amour et la force s'unissent La faveur des dieux récompense
l'homme."
Cette
lecture symbolique pourrait être complétée
par une remarque concernant le cheminement tonal de l'oeuvre (ut
mineur- majeur), dualité harmonique souvent utilisée
par les compositeurs pour évoquer le passage des Ténèbres
vers la Lumière1
1 ou
plus prosaïquement, un élan vers la joie.
10 Ce
qui n'est pas sans rappeler La Flûte Enchantée de
Mozart, opéra d'inspiration maçonnique, notamment
dans l'Ouverture et les triples accords précédant
les entrées du prêtre initié, Zarastro.(note
de l'auteur)
11 On
se référera au début de l'oratorio de Haydn,
La Création . L'introduction
représentant le Chaos est
un largo en
ut mineur (cf . le début de la Fantaisie
) puis l'ut majeur survient brusquement avec quatre accords
forte sur
les paroles Es werde Licht, und es war Licht (Que
la Lumière soit, et la Lumière fut).
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Fantaisie
pour piano, orchestre et choeur Opus 80 |
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l'Analyse |
a) Analyse globale .
12 Matériel
utilisé : Edition Eulenburg nº1333.
La pièce s'articule
en 4 parties distinctes. Il s'agit d'un thème et variations enserré
dans
une
forme lied irrégulière,
transcendée.
| |
CADENCE |
|
FINALE |
|
| |
|
A |
B |
A' |
| Orchestration |
Piano solo |
Orchestre et piano |
Orchestre et piano |
Orchestre,piano, choeur |
| Mesures |
1-26 |
27-184 |
185-388 |
389 |
| Contenu
thématique
|
dans le style d'une improvisation
|
Introduction (27-58)
Thème (59-76)
5 var.strictes (76-184)
|
5 var.libres (185-357)
codetta (357-388)
|
Introduction (389-408)
3 var.strictes (409-455)
codetta (455-494)
coda (494) |
Quelques notions sur la forme thème
et variations.
Le procédé
de variation consiste à modifier un thème donné,
soit en le transformant,
soit en lui ajoutant des motifs musicaux nouveaux.

Dans son Cours de composition musicale édité
en 1909, Vincent D'Indy distingue trois sortes
de variation :

1. La
variation ornementale (ou
variation stricte) affecte
la mélodie et le rythme
en
conservant toutefois les notes fondamentales du thème originel.
Elle procède
par
l'adjonction d'ornements, de notes supplémentaires et de
motifs rythmiques.
Dans
ce type de variation sont admis aussi les changements de tempo et
de mode
(procédé
de coloration harmonique).

2. La
variation polyphonique (ou
variation
décorative) consiste en un habillage
contrapuntique
ou harmonique du thème qui lui, reste inchangé.

3. La
variation amplificatrice (ou
variation libre, ou fantaisie-variation) conserve
certains
passages de la mélodie mais opère par paraphrase
et par développement
thématique.
b)
Analyse détaillée
LA CADENCE DE PIANO
Cette cadence
n'a été couchée sur le papier qu'en 1809,
Beethoven l'ayant improvisée lors du concert du 22 Décembre
1808.
 Faisant
office de préambule à l'oeuvre, elle renoue avec
une pratique qui s'est installée dans le répertoire
instrumental de la seconde moitié du XVIIIème siècle.
En effet, Haydn, Mozart puis Beethoven ont généralisé
l'utilisation d'une introduction lente dans leurs symphonies et
leurs sonates, sorte de frontispices au contenu musical souvent
empreint de théâtralité. Il est d'ailleurs
intéressant de noter l'influence de l'opéra sur
les genres instrumentaux. L'oeuvre instrumentale n'est plus une
simple pièce de divertissement mais devient habitée
par une expression dramatique réservée jusqu'alors
au théâtre musical. L'introduction peut facilement
se rapprocher d'une ouverture d'opéra, le corps de l'oeuvre
instrumentale évoquant alors une action dramatique où
chaque mouvement se fait acte, où les différentes
phases de la forme deviennent des scènes dans lesquelles
évoluent des thèmes élevés au rang
de personnages1
3.
La
cadence s'articule en 3 périodes distinctes, la deuxième
et la troisième période se nourrissant du matériau
thématique exposé dans la première.

13 On
pourra se référer à La Poétique
de la musique (Paris,
1785) de Lacépède, ouvrage dans lequel l'auteur
propose aux musiciens de composer une oeuvre instrumentale « comme
s'il s'agissait d'un opéra ».
Période
1, mesure 1 à 9 :
a/ motif thématique
en arpèges puis désinence (do m), mes. 1 à
5
b/ dialogue main droite/main
gauche sur un balancement mélodique de triples croches,
mesures 6 et 7
c/ extension de b) :
balancement mélodique avec doublure d'octave à
la main droite, trait virtuose à la main gauche, mesures
7 à 9. )
Période 2,
mesure 10 à 17.
Schéma
: a'-glose-cadence conclusive.
reprise de la tête
du motif thématique (a), très modulant ;
mesures 10 et 11
glose :
arpèges en arabesques ; mesures 14 à 16
cadence
non mesurée, mesure 17.
Période 3,
mesure 17 à 26.
rappel de b) mesures
17 et 18.
Commentaire de b) et c)
avec adjonction d'un motif contrapuntique, mesures 19 à
26.
Cette cadence s'achève
sur un arpège ascendant virtuose de 7ème de
dominante sur ré évoquant un lever de rideau marquant
la fin d'une ouverture d'opéra, le « drame »
étant ici, le Finale.
LE
FINAL.
Comme nous l'avons mentionné
plus haut, ce Finale est
un thème et variations enserré
dans une forme lied transcendée.

A

Introduction :
allegro, ut mineur, mesure 27 à 52 .
Elle consiste en un dialogue entre l'orchestre
et le piano, ce dernier opposant au thème orchestral en
noires et croches piquées une phrase expressive quasi recitando.
Le thème
: meno allegro, ut
majeur, mesure 60 à 76.
Il est précédé
de motifs d'appels (2 croches-noire) aux cors, hautbois puis au
piano annonçant la tête du thème. On a vu
dans ces appels ternaires une évocation d'éléments
symboliques maçonniques (voir plus haut).

Le thème se divise en 4 périodes de 8 temps chacune
dans une configuration mélodique
ternaire :

a :
antécédent puis conséquent
 b :
partie axée sur la tête du thème et se terminant
sur un point d'orgue agrémenté d'une cadence
 a' :
reprise du conséquent du thème
Les
variations strictes
| |
mesures |
tonalité |
Orchestration |
Caractéristiques |
| Variation
1
|
76-92
|
Ut majeur
|
Thème : flûte
Accompagnement : piano |
Variation mélodico-rythmique
Flux de double-croches brodant autour
des notes pôles du thème. |
| Variation
2
|
92-108
|
Ut majeur
|
Thème varié
: 2 hautbois
Accompagnement : piano |
Variation mélodico-rythmique
Rythme utilisé : 4 doubles -
2 croches |
| Variation
3
|
108-124
|
Ut majeur
|
Thème
varié : 2 clarinettes
Accompagnement : basson |
Thème
varié très proche de l'originel
Basson en arpèges brisés |
| Variation
4
|
124-140
|
Ut majeur
|
Thème varié
: quatuor à cordes
|
Distribution du thème
varié aux différents pupitres
Parenté de caractère avec
var.2 |
| Variation
5
|
140-156
|
Ut majeur
|
Thème varié
:
1ers pupitres de bois et cordes
doublure harmonique :
2èmes pupitres de bois et cordes
soutien rythmique :
cuivres, timbales, cordes graves |
Variation par extension
orchestrale,
Thème dans la version originelle
|
| Conclusion |
156-184 |
Ut majeur |
Ecriture concertante |
dialogue piano/tutti |
B
 Cette
partie centrale est constituée de trois variations libres
s'apparentant au développement, à la glose du matériau
thématique.
Variation
libre 1 :
mesure 185 à 290, allegro molto, piano et orchestre, modulante. Cette
variation se divise en 4 périodes :
1/ mesure 185 à
200, ut mineur.
Piano et orchestre dialoguent
dans le plus pur style concertant en conservant toutefois
l'architecture du thème
d'origine.
3/ mesure 200 à
219, ut mineur vers si majeur.
Cette partie est un pont
modulant se basant sur le thème d'appel (2 croches-noire)
précédant
l'exposition du thème.
2/ mesure 219 à
250, si majeur vers la mineur.
Le début du thème,
épuré, est ici l'objet de la variation :
Il est ensuite disloqué
et distribué dans les pupitres de violons et d'alti
4/
phase conclusive :
mesure 250 à 290, la mineur.

Elle s'inspire de cette idée mélodique (violoncelles
et contrebasses) soutenue par l'harmonie en accords et entrecoupée
par des interventions du piano.
Variation libre 2 :
mesure 291 à 321, allegro ma non troppo, 6/8,
la majeur.

La
poésie et la délicatesse se dégageant de
cette variation évoquent la romance instrumentale qui
s'est développée dans la musique instrumentale
et de chambre à partir de la seconde moitié du
XVIIIème siècle. Dans ce passage très intimiste,
l'orchestration, de type musique de chambre laisse une large
part au dialogue les bois (clarinettes et bassons) et le piano.
Le thème, confié à la première clarinette
n'apparaît ici qu'en filigrane.

1ère période :
mesure 291 à 307.

variation
de a) du thème suivi d'un commentaire au piano (291-297)

variation
de b) du thème suivi
d'un commentaire au piano (297-307)
commentaire expressif,
lyrique, confié au piano.
Période d'attente (mesure
316 à 321) annonçant le motif rythmique utilisé
par la (mesure
316 à 321) annonçant le motif rythmique utilisé
par la variation suivante .
Variation libre 3 :
mesure
322 à 388, Marcia, assai vivace, 2/4, fa majeur.

1ère période :
mesure 322 à 338.

Cette première phase de variation est proche du procédé
de variation stricte, les éléments structurels
et mélodiques du thème étant plus ou moins
conservés. Ce thème d'allure martial est ponctué
par des scansions de cordes à contretemps déstabilisant
l'accentuation de la métrique, artifice rythmique par
ailleurs très prisé par le compositeur.

(les + correspondent aux accords des cordes)
Intermède :
mesure 337 à 346 ; commentaire concertant avec alternance
piano/tutti.
Mesure
346 à 357 : reprise des mesures 334 à 337
avec conclusion en écho.

2ème période
(codetta) : mesure 357 à 388
Cette péroraison
est un épisode contrastant, legato et expressif, où
semble poindre un lointain
souvenir du thème originel.
A'
Allegro :
mesure 389 à 397 ; citation tronquée et modifiée
de l'introduction de A (27-52)
Allegro
ma non troppo (quasi andante con moto) :
mesure 398 à 408 ; citation des accords précédant
l'énoncé du thème (A : mesure 53 à
57) avec suppression du point d'orgue, agrémentée
d'un accompagnement en arpèges confié au piano.
Variation
strictes avec choeur
| |
mesures |
Orchestration |
Texte |
Caractéristiques |
| Variation
1
|
411-427
|
voix de femmes soli
piano |
strophes 1 et 2
|
Thème d'origine
(ut majeur)
Variation par modification de l'effectif |
| Variation
2
|
427-444
|
voix d'hommes soli
piano + cordes |
strophes 3 et 4 |
idem |
| Variation
3
|
444-454
|
Choeur
Orchestre
|
strophes 5 et 6
|
idem
|
Codetta
et Coda

Ces
deux parties se succèdent en un subtil enchaînement
que seule la lecture attentive du texte permet de situer :

Codetta
(péroraison de la partie A') : mesure 455 à
494.
Coda :
mesure 494
La Codetta
Elle procède par
une répétition des deux premiers vers de la sixième
strophe avec quelques libertés littéraires. A
la mesure 490, une accélération du tempo (Presto)
permet un habile glissement vers l'ultime partie de cette oeuvre.
1ère période :
mesure 455 à 474, dialogue orchestre et choeur avec modification
du texte,(Nehmt hin, ihr schönen Seelen, Nehmt hin,
die Gaben schöner Kunst)
2ème période :
mesure 474 à 482), entrée en imitation irrégulière
(ténor/ soprano) sur les deux premier vers de la sixième
strophe. A noter que la mélodie chantée par
la soprano, reprise par la suite dans la Coda, s'inspire
directement de celle de l'allegretto du
lied Seufzer eines Ungeliebten und Gegenliebe :
3ème période :
mesure 482 à 494 , tutti
sur les deux premiers vers de la sixième strophe, Nehmt
remplaçant Froh.
La Coda (mesure
494)

Cette ultime partie marque l'apothéose de la Fantaisie,
affirmée par le caractère optimiste du texte de
la dernière strophe du poème de Kuffner où
la force d'un dieu universel permettra la rédemption
morale, spirituelle et mystique de l'homme afin d'accéder
à la fraternité. Par un souci de figuralisme Kraft (force)
et Götter (Dieu)
sont musicalement mis en évidence, constituant les sommets
expressifs (climax) de cette coda.

1ère période :
mesure 494 à 530, tutti.

2ème période
: mesure
530 à 554, reprise des mesures 474 à 490 de la
codetta
3ème période :
mesure 554 à 596,
reprise des mesures 494 à 530 avec changement de texte.
Péroraison
: mesure 596
|
Fantaisie
pour piano, orchestre et choeur Opus 80 |
|
Conclusion |
OEuvre
se nourrissant de compositions antérieures mais aussi
prédictoire car jetant les jalons de la IXème
symphonie, la Fantaisie pour piano, orchestre et choeur Op.
80 renferme
la quintessence du langage beethovenien. En quoi ce langage
est-il original, interrogation engendrant une autre question
très discutée, Beethoven est-il un compositeur
classique ?
Beethoven
est avant tout un compositeur charnière dont l'expression
trouve son inspiration dans l'esthétique classique mais
laisse aussi une large part à l'émanation du « moi »,
attitude artistique prônée par la génération
des compositeurs romantiques à venir. De ce f ait,
il peut être considéré comme le représentant
d'un art musical appartenant à une société
en mutation du point de vue idéologique, social et moral.
Bercé par les aspirations révolutionnaires trouvant
un écho favorable dans les milieux maçonniques,
influencé aussi par Lessing et Kant, Beethoven a foi en
l'homme et croît en une entente universelle dont les principes
unificateurs sont la Nature et un Dieu plus philosophique que
religieux, somme toute très proche de l'Etre Suprême
érigé par les révolutionnaires français.
L'artiste est avant tout un homme libre, un humaniste, rejetant
toute appartenance dogmatique et brisant le joug féodal
qui a emprisonné Haydn et fait plier, pendant quelques
temps, Mozart.

L'oeuvre de Beethoven est imprégnée de cette pensée.
D'essence classique, sa musique se veut toutefois novatrice en
transcendant et quelquefois disloquant les canons esthétiques
et structurels exaltés par l'art musical de la seconde
moitié du XVIIIème siècle :

« Oh !
ce n'est pas pour vous ! C'est pour les temps à venir ! »

(Beethoven, à propos du 7ème quatuor
à cordes en Fa majeur Op. 59, 1806)
BIBLIOGRAPHIE
Les ouvrages :
BOUCOURECHLIEV (A.),
Le langage musical, Paris, Fayard, Les chemins de la musique,
1993.
LECOMPTE (M.), Guide
illustré de la musique symphonique de Beethoven, Paris,
Arthème Fayard, Les Indispensables de la musique, 1995.
PESTELLI (G.), La musique
classique, Paris, Lattès pour la traduction française,
1989.
MASSIN (B. et J.), Ludwig
van Beethoven, Paris, Fayard, 1967.
ROSEN (C.), Le style
classique, Paris, NRF Gallimard pour la traduction française,
1978.
TRANCHEFORT (F.R.), Guide
de la musique symphonique, Paris, Fayard, Les indispensables
de la musique, 1986.
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