Etude de cas

Lisez attentivement les textes suivants. Repérez les différentes formes de parenté. Chaque exemple sera ensuite repris dans le test de connaissance.
Texte 1 : La diversité des relations de filiation
A vrai dire, lorsqu'on y regarde de près, en dehors du rapport physique, charnel, qui unit la mère à ses enfants (gestation, mise au monde et allaitement, du moins dans les sociétés où l'allaitement artificiel n'est pas la norme), rien n'est naturel, nécessaire, biologiquement fondé dans l'institution familiale. Le lien biologique même qui unit la mère à ses enfants n'a pas partout et toujours pour effet que la mère ait la charge d'élever ses enfants. Chez les Indiens Tupi Kawahib du Brésil central, où un homme peut épouser plusieurs sœurs ou une mère et les filles qu'elle a eues d'autres hommes, les enfants sont élevés par l'ensemble des coépouses sans que chacune cherche à se préoccuper plus particulièrement des siens. Chez les Mossi de Haute-Volta, les grandes familles polygynes procèdent, après le sevrage, à une répartition des enfants entre les différentes coépouses. Celles qui sont stériles ou qui ont perdu leurs enfants ont ainsi à élever des enfants qui ne sont pas les leurs, qu'elles chérissent comme les leurs et qui, avant leur entrée dans l'âge adulte, ne connaissent pas d'autre mère que leur mère nourricière : alors seulement on leur fait connaître le lien biologique qui les unit à une autre femme du père.
Françoise Héritier-Augé, Encyclopaedia Universalis, tome 7, 1988
Texte 2 : La diversité des formes matrimoniales
Il va de soi, semble-t-il, que les partenaires de l'union sont de sexe différent, que cette union ne se noue qu'entre des vivants, que le géniteur des enfants est le père dans le cadre de l’union conjugale. Or l'expérience ethnologique montre qu'aucun de ces principes n'est universellement admis. Dans certaines populations africaines, il existe un mariage légal entre femmes. C’est le cas des Nuer soudanais chez lesquels la fille stérile est considérée comme un homme. La femme stérile perçoit de la sorte, en tant qu' “ oncle ” paternel, une part des “ dots ” versées pour ses nièces. Avec ce capital, elle peut à son tour acquitter le prix de la fiancée pour une jeune fille qu'elle épouse légalement et pour laquelle elle accomplit les rites officiels du mariage. Elle lui choisit ensuite un homme, un étranger pauvre, pour cohabiter avec elle et engendrer des enfants. Cet homme n'est rien d'autre que le serviteur. Les enfants qui naissent de cette union de l'ombre sont ceux de la femme-époux, qu'ils appellent “ père ” et qui leur transmet son nom et ses biens. Son épouse l'appelle “ mon mari ” ; elle lui doit respect et obéissance et la sert comme elle servirait un véritable mari. Aussi fréquent que le mariage entre vifs, le mariage fantôme légal, toujours chez les Nuer. Ainsi se crée une famille dont les protagonistes sont un mort, qui est le mari légal, la femme épousée au nom du mort par l'un de ses parents, le mari substitutif et les enfants qui naissent de l'union. Ces enfants sont légalement ceux du mort. Les enfants connaissent leur statut d'enfants d'un mort et ils retracent leur généalogie en partant de ce père ; selon les cas, ils considèrent leur géniteur, et le traitent, comme un oncle paternel ou comme un frère. Le déni de l'importance de la paternité physiologique se trouve aussi chez les Tibétains, qui pratiquent le mariage polyandrique. Lorsque l'aîné de plusieurs frères a pris légalement une femme, celle-ci épouse successivement, à des intervalles réguliers - au bout d'une année -, chacun des frères de son mari. Les hommes pratiquent le commerce au long cours et s’arrangent pour qu'il n'y ait jamais plus d'un mari au foyer en même temps. Les enfants sont attribués à l'aîné : ils l'appellent “ père ” et donnent le nom d’ “ oncle ” aux autres maris de leur mère.
Françoise Héritier-Augé, Encyclopaedia Universalis, tome 7.,1988.