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Gérard GRISEY
dans les années
70
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PARTIELS (1975)
de Gérard
GRISEY (1946-1998)
par Thierry
ALLA
Professeur au Lycée Max Linder.
Libourne.
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Précisons tout d'abord
que cette analyse s'adresse en premier lieu aux élèves
de Terminale préparant l'épreuve d'Education Musicale
au Baccalauréat, session 2001 et ne prétend pas
s'adresser à des spécialistes. Les élèves
choisissant l'option facultative n'étant pas toujours familiarisés
avec la musique contemporaine, le but de ce travail sera de mettre
en évidence les éléments musicaux perceptibles
à l'oreille, les principales structures, sans toutefois
démonter tout le processus compositionnel. Une partie de
ce travail a été élaborée à
partir d'analyses plus complètes, notamment celles de Marc-André
Dalbavie et Peter Niklas Wilson, dont on trouvera les sources
dans la bibliographie.
| Il est possible
de télécharger ici une séquence Cubase
dans laquelle nous avons créé des pistes
correspondant à l'analyse des différentes
sections. Il faut extraire la piste du disque en fichier
wave ou aiff puis l'importer en audio dans la piste 1.
Le découpage des sections se trouve piste 2 ainsi
que les chiffres correspondant à la partition sur
la piste 3. Il suffit, pour accéder à n'importe
quel endroit de l'oeuvre de placer la tête de lecture
à la section désirée.
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Démarche pédagogique
Le premier contact avec l'oeuvre
passera par une audition non guidée afin que les élèves
conservent une impression personnelle.Il nous paraît important
d'accompagner l'étude analytique de Partiels, d'une phase
d'imprégnation qui passera par l'audition d'extraits des
oeuvres suivantes :
- Prélude de l'Or du Rhin de
Richard WAGNER pour le son continu.
- Cinq pièces pour orchestre op.
10 d'Anton WEBERN pour le discontinu et le timbre.
- Couleurs de la Cité Celeste
d'Olivier MESSIAEN pour la couleur sonore.
- Stimmung de Karlheinz STOCKHAUSEN
pour la notion de spectre harmonique.
- Quatrro Pezzi de Giacinto SELCI pour
son introspection sur le son.
- Lontano, Atmosphères, Kammerkonzert
de Gyorgy LIGETI pour les influences d'écriture.
- Trompes Tibétaines et Chant Diphonique
pour le son fondamental et les harmoniques.
- Gondwana et Mémoire-Erosion
de Tristan MURAIL comme autres oeuvres spectrales.
Ces auditions pourraient être
précédées d' exercices d'écoute mettant
en évidence les éléments constitutifs du
timbre :
- Faire entendre une fondamentale
- Essayer de faire percevoir les premiers
harmoniques d'un son : Si l'on dispose d'un piano à
queue, placer des cavaliers de papier sur les cordes, puis
frapper une fondamentale. Les cavaliers de papier situés
sur les cordes des harmoniques sautent les uns après
les autres. On peut aussi sur un piano droit enfoncer les
touches correspondantes aux harmoniques avant de frapper la
fondamentale. Les harmoniques apparaissent de manière
plus évidente à l'oreille.
- Si l'on dispose d'un matériel informatique,
visualiser un son sous sa forme spectrale (visualisation possible
sur certains logiciels d'édition de son comme Cool
Edit, Sound Edit....).
- Travail sur la morphologie du son : enveloppes
et transitoires d'attaques et d'extinction du son à
l'aide d'un synthétiseur permettant l'édition
de sons (XP10, DX7...)
Gérard GRISEY (1946-1998),
est avec Tristan MURAIL (né en 1947), le principal représentant
de la musique spectrale, courant musical ayant pris son essor
au début des années 1970.
Il s'agit d'une musique dont
tout le matériau est dérivé des propriétés
acoustiques du son. Il conviendra donc dans un premier temps de
se familiariser avec les composantes physiques du phénomène
sonore et d'appréhender comment ces éléments
entrent en jeu dans la composition musicale.
"Si nous n'apprenons pas à
jouer avec le son, il se jouera de nous" affirmait Gérard
Grisey.
Jusqu'à un passé
récent, notre connaissance du son et du timbre était
réduite à la théorie de la résonance
naturelle mise en évidence par Rameau. Un son est composé
d'une note fondamentale et d'harmoniques. Selon l'oreille de chacun,
on peut percevoir assez aisément l'octave, la quinte, la
tierce, la septième, la neuvième. Olivier Messiaen
quant à lui perçoit également la onzième
et la treizième. Soit pour un Do fondamental, les
notes do, sol, mi, sib, ré, fa#, lab. L'auteur des
Couleurs de la cité céleste explique dans
sa Conférence de Notre Dame, qu'ensuite "viennent
une multitude d'harmoniques, inaudibles à l'oreille nue,
mais dont nous pouvons nous faire une idée en écoutant
la résonance complexe d'un tam-tam ou d'une grande cloche
de cathédrale". (1)
Prolongeant les recherches de
Messiaen sur les complexes de sons colorés, Grisey et Murail
vont explorer le son et mettre en évidence la théorie
des sons complexes. (2)
Partiels, écrit
à Paris et à Tirepois durant l'année 1975,
a été créé à Paris le 4 mars
1976 par l'ensemble Itinéraire sous la direction de Boris
de Vinogradov.
Partiels est extrait des
Espaces acoustiques, cycle de six pièces pour diverses
formations, écrit entre1975-1985 et d'une durée
totale d'environ 90'.
- Prologue pour alto (1976, 17'27)
- Périodes pour sept musiciens
(1974, 12'47)
- Partiels pour 18 musiciens (1975, 18'25)
- Modulations pour trente-trois musiciens,
(1976-1978, 13'20)
- Transitoires pour grand orchestre (1980-1981,
17'28)
- Epilogue pour quatre cors solo et orchestre
(1985, 7'43).
Tous les instruments sont notés
en do et sonnent à l'octave réelle sauf l'accordéon.
Les altérations ne valent que pour les notes devant lesquelles
elles se trouvent.
2 Flûtes (1° aussi
Petite flûte et flûte en sol, 2° aussi Petite
flûte )
1 Hautbois (aussi cor anglais)
2 Clarinettes en sib (1° aussi Clarinette en mib, 2°
aussi Clarinette en la)
1 Clarinette basse en sib ( aussi Clarinette Contrebasse en sib)
2 Cors en Fa
1 Trombone complet, muni des sourdines Plunger, Bol (Robinson),
Wawa et Velvet.
1 Accordéon avec basses
chromatiques ou orgue électrique
claviers : Glockenspiel , Xylophone
métaux : 1 Gong thailandais
(mi grave), 1 Tam-tam très grave, 1 Cymbale très
aiguë, 1 paire de cymbales frappées.
peaux : 3 Caisses claires (3
hauteurs différentes), 2 Tambours militaires avec timbre
(2 hauteurs différentes), 1 Tom moyen, 1 Tom basse,
1 Tom contrebasse,1 Grosse caissetrès grave, 1 Tambour
de bois, 1 Tambour à corde grave.
Accessoires :
4 sourdines pour les toms,
1 brosse dure, 1brosse souple,
5 feuilles de papier de verre fin,
2 plaques de polystirène,
papier d'emballage, papier métallisé,
3 appeaux (perdrix) identiques, donnant un bruit de souffle.
2 Violons
2 Altos
1 Violoncelle
1 Contrebasse
Remarques : Il s'agit
d'un orchestre de chambre (18 instruments), dans lequel toutes
les familles d'instruments sont représentées. L'extrême
variété donne au compositeur une palette de couleurs
très étendue. Le nombre important d'instruments
à percussion accorde à ce pupitre une place de choix.
| Sections
Chiffres |
I
début à 11
|
II
12 à 21
|
III
22 à 27
|
IV
28 à 32
|
V
33 à 41 |
VI
42 à 46
|
VII
47 à 48
|
Coda
49 à la fin
|
| Eléments |
spectre de
mi
trombone |
distorsion
trombone anches dans l'embouchure
sons fendus |
Hauptstimme
Nebenstimme |
coup Tam-tam
trilles irréguliers
ricochets cordes |
notes fusées
traits asc. / desc. des bois |
stries, accents |
mouvement lent
vers le grave,
ralentissement progressif |
silences / bruits
Théâtre |
| Processus |
ARSIS |
ARSIS |
|
ARSIS |
|
ARSIS |
THESIS |
THESIS |
FORME
Dans la notice de présentation
de Modulations, Grisey indique : "la forme de cette pièce
est l'histoire même des sons qui la composent. Les paramètres
du son sont orientés et dirigés pour créer
plusieurs processus de modulation, processus qui font appel aux
découvertes de l'acoustique : spectres d'harmoniques, spectres
de partiels, transitoires, formants, sons additionnels, sons différentiels,
bruits blancs, filtrages, etc...D'autre part l'analyse des sonagrammes
des cuivres et de leurs sourdines m'a permis de reconstituer synthétiquement
leur timbre ou au contraire de les distordre." (l'analyse des
spectres de bois ont été très importants
pour l'élaboration de Partiels).
Le compositeur poursuit l'analyse
de la forme comme une succession de tensions et de détentes.
La musique est conçue selon un ensemble de processus.
A travers cette notice, Grisey
fournit les clés de ses méthodes de composition.
Analyse de détail
Gérard Grisey emploie
une des composantes du son (partiels) comme titre de sa composition.
Selon la loi de Fourier, un phénomène
périodique peut se décomposer en une somme de sinusoïdes
élémentaires (harmoniques) dont les fréquences
respectives sont des multiples entiers de la composante la plus
grave appelée Fondamentale.
Lorsque les composantes ont des
fréquences qui ne sont pas un multiple de la fondamentale,
on ne les appelle plus des harmoniques mais des partiels.
On distingue ainsi deux types
de spectres :
- les spectres harmoniques (composés
d'harmoniques), c'est le cas de la plupart des instruments
de l'orchestre.
- les spectres inharmoniques (composés
de partiels), c'est le cas des cloches, des percussions, du
piano.
Grisey prends pour modèle
un spectre de trombone. L'analyse au spectrographe a permis au
compositeur de reconstituer les harmoniques constitutifs du timbre
du trombone. Tout le début de Partiels est une orchestration
des harmoniques.
Le point de départ de Partiels est un spectre de
trombone sur la note mi. Au cours de la première
section, le compositeur va transformer, par l'adjonction de partiels
ce spectre harmonique en un spectre inharmonique.
La section 1 présente
un "accord" ou bien une "harmonie-timbre" sur un spectre de mi.
Les harmoniques se calculent selon une formule mathématique
simple : y = a x, c'est à dire fréquence fondamentale
multipliée par rang harmonique.
Les harmoniques et les partiels
d'un son fondamental sont mesurés en hertz et transcrits
en notes sur la partition avec une approximation allant du demi
au huitième de ton, d'où une grande utilisation
des micro-intervalles.
Calcul des harmoniques :
soit la note fondamentale mi
1 = 82,4 hz trombone :
h1 = 82,4 x 2 = 164,8 hz = mi
2 (8ve) contrebasse ff
h2 = 82,4 x 3 = 247,2 hz =
si 2 (5te) clarinette1 f
h3 = 82,4 x 4 = 329,6 hz = mi
3
h4 = 82,4 x 5 = 412 hz = sol#
3 (3ce) violoncelle f
h5 = 82,4 x 6 = 494,4 hz = si
3
h6 = 82,4 x 7 = 576,8 hz = ré
bas 4 (7ème) alto 1 mp
h7 = 82,4 x 8 = 659,2 hz = mi
4
h8 = 82,4 x 9 = 741,6 hz = fa#
4 (9ème) alto 1 mp
h9 = 82,4 x 10 = 824 hz = so#
4
h10 = 82,4 x 11 = 906,4 hz =
la1/4 4 (11ème) piccolo mf
h11 = 82,4 x 12 = 988,8 hz =
si 4
h12 = 82,4 x 13 = 1071,2 hz =
do1/4 5 (13ème) violon 3 pp
h13 = 82,4 x 14 = 1153,6 hz =
ré bas 5
h14 = 82,4 x 15 = 1236 hz = ré#
5 (15ème) violon 2 p
h15 = 82,4 x 16 = 1347,2 hz =
mi 5
h16 = 82,4 x 17 = 1400,8 hz =
fa 5 (17ème) violon 3 pp
h17 = 82,4 x 18 = 1483,2 hz =
fa# 5
h18 = 82,4 x 19 = 1565,6 hz =
sol 5 (19ème) violon 2 p
h19 = 82,4 x 20 = 1648 hz = sol#
5
h20 = 82,4 x 21 = 1730,4 hz =
la 5 (21ème) violon 1 pp
Le début de l'oeuvre fait
entendre un son grave et puissant, le mi1, au trombone
doté de la sourdine Plunger allant d'un son ouvert à
un son fermé. Ce son rappelle celui des trompes Tibétaines.
Il correspond à la note la plus grave de la tessiture du
trombone (hormis les sons pédales). La contrebasse double
le trombone quasiment à l'unisson par le jeu très
haut sur le chevalet puis revient au mi 0 par le jeu normal
sur la corde.
Grisey a pris pour modèle
un spectre de trombone. L'analyse au spectrographe a permis au
compositeur de reconstituer les harmoniques constitutifs du timbre
du trombone. Tout le début de Partiels est une orchestration
des harmoniques.
Comme le souligne Marc-André
Dalbavie (3),
"Grisey réalise le passage entre le timbre comme coloration,
et le timbre comme matériau formel". C'est bien le timbre
qui structure toute la première section de Partiels
et en donne la forme.
Le premier spectre est répété
plusieurs fois avec des variations au violon1 faisant entendre
alternativement des harmoniques différents.
Après la barre de reprise
de la première page, le spectre est présenté
11 fois (chiffres 1 à 11). Dès le chiffre 4, Grisey
applique au son une sorte de vibrato très irrégulier,
le rendant excessivement instable et affectant l'intensité
du son. Cet effet ajouté aux cordes, dans le coup d'archet,
se propage aux vents, sur le souffle, à partir du chiffre
6. A chaque répétition, le spectre est altéré
et devient de plus en plus inharmonique pour aboutir à
un son distordu, point de départ de la section suivante.
A partir du chiffre 8, la percussion,
cantonnée jusque là à quelques notes de glockenspiel,
renforce les fondamentales à l'aide du gong thaïlandais
(hauteur déterminée). Différents effets participent
à la dégradation de la pureté du spectre
harmonique initial : flatterzung, growl, glissando, sons
de souffle aux vents, glissando d'harmoniques et variations de
pressions d'archet aux cordes.
La dernière intervention
des cordes (au talon, incisif et tumultueux) introduit la deuxième
section.
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Section II (Chiffres
12 à 21) |
Préparés par les
sons inharmoniques de la section précédente, les
timbres présentés ici se rapprochent des effets
de distorsion chers aux guitaristes rock.
Différents modes de jeu
sont attribués aux instruments et permettent la création
de timbres inouïs :
- Les anches doubles dans les embouchures
des cuivres produisent un son distordu.
- Les sons fendus de cor anglais et de clarinette
émettent des blocs de sons harmoniques à partir
de la fondamentale fa#.
La prédominance des percussions
au début de la section accentue l'effet d'inharmonicité
:
- Tam-tam au spectre large
- Grosse caisse et Tom contrebasse avec sourdine
- Tambour de bois (aigu et grave)
Les cordes font entendre un grincement
(joué très prés du chevalet) dont la hauteur
est dosée par rapport aux vents.
L'ensemble de la section fonctionne
comme une table de mixage avec laquelle on fait apparaître
et disparaître les voies.
Hormis le premier son attaqué
fortissimo et qui peut être considéré comme
le dernier accord de la première section, les instruments,
dans la section 2, apparaissent et disparaissent en fondu-enchaîné.
Grisey gomme les transitoires d'attaques et d'extinction, éléments
essentiels dans la reconnaissance des timbres. La perte de l'identité
des instruments entraîne notre oreille dans un univers sonore
flou.
La génération des
hauteurs est réalisée selon le principe de la modulation
en anneau. Il s'agit d'une technique utilisée par Karlheinz
Stockhausen dans Mixtur (1964) et Mantra (1970),
et dans la musique élecroacoustique. Le modulateur est
un appareil dans lequel on injecte deux sources sonores de fréquences
différentes (a et b) et qui en calcule la somme et la différence,
générant ainsi deux nouvelles fréquences
appelées additionnelle et différentielle.
Grisey choisit de ne conserver
que les sons différentiels.
Soit au chiffre 14 le son de
la flûte : sol# 2 = 207,6 hz, clarinette 1 : ré
2 = 146,8 hz,
les sons résultants sont
:
a + b = 354,4 = fa haut 3
a - b = 60,8 hz = si bas 0
à la contrebasse
2 mesures avant le chiffre 17
: flûte 1 : la 3 = 440 hz, flûte 2 : ré#
3 = 622,2 hz
les sons résultants sont
:
a + b = 1062,2 hz = do haut
5
a - b = 182 hz = fa# bas 2
au violoncelle
La section aboutit sur un unisson,
sorte de balise dans la dérive sonore, technique employée
par Ligeti comme procédé d'articulation dans le
Kammerkonzert.
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Section III (Chiffres
22 à 27) |
Dans un état de repos,
le discours se polarise autour de la fréquence mi à
différentes octaves. Les flûtes 1 et 2 oscillent
au demi-ton supérieur et inférieur. Les trois mesures
sont répétées en boucle, suivant les signes
du chef quasi périodiques.
A partir du chiffre 23, Grisey
utilise un procédé d'écriture inspiré
de la musique dodécaphonique.
La présence dans la partition
des signes de l'Hauptstimme
(H) et du Nebenstimme (N) laisse
à penser que Grisey, comme la plupart de ses collègues,
maîtrisait à l'époque de Partiels les techniques
sérielles. Ces méthodes d'écriture étaient
enseignées dans la classe de Messiaen.
Le tissu contrapuntique est amorcé
par les cordes. La voix principale (Hauptstimme), expose au violon
2 une phrase constituée des fréquences du spectre
de mi (mi, si, fa, mi). La voix secondaire (Nebenstimme),
à l'alto 1, entre au temps suivant. Le violon 1 et l'alto
2 entrent ensuite. L'écriture à quatre voix se développe
jusqu'au chiffre 24, point d'entrée des flûtes.
L'écriture de la troisième
section est caractérisée par des variations de vitesses,
effet typique de la musique électroacoustique.
Cette section se déroule
en cinq phases, avec à chaque fois l'émergence d'un
couple d'instruments :
- 1ère phase (chiffre 23) : cordes
seules, accéléré / ralenti
- 2ème phase (chiffre 24) : Flûtes
1 et 2, accéléré / ralenti
- 3ème phase (chiffre 25) : Clarinettes
1 et 2, ralenti / accéléré
- 4ème phase (chiffre26) : Cor anglais,
accéléré / ralenti
- 5ème phase (chiffre 27) : Cors 1
et 2, ralenti / accéléré
Le crescendo de la cinquième
phase est amplifié par l'intervention du tambour à
cordes, instrument à friction qui évoque Ionisation
de Varèse.
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Section IV (Chiffres
28 à 32) |
En rupture avec le caractère
mélodique et apaisant de la section précédente,
c'est par un violent coup de Tam que débute la quatrième
section. Les ricochets des cordes et les trilles des vents animent
le mouvement. Les vibratos irréguliers sur le souffle,
associé aux battements de la baguette de métal derrière
le Tam accentuent le caractère instable et dramatique de
cette séquence.
Le son initial disparaît
progressivement au profit de motifs tournants en trilles aux cordes.
Ces phrases, expressives et douces, constituent une texture, une
trame, à l'intérieur de laquelle vont s'infiltrer
des fréquences issues du spectre de mi en sons filés
:
- si 2 (3ème partiel) au tuba
(8ème mesure de 28)
- sol# 3 (5ème partiel) au cor
(4ème mesure de 29)
- ré bas 4 (7ème partiel)
au cor (chiffre 30)
- fa# 4 (9ème partiel) aux cordes
à l'unisson (4ème mesure de 30)
- la+ 4 (11ème partiel) aux
cordes à l'unisson (6ème mesure de 30)
Cette technique semble issue
des procédés d'écritures expérimentés
par Ligeti dans le Kammerkonzert. On en trouve des exemples
dans le 1er et 4ème mouvement : les phrases du cor (Ier
mvt C15, IVème mvt N22), apparaissent de manière
inattendue et éclairent les textures de l'orchestre.
Un mouvement de spirale ascendante
aboutit à un passage rutilant lancé par un crescendo
de cymbale. Des motifs de quatre et cinq notes descendantes aux
bois évoquent des chants d'oiseau. Ces motifs évoluent
dans un ambitus restreint (sol 5 - do+ 5), et se stabilisent
sur les 11èmes et 13èmes partiels du spectre de
mi. Ils s'enchaînent sans interruption à la
section suivante.
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Section V (Chiffres
33 à 41) |
Les motifs descendants de la
section précédente s'inversent soudainement et c'est
une alternance de mouvements descendants et ascendants qui ouvre
cette nouvelle section. Une mise en boucle des éléments,
procédé déjà utilisé au début
de la section 3, immobilise le discours dans une durée
quasi périodique autour des harmoniques 11 et 13 du spectre
de mi. Le dialogue des flûtes et des clarinettes
reprend (chiffre 34), doublé par les cordes en pizzicato,
renforçant les notes accentuées des bois. Les notes
en fusées donnent aux fréquences un caractère
nerveux et incisif.
A partir du chiffre 34, les flûtes
et les clarinettes égrènent les harmoniques suivantes
:
h16 (mi 5) : flûte 2
h13 (do+ 5) : flûte 1
h11 (la+ 4) : flûte 2
h9 (fa# 4) : clarinette 1
h8 (mi 4) : clarinette 2
h7 (ré bas 4) : clarinette 1
h6 (sol# bas 3) : clarinette 2
la polyphonie s'amplifie progressivement.
La clarinette 2 (chiffre 36), colorée par le vibraphone,
expose des vagues descendantes et ascendantes dont l'ambitus s'élargit
tant vers l'aigu que vers le grave.
Les évènements
se resserrent et la densité polyphonique s'intensifie par
l'entrée du hautbois (2 mes. avant 38), et du cor (1 mes.
avant 40) dont les glissandi renforcent la nervosité des
traits.
A partir du chiffre 41, six mesures
de traits chromatiques descendants aux bois, entrecoupés
de silences, conduisent précipitamment à la section
suivante. L'accordéon joue le même rôle que
les bois. Ces "guirlandes" sonores, accentuées ici par
les glissandi des cors et les pizzicati des cordes, sont assez
typiques de la musique spectrale. On en trouve un exemple évident
dans la deuxième section de Gondwana de Tristan
Murail.
La chute vertigineuse, comme
dans un puit sans fond, du dernier trait, s'enchaîne à
un mouvement ascendant, point de départ d'une nouvelle
séquence contrastée.
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Section VI (Chiffres
42 à 46) |
L'écriture de cette section
nous fait entrer de nouveau dans le domaine de l'électroacoustique
et plus précisément dans ce que Pierre Schaeffer
nomme dans son traité, le grain du son. (5)
En rupture avec la section précédente,
caractéristique d'un certain hédonisme sonore, il
s'agit maintenant de sortir de la beauté du son et d'entrer
dans les sonorités bruiteuses et granuleuses.
Tout concours à l'inharmonicité
par l'amplification des effets bruiteux. Cette dialectique de
sons, caractéristique de la musique spectrale est clairement
expliquée par Murail :
" le travail à partir
du son n'est pas comme on le croit parfois, une simple recherche
du "beau son", mais la recherche d'un moyen de communiquer clairement
par le son : le timbre est l'une des catégories sonores
les plus prégnantes et reconnaissable. D'où l'importance
des combinaisons de fréquences (qui produisent du timbre)
pour l'articulation d'un discours musical. Certes on trouvera
dans les musiques "spectrales" de très beaux sons, mais
aussi, contrepartie indispensable, quelques uns des sons les plus
"horribles" jamais produits dans l'histoire de la musique... Le
problème n'est pas là : le problème, c'est
de réintroduire au sein des phénomènes sonores
des systèmes de hiérarchie, d'aimantation, de directionnalité
permettant de créer une rhétorique musicale sur
des bases neuves." (6)
On peut considérer que
la fin de la pièce s'amorce dès la section VI qui
est en réalité un immense ralenti mesuré
jusqu'à l'extrême fin de l'oeuvre.
Grisey met en place un processus
allant d'un type de son serré (temps strié) à
son élargissement progressif (temps lisse). Il met en oeuvre
les moyens suivants :
- cordes en trémolos très serrés
avec pression exagérée de l'archet.
- Flatterzung au cor et trombone, en
cuivrant les accents.
- Percussions munies d'un timbre (caisse claire
et tambour militaire) frottées par une brosse dure.
- sonorité rapeuse produite par le
frottement sur le papier de verre.
- Accentuation pour l'ensemble de l'orchestre
hormis les bois.
Dans cette section, la violence
des temps pulsés est due à l'intensité des
dynamiques et aux accents. Le discours se développe autour
de plusieurs striations à la fois verticales et linéaires
:
- 1ère striation (chiffre 42) : 13
stries + 3 stries.
- 2ème striation (chiffre 43) : 13
stries + 5 stries.
- 3ème striation (chiffre 44) : 11
stries.
- 4ème striation (12 après chiffre
44) : 7 stries.
- 5ème striation (chiffre 45) : 8 stries.
Dès le début de
la section, les clarinettistes substituent à leurs instruments
des appeaux de perdrix dont il font varier les hauteurs en fermant
plus ou moins les mains. Les musiciens jouent successivement sept
hauteurs en son continu, étagées en tierces. Ces
sons ne sont pas individuellement perceptibles mais fondus dans
l'orchestre.
Grisey recherche un effet de
dislocation, de ramollissement puis de liquéfaction des
éléments. Les accents violents du début de
la section évoluent vers des inflexions de hauteurs dès
la troisième striation. Les bois (2 mesures après
45), font entendre des sons multiphoniques, sons complexes d'où
émergent certains partiels du spectre de mi.
Les sons multiphoniques sont
indiqués par des doigtés : chaque son a une note
principale indiquée en noire (5ème, 7ème
harmonique) et des partiels.
Après un grand nombre
de torsions du son, le discours se stabilise dans une seconde
boucle (chiffre 46), zone de repos et point d'articulation entre
les sections. Dans un état de suspension (souple et flottant),
les cordes, par les modes de jeu variés de l'archet (sul
tasto, sul ponticello : du chevalet à la touche), entretiennent
un son très riche en harmonique.
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Section VII (Chiffre
47 à 48) |
L'entrée à l'unisson
(mi) de la clarinette contrebasse et de la contrebasse
à cordes marque le début de la septième section.
La grosse caisse, mise en vibration par un mouvement rotatif à
l'aide d'une brosse souple, colore les deux instruments de bruit
blanc. (7)
L'infiltration de la fréquence
mi se réalise de manière inaperçue, dans
les trames précédentes de sons infléchis
des cordes et des multiphoniques des bois.
La section se déroule
dans un temps parfaitement lisse, exprimé par de longues
tenues de tout l'orchestre, que seules quelques inflexions viennent
perturber.
Aux textures, dans le médium,
des cordes et des bois s'infiltrent des fréquences graves
des cuivres : sons voilés du cor, trombone avec sourdine
wha-wha.
Il se produit un effet d'éloignement
(Lointain, comme un écho de la musique précédente).
Une pulsation cardiaque extrêmement
ralentie plonge l'auditeur dans un état léthargique,
quasi comateux. Grisey nous fait entrer dans un temps éternel,
mystique.
Au cours de la section, les sons
multiphoniques des bois disparaissent progressivement. Les cordes
aiguës oscillent très lentement dans un intervalle
d'un ton, autour des fréquences du spectre de mi (ré4
au Vl1, sol#3 au Vl2, mi3 à l'Alto1,
sol#3 à l'Alto2).
Il y a deux plans sonores : celui
des fréquences statiques (clarinette basse, cor, accordéon,
grosse caisse) et celui des fréquences oscillantes (cordes,
trombone).
Dans cette dérive de fréquences,
l'oreille peut se repérer autour de trois zones harmoniques
dans lesquelles prédomine l'intervalle de quinte (les glissandi
aboutissent à la fondamentale ou au 3ème harmonique).
- mes. 6-7 après 47
- mes. 2 après 48
- mes. 7-8 après 48
Un silence coloré par
la seule grosse caisse jouée pppp clôture
cette section et ouvre la phase finale de l'oeuvre.
La fin de l'oeuvre fait alterner
des périodes de silences non mesurés avec des moments
mesurés pendant lesquels l'orchestre joue et les musiciens
doivent rester immobiles. Nous assistons à une théâtralisation
de la musique, par l'intervention intempestive des musiciens rangeant
leurs instruments et leurs partitions. Si cet effet peut faire
penser à la symphonie Les Adieux d'Haydn (le flûtiste
se lève brusquement, silencieux et solennel sous le regard
des autres), c'est sans doute l'aspect purement sonore qui a séduit
Grisey.
Il met en scène deux mondes : un monde réel fait
d'humains occupés à ranger leur matériel,
et un monde de l'au delà, souterrain, mesuré mais
intemporel dans lequel subsistent les instruments graves de l'orchestre.
Les périodes de silence
sont colorées de bruits écrits de manière
très précise. Il existe une partition écrite
des gestes à accomplir et des sonorités à
propduire : froissement de papier calque et métallisé,
appeau et polystyrène, bruits de clés, de tubes,
de couvercle, sons de souffle, vidange des tuyaux, frottement
de colophane sur l'archet.
D'autres éléments
entrent en jeu : du texte parlé et un effet de lumière
à la fin de l'oeuvre. On peut voir dans cette écriture
certaines influences du Théâtre musical, genre contemporain
de la musique spectrale, dont les Aventures et Nouvelles
aventures (1962/65) de Ligeti sont un premier exemple.
Texte :
Dialogue chuchoté et inintelligible entre 1er et
2nd violon
I am so sorry !...
Shure, this piece will finish soon ! (Cela est sûr,
cette oeuvre va bientôt se terminer)
Serait-ce la civilisation du silence ?
Qu'est que c'est chiant...
Es ist durch nicht möglich ! (Cela n'est pas encore
possible)
Schluss jetzt ! (Terminons dès à présent)
Sempre pianississimo (toujours extrêmement faible)
... pas encore
Ce texte fait allusion à
la fin de l'oeuvre, en plusieurs langues, et peut faire penser
à la thématique exprimée dans Fin de Partie
(1957) de Samuel Beckett :
Ca ne va donc jamais finir
? Alors comment veux-tu que ça finisse ? Cessons de jouer
! Alors que ça finisse ! Bon, ça ne finira donc
jamais ?
Dans les dernières pages
de la pièce, Beckett intercale de plus en plus de silences
entre les phrases.
L'orchestre poursuit sa chute
vers les profondeurs de l'abîme. L'ultime fréquence
écrite est un la-1 (27,5 hz) au seuil de l'aire
audible.
Les musiciens ralentissent progressivement
leurs gestes, le chef joue son personnage, s'essuie le front à
l'aide d'un mouchoir rouge. Tout s'arrête dans une immobilité
absolue.
Grisey superpose la tension musculaire
et psychologique du percussionniste à la détente,
au calme de l'orchestre. Le musicien mime la frappe d'un coup
de cymbale lorsque la lumière s'éteint brusquement.
Ce passage du mouvementé
au statique, au figé, évoque la mort du son.
Partiels est sans doute,
parmi toutes les productions des membres de l'Itinéraire,
l'oeuvre la plus représentative de l'esthétique
spectrale de la période des années 1970. Si Grisey
et Murail sont les compositeurs porteurs de cette nouvelle manière
de concevoir la musique, ils appartiennent à un groupe,
qui par son refus de la musique sérielle a privilégié
le son à la note. La musique du timbre a passionné
une grande partie des musiciens nés à la fin de
la seconde guerre mondiale. Jean-Claude Risset, Hugues Dufourt,
Michaël Lévinas, Roger Tessier et François
Bousch ont contribué, chacun avec leurs personnalités
à l'élaboration d'une rhétorique des sons.
Les premières uvres
spectrales sont caractérisées par un étalement
du temps. Comme le souligne Hugues Dufourt : "Toute musique du
timbre suppose un espace-temps qui se co-détermine avec
les événements qui y surgissent". (
8)
Cette observation du timbre au
"microscope auditif" n'est pas sans incidences sur la forme. Aussi,
Grisey, conscient de ce problème compositionnel, écrira
"j'ai composé Taléa en réaction à
mon travail sur la lenteur, pour voir si j'étais capable
d'écrire une pièce discontinue et rapide". (
9)
Partiels aura un impact immédiat
sur les jeunes compositeurs comme Marc-André Dalbavie,
Philippe Hurel ou Philippe Durville qui ont réinvesti dès
leurs premières oeuvres les techniques mises au point par
leurs aînés.
Si aujourd'hui, les inventeurs
de la musique spectrale explorent toujours de nouvelles possibilités
sonores, ils ont abandonné l'écoute lente du son
de leurs débuts au profit d'une écriture plus resserrée.
Murail remplace volontiers le mot spectre par une "harmonie fréquentielle".
Le mouvement spectral constituait
en France, dans les dernières décennies du XXème
siècle, la seule voie possible pour sortir du sérialisme.
On peut mesurer la portée de ce courant dans cette phrase
de Claude Vivier à Grisey : "Moi aussi j'écris des
spectres maintenant. Vous m'avez influencé... seulement
moi, je les tords un peu !"(10
)
Au-delà de la disparition
prématurée de Gérard Grisey, sa musique reste
toujours vivante dans la mémoire de ses contemporains.
Courant musical né en
France dans les années 1970, la musique spectrale qualifie
l'esthétique de quelques compositeurs regroupés
autour de l'Ensemble Itinéraire. Les principaux représentants
de ce courant sont : Tristan Murail (fondateur avec Roger Tessier
de l'Itinéraire), Gérard Grisey, Mickaël Lévinas,
Hugues Dufourt. Ont collaboré de près ou de loin
à cette expression musicale : Alain Bancquart, Alain Louvier,
Jean-Claude Risset, François-Bernard Mâche, c'est-à-dire
tous les compositeurs s'intéressant au timbre comme élément
essentiel de la composition.
La musique spectrale est une
musique dont tout le matériau est dérivé
des propriétés acoustiques du son. Si les créateurs
de ce courant avaient avancé plusieurs épithètes
(liminal, spectral,) pour qualifier leur musique, c'est
Hugues Dufourt qui conserva le mot spectral dans un de ses articles
faisant partie maintenant de l'histoire. (11)
C'est à partir de l'analyse
au sonagramme des spectres instrumentaux que cette technique a
pu s'élaborer. Cette musique fait un large usage des micro-intervalles,
notamment des quarts de tons. Les harmoniques et les partiels
d'un son fondamental sont mesurés en hertz et transcrits
en notes sur la partition avec une approximation allant du demi
au huitième de ton.
La composition spectrale consiste,
pour une part, à créer une dialectique entre spectres
harmoniques et inharmoniques, entre rythmes périodiques
et apériodiques, d'où la mise en oeuvre de processus
permettant de définir des parcours sonores d'un état
à un autre.
Compositeur français né
le 17 juin 1946 à Belfort, mort le 11 novembre 1998 à
Paris.
Gérard Grisey mène
successivement ses études au Conservatoire de Trossingen
en Allemagne (1963-1965), au Conservatoire national supérieur
de musique de Paris (1965-1972) où il suit notamment les
cours de composition d'Olivier Messiaen (1968-1972). Il obtient
une première médaille en Harmonie et Histoire de
la musique en 1966, un second accessit en contrepoint et un premier
prix d'harmonie en 1967. Pianiste et accordéoniste, il
obtient un second prix d'accompagnement piano en 1970
Parallèlement, il étudie
avec Henri Dutilleux à l'Ecole normale supérieure
de musique (1968) et assiste aux séminaires de Karlheinz
Stockhausen, György Ligeti et Iannis Xenakis à Darmstadt
(1972). Enfin, il s'initie à l'électroacoustique
avec Jean-Etienne Marie (1969) et à l'acoustique avec Emile
Leip à la Faculté des sciences de Paris (1974).
Boursier de la villa Médicis
à Rome de 1972 à 1974, il participe à la
création de l'ensemble Itinéraire ; en 1980 il est
stagiaire à l'Ircam, puis invité par la DAAD à
Berlin.
Gérard Grisey a tenu de
nombreux séminaires de composition à Darmstadt,
à Freiburg, à l'Ircam, à la Scuola Civica
de Milan ainsi que dans diverses universités américaines.
De 1982 à 1986, il enseigne à l'université
de Californie de Berkeley. De 1986 à sa mort le 11 novembre
1998, il été professeur de composition au Conservatoire
national supérieur de musique de Paris. Ses oeuvres ont
été commandées par différentes institutions
internationales. On les trouve au programme des festivals, des
radios et des plus célèbres formations instrumentales
tant en Europe qu'aux Etats-Unis.
Il reconnaît trois maîtres
qui l'ont très directement motivé : Messiaen (pour
la couleur), Stockhausen (pour la forme) et Ligeti (pour le temps).
Auteur de nombreuses pièces
instrumentales et pour orchestre, il s'est attaché à
en réunir certaines au sein d'un vaste cycle terminé
en 1985 (Les espaces acoustiques), concrétisation
de l'ambition de son projet de compositeur.
L'Ensemble Itinéraire,
fondé à l'origine par Tristan Murail et Roger Tessier,
a pris naissance à la dissolution du Domaine Musical de
Pierre Boulez. Cet Ensemble était constitué au départ
essentiellement d'élèves d'Olivier Messiaen, et
avait le soutien politique de Marcel Landowski.
Gérard Grisey, Michaël
Lévinas, Hugues Dufourt ont très largement contribué
à la création du mouvement spectral tant par leurs
oeuvres que par leurs écrits théoriques.
L'une des spécificités
de l'ensemble, dans les années 70 était la possibilité
de compléter l'instrumentarium traditionnel par un ensemble
d'instruments électroniques. L'EIEI (Ensemble d'Instruments
Electroniques de l'Itinéraire), composé au départ
de Tristan Murail, Françoise Pellié, François
Bousch, Claude Pavy et Jean-Guillaume Cattin, a permis d'expérimenter
les ressources du son électronique produit par les ondes
Martenot, les premiers synthétiseurs, guitare électriques
et boîtes d'effet dont le fameux modulateur en anneau permettant
de générer des sons additionnels et différentiels.
L'ensemble Itinéraire
est le premier orchestre à avoir proposé des oeuvres
mixtes et poursuit aujourd'hui son activité en faveur de
la création.
Musique vocale a cappella
Les Chants de l'Amour,
pour douze voix mixtes et bande magnétique1982-1984 40'
Ricordi
Musique vocale et ensemble
Gustave, pour voix et deux cors1987 Ricordi
Quatre chants pour franchir le seuil, pour voix de soprano
et quinze instruments 1997-98 40' Ricordi
Musique concertante
Espaces acoustiques, cycle de six pièces pour
diverses formations1975-1985 90' Ricordi
Musique orchestrale
D'Eau et de pierre, pour deux groupes instrumentaux1972
30' Salabert
Essai 1975 24' Ricordi
Jour, contre-jour, pour orgue électrique, treize
musiciens et bande magnétique quatre pistes1978-19792 1'
Ricordi
Le Temps et l'écume, pour quatre percussionnistes,
deux synthétiseurs et orchestre de chambre198921' Ricordi
Modulations, pour trente-trois musiciens, cycle «Espaces
acoustiques» IV1976-1978 17' Ricordi
Transitoires, pour grand orchestre, cycle «Espaces
acoustiques» V1980-1981 21' Ricordi
Musique d'ensemble
Perichoresis, pour trois groupes instrumentaux1969-1970
13' Inédit
Mégalithes, pour quinze cuivres 1970 10' Inédit
Musique de chambre
Accords perdus, cinq miniatures pour deux cors en Fa
1987 11' Ricordi
Echanges, pour piano préparé et contrebasse1968
5' Ricordi
Le Noir de l'Etoile, pour six percussionnistes disposés
autour du public, bande magnétique et transmission in situ
de signaux astronomiques1989-1990 60' Ricordi
Solo pour deux, pour clarinette et trombone1981 16' Ricordi
Stèle, pour deux percussionnistes1995 7' Ricordi
Tempus ex Machina, pour six percussionnistes1979 22' Ricordi
Vortex Temporum [Tourbillon de Temps]1994-1996
40' Ricordi
Musique soliste
Anubis-Nout, deux pièces pour clarinette contrebasse
en Si bémol198312' Ricordi
Prologue, pour alto, cycle «Espaces acoustiques»
I 1976 15' Ricordi
ALLA, Thierry, Tristan Murail,
du matériau à l'oeuvre, Mémoire de DEA,
Université de Paris Sorbonne, octobre 1996, 99p.
Analyse des Courants de l'espace pour Ondes Martenot et orchestre.
BAILLET, Jérôme,
Aspects formels de la musique de Gérard Grisey,
Mémoire de DEA, EHESS/IRCAM, Paris, 1995.
BARRIERE, Jean-Baptiste, dir.,
Le timbre, métaphore pour la composition, Paris,
I.R.C.A.M., Christian Bourgois, 1991, 563 p.
Un des ouvrages les plus récents sur le timbre, regroupant
scientifiques et compositeurs.
BOSSEUR, Jean-Yves, Vocabulaire
de la musique contemporaine, Paris, Minerve, 1992, 194 p.
Dictionnaire de termes techniques illustré de commentaires
de compositeurs.
CASTANET, Pierre Albert, " Musiques
spectrales : nature organique et matériaux sonores du XXe
siècle. " in Dissonanz n°20,
La nouvelle revue musicale Suisse, Zurich, 1989, n° 20, 4-9.
Le premier article sur les techniques de la musique spectrale.
COHEN-LEVINAS, Danielle, Vingt-cinq
ans de création musicale contemporaine, L'Itinéraire
en temps réel, L'Harmattan, Paris, 1998, 575 p.
DALBAVIE, Marc-André,
"Pour sortir de l'avant-garde", in Le timbre, métaphore
pour la composition, Paris, I.R.C.A.M.,
Christian Bourgois, 1991, pp. 303-334.
DUFOURT, Hugues, " Hauteur et
timbre ", in Inharmoniques, n° 3, Paris, Christian
Bourgois, IRCAM, mars 1988, p. 64-70.
DUFOURT, Hugues, "Musique spectrale"
in Musique, Pouvoir, Ecriture, Paris, Christian Bourgois,
1991, 361 p.
DUFOURT, Hugues, Musique,
Pouvoir, Ecriture, Paris, Christian Bourgois, 1991, 361 p.
289.
GINER, Bruno, Aide-mémoire
de la musique contemporaine, Paris, Durand, 1995, 128 p.
Un ouvrage très pratique pour comprendre certains termes
techniques de la musique d'aujourd'hui.
Contient les dates de composition des principales uvres,
ainsi qu'une bibliographie par compositeur.
GRISEY, Gérard, "La musique
: le devenir des sons", in Darmstäter Beiträger Neven
Musik, XIX, 1982, p. 16-23.
Conférence de Darmstadt résumant les premiers résultats
des recherches sur le son et leur application dans la musique.
GRISEY, Gérard, " Structuration
des timbres dans la musique instrumentale ", in Le timbre,
métaphore pour la composition, Paris, I.R.C.A.M.,
Christian Bourgois, 1991, p.352.
HUREL, Philippe, " Le phénomène
sonore, un modèle pour la composition ", in Le timbre,
métaphore pour la composition, Paris, I.R.C.A.M.,
Christian Bourgois, 1991, p.261.
Article traitant de l'influence de Grisey et Murail sur les compositeurs
de la nouvelle génération.
MERCIER, Denis, dir., Le livre
des techniques du son (3 volumes), Paris, Editions Fréquences,
1987/1990, 359 p.
MESSIAEN, Olivier, Conférence
de Notre Dame, Paris, Leduc, 1978, 15 p.
Une partie de cette conférence est consacrée aux
rapports entre la musique et la couleur.
MURAIL, Tristan, "La révolution
des sons complexes", in Darmstädter Beiträge,
Schott, 1980, p. 77-92.
Un texte de référence pour une initiation à
la musique spectrale et à ses modes d'instrumentation.
L'auteur y traite particulièrement des relations entre
matériau sonore et pensée musicale.
MURAIL, Tristan, "Spectres et
lutins", in Darmstädter Beiträge, Schott, 1982,
p. 24-34.
Traite des rapports entre l'électronique et la musique
instrumentale et de la composition musicale assistée par
ordinateur.
PIERCE, John, Le son musical,
traduit de l'anglais par Françoise Berquier, Paris, Pour
la science, 1984, 242 p.
Un ouvrage fondamental pour comprendre les phénomènes
sonores.
SCHAEFFER, Pierre, Traité
des objets musicaux, Paris, Le seuil, 1966, 700 p.
WEID von der, Jean-Noël,
La Musique du XXe siècle, Paris, Hachette/Pluriel,
1992, 382 p.
Un ouvrage essentiel sur l'histoire de la musique contemporaine.
Très documenté en ce qui concerne les techniques
d'écriture et les différents mouvements de la deuxième
moitié du XXème siècle.
Revues
Entretemps n°8 "Grisey-Murail"
(sept. 89) Numéro spécial sur la musique spectrale.
"La vie en rose", in Musique
en jeu n° 14, Paris, Seuil, mai 1974, 118 p.
NICEPHOR, Sylvie, "L'Itinéraire
de 1973 à 1983 : le renouvellement du matériau sonore",
in RIMF, n° 30, Paris, Champion, nov. 1989, p. 63-72.
MERIGAUD, Bernard, Gérard
Grisey, compositeur, Pour l'amour du spectre, Télérama
n° 2526, Paris, 10 juin 1998.
Anubis et Nout,
pour saxophone basse ou saxophone baryton (1990) C. DELANGLE -
FG8815
Les Espaces Acoustiques,
cycle constitué de six pièces (1974-1985)
Enregistrement intégral récent :
S. CAMBRELING Dir. / FRANKFURTER MUSEUMSORCHESTER, P-A. VALADE
Dir. / ENSEMBLE COURT-CIRCUIT.
ACCORD 206532
Jour Contre Jour,
pour orgue électrique, 13 musiciens et bande magnétique
(1978-1979) ENSEMBLE ITINERAIRE FG8815
Stèle,
pour 2 percussionnistesMEMBRES DE L'ENSEMBLE FA - FA1883
Talea, pour
violon, violoncelle, flûte, clarinette et piano (1986) 1987ENSEMBLE
ITINERAIRE (L') / P. ROPHE Dir. - FA0308.
ENSEMBLE ITINERAIRE (L') - FG8815K. RYAN Dir. / ENSEMBLE RECHERCHE
- FG8818
Vortex temporum,
pour flûte, clarinette, piano, violon, alto et violoncelle
(1995) K. RYAN Dir./ ENSEMBLE RECHERCHE - FG8818
NOTES
(1
) MESSIAEN, Olivier, Conférence
de Notre Dame, Paris, Leduc, 1978, 15 p.
(2)
MURAIL, Tristan, "La révolution des sons complexes", in Darmstädter
Beiträge, Schott, 1980, p. 77-92.
(3)
DALBAVIE, Marc-André, "Pour sortir de l'avant-garde", in
Le timbre, métaphore pour la composition, Paris, I.R.C.A.M.,
Christian Bourgois, 1991, p 321.
(4)
Hauptstimme : terme utilisé par Arnold Schoenberg
pour indiquer la voix principale d'une polyphonie orchestrale dense
et complexe.
Nebenstimme : indique la voix secondaire.
(5)
SCHAEFFER, Pierre, Traité des objets musicaux, Paris,
Le seuil, 1966, p 552.
(6)
MURAIL, Tristan, "Question de cible", in Entretemps n°8,
p. 149.
(7)
Bruit blanc : son dont la masse contient toutes les fréquences
accumulées statistiquement.
(8)
DUFOURT, Hugues, Musique, pouvoir, écriture, Paris,
Christian Bourgois, 1991, p 286.
(9)
MERIGAUD, Bernard, Gérard Grisey, pour l'amour du spectre,
Télérama n°2526, 10 juin 1998.
(10)
GRISEY, Gérard, "Autoportrait avec l'Itinéraire",
in Vingt-cinq ans de création contemporaine, Paris,
l'Harmatttan, 1998, p 49.
(11)
DUFOURT, Hugues, "Musique spectrale" in Musique, Pouvoir, Ecriture,
Paris, Christian Bourgois, 1991, 361 p.
(12)
Micro-intervalles : quart, sixième, huitième de ton.
Voir notice de la partition.

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