Collège Jean Monnet - St Ciers sur Gironde
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La nouvelle fantastique par les 4ème2 : texte réalisé en français avec Mme Lacombe et couvertures faites en arts plastiques avec Mme Lannot.

La Rose écarlate

Rédigée et illustrée par Gabrielle Daudey et Marianne Weirich en classe de 4e2

Chapitre 1 :

          J'adore le bord de mer, le doux bruit des vagues qui s'échouent sur le sable de la plage ou qui s'écrasent sur le flanc de la falaise, m'apaise. 

         Une bourrasque de vent vint m'arracher à cette image idyllique gâchée, en l'occurrence, par le cadavre à mes pieds. Ah non, je n'y suis pour rien ! Bien que ma mère affirme que j'ai des tendances sociopathes...mais je tiens à dire que ce trouble n'engendre pas obligatoirement des actes psychopathes ! Je travaille pour la police en tant que légiste. Plus jeune, j'avais fait des études pour devenir médecin. Deux ans. Je n'ai pas réussi le concours. J'ai alors lâché les études de médecine, bien que ça fasse assez mal de se dire qu'on a passé deux ans sur un banc à écouter des cours soporifiques (surtout les cours d'embryologie, d'un ennui mortel...), ou encore à faire des stages en tant qu'infirmière qui passait son temps à essuyer le vomi des malades, pour au final ne pas réussir !

         Plus tard, j'ai fait un stage dans la police, auprès d'un médecin légiste ce qui m'a beaucoup plu. C’est à ce moment-là que j'ai décidé de  devenir légiste.

On dit que les légistes sont des médecins « reconstruits », ou encore qu'un légiste aurait choisi cette voie par dépit, ne pouvant accéder au serment d’Hippocrate. Je serai la première à vous détromper. Et pourtant...

         Lorsque j'ai lu dans le journal que la police cherchait un médecin, ou une personne ayant fait des études de médecine pour un poste de médecin légiste vacant, j'ai sauté sur l'occasion… Et cela fait maintenant six mois que l'on m'appelle « docteur » lorsque l'on me croise. Je me retiens à chaque fois de les corriger. Je ne peux être docteur. Un docteur soigne. Or, on ne soigne pas les morts.

         J'ai même un surnom. Un surnom que m'ont donné les enfants de l'école primaire près de l'institut médico-légal, parce qu'à chaque fois qu'ils me croisent, j'en sors et je suis en blouse blanche. Ainsi m'appellent-ils « la dame blanche ». Ils ont même peur de moi.

         J'avais été contactée à huit heures par le commissaire Paul Alsain qui m'avait sommée de le rejoindre sur les lieux du crime. Il est grincheux, mais je l'aime bien. Il grogne plus qu'il ne mord.

         Je m'étais donc rendue au bord de la falaise que les gens du coin appellent « Le trou du diable » et arrivai à huit heures trente. C'était un endroit vraiment magnifique, et j'aurais adoré m'y rendre en d'autres circonstances, bien qu'il y fît un peu frais en ce début de mois de novembre.

         A peine arrivée sur la scène du crime, j’aperçus le cadavre. Je baissai les yeux sur le corps de la jeune fille qui s’appelait, me dit-on, Lucie Simone. J'avais l'attention de tout le monde, chose plutôt banale. Je suis toujours la dernière à arriver sur les lieux, donc, tout le monde attend, en me regardant fixement, que je finisse d'examiner le corps pour pouvoir rentrer chez lui. Comme si ça allait accélérer les choses…

         Sauf que là, je ne voyais pas d'impatience dans leur regard, juste une grande curiosité. Ce qui était compréhensible. On tombe rarement sur un cadavre comme celui de la jeune Lucie Simone.

         Elle était très belle, et ne devait pas avoir plus d'une vingtaine d'années. Elle avait été égorgée, et l'assassin avait déposé entre ses lèvres une rose écarlate, qui donnait l'impression de s'ouvrir à l'intérieur même de sa bouche. Soit l'assassin avait déposé la rose dans la bouche de Lucie après sa mort, soit il était assez mesquin pour lui enfoncer une tige hérissée de piquants à l'intérieur de l’œsophage alors qu'elle était encore vivante.

         Enfin, le simple fait de tuer n'était-il pas mesquin au plus haut point ?

La plaie à sa gorge avait été soigneusement nettoyée, à moins qu'elle ne soit post-mortem. Si c'était le cas, de quoi était-elle morte ?

         La mâchoire de la victime était ouverte et rigide. Le reste de son corps n'étant pas raide, j'en déduisis que la rigor mortis commençait tout juste, et qu'elle était par conséquent morte entre cinq et sept heures du matin. Un examen plus approfondi de la victime me révèlerait avec plus de précisions l'heure de son décès.

         Je me redressai et fis face au commissaire. Si je l'aime bien, c'est parce qu'à défaut du reste de sa division, il me respecte. La première fois que je me suis retrouvée devant un cadavre, sur une scène de crime, j'ai vomi. Le meurtre en soit n'était pas Réellement affreux un homme poignardé mais il faisait chaud, on était en été, la décomposition du cadavre était avancée…et à mon arrivée, une odeur abominable régnait dans la pièce. On peut difficilement forcer le respect après ça…

         Le commissaire m'adressa un regard interrogateur. J'ouvris la bouche pour lui faire part de mes observations, puis me ravisai. Je ne savais pourquoi, mais je n'avais tout simplement plus envie de lui dire quoi que ce soit. J'étais malheureusement obligée de le faire ! Je me montrai donc la plus vague possible : « Elle est morte entre cinq et sept heures, de sa blessure à la gorge, je pense. » Lui dis-je laconiquement. Il devait s'attendre à ce que je dise autre chose, mais je me tus.

         Il eut l'air surpris. C'est vrai que, d'habitude, je me perds dans les détails. Sauf que là, je ne savais pourquoi mais je n'en avais pas envie. Je lui adressai un sourire vague et me dirigeai vers la camionnette blanche, celle qui nous emmènerait, Lucie Simone et moi, à l'institut médico-légal.  L'avantage lorsqu'on est légiste, c'est que l'on est les derniers à arriver, et qu'on part avant tout le monde, avec le cadavre.

 Chapitre 2 :

          Mon appartement était orienté au nord, ce qui fait qu'il était très sombre en journée. Il était vingt heures, c'était la fin de l'automne, j'avais donc fermé les volets car les pièces étaient déjà plongées dans l’obscurité.

         Je relisais pour la énième fois les dossiers de la police qui m'étaient accessibles, cherchant des affaires similaires à celle sur laquelle je travaillais. Je n'étais pas censée faire ça. La police ne me demande jamais de mener une enquête avec eux, mon rôle s'arrêtant à l'autopsie des cadavres. Je ne cherche jamais à aller plus loin, mon travail est bien assez morbide comme ça… sauf que là, je ne savais pourquoi mais je voulais savoir, j'avais besoin de savoir. C'est comme la fascination morbide. Cette fascination qui vous empêche de détourner les yeux d'un accident de la route. La scène est horrible, mais vous regardez. C'est similaire, mais ce n'est pas ce qui me pousse à faire ça. C'est autre chose. Une chose que je ne m’expliquais pas.

         La police ne ressassait aucune affaire semblable. Je frissonnai. J'avais les cheveux humides, je venais de les laver. En effet, je revenais de l'institut médico-légal, pour autopsier Lucie Simone, et mes cheveux empestaient le désinfectant. Mes doutes s'étaient confirmés, sa blessure à la gorge était post-mortem. J'avais retrouvé dans son estomac des traces de ciguë, plante transformée en un poison très douloureux. Elle était beaucoup utilisée lors des exécutions dans l'Antiquité, et c'est notamment avec ce poison qu'a été exécuté Socrate. Je n’avais pas retrouvé de trace de peau sous ses ongles, ni de blessure autre que celle qu'elle avait à la gorge. J'en déduisis donc qu'elle ne s'était pas débattue. Mais pourquoi l'égorger après sa mort ? Cela ne camoufle rien, surtout s’il y a absence de sang autour de la blessure. Et puis, sa mort ayant été suspecte, il y aurait eu une autopsie qui aurait révélé les traces de ciguë. Alors pourquoi ? Par souci de la mise en scène ? Ou par pur sadisme ?

         Tout bien réfléchi, cela ne m'aurait pas étonné que notre meurtrier ait placé la rose dans la bouche de Lucie alors qu'elle était encore vivante. Bien qu'il ne l'ait pas fait. Elle aurait vomi.

         Je relevai la tête de mes dossiers et me rendis compte que je ne voyais que ce qu'éclairait ma lampe, c'est-à-dire juste mon bureau. Le reste était d'un noir opaque, si  opaque que je finis par me sentir claustrophobe. Je fermais les yeux et inspirai profondément. C'est à ce moment précis que j’eus l'impression d'être observée. J'ouvris les yeux et mon rythme cardiaque s’accéléra, la tête me tournait et j'haletais. Je voulus me lever mais je chancelai et dus prendre appui sur mon bureau pour ne pas tomber. Je crus sentir quelque chose me frôler la hanche. Comme pour me retenir. Je me retournai vivement mais ne pus rien distinguer à la simple lueur blafarde de ma lampe de bureau. Je sortis mon téléphone et activai le mode lampe-torche. C'est alors que je crus voir une forme indistincte bouger, près de mon canapé. Elle bougea si rapidement que je doutai de l'avoir vue. Je tournai la tête de gauche à droite en éclairant ce que je regardais avec mon téléphone, mais ne vis aucune trace de l'étrange créature. Je me retournai vers mon bureau et vis alors, sur mes dossiers, une rose écarlate. Je crus voir une ombre noire passer près du meuble, et la lampe tomba. L'ampoule se brisa. J'étouffai un cri et reculai précipitamment. Je butai contre mon canapé et fis tomber mon téléphone. Sa batterie s'en échappa et je me retrouvai plongée dans le noir.

         Une rose ! Je dois devenir folle ! La même que celle retrouvée sur Lucie...la même… Je tremblais comme une feuille. Une rose !

          Je n'osais plus bouger. Ce n'est que lorsque mes tremblements frénétiques se stoppèrent que je me décidai à ramasser mon téléphone. Je tâtonnai longtemps avant de le retrouver, lui et sa batterie. Je la remis dedans, et la seule lumière de l'écran me permit de voir que la rose avait disparu. Ou peut-être n'avait-elle jamais été là ?

Je frissonnai, et cette fois-ci, ce n'était pas parce que mes cheveux étaient humides.

 

Chapitre 3 : 

         Combien de temps s'est écoulé depuis le meurtre de Lucie Simone ? Un an, deux ans? Depuis...depuis...depuis Il me suit ! Que dois-je faire? Que dois-je faire pour qu'Il s'en aille? On me dit que si je continue de Le chercher, je vais devenir folle! Mais je ne Le cherche pas, je Le fuis! C'est Lui qui me traque! A-t-Il fait ça avec Lucie Simone ? Suis-je sa prochaine victime ? J'ai dû démissionner, j'ai dû déménager, mais je sais qu'Il est là, je le sais, je le sens ! Il m'observe, et moi je Le fuis…

         Un jour, je marchais dans le square en face de chez moi. J'y ai vu une rose, sur un rosier qui n'était pas là la veille. Une rose écarlate. J'ai tenté de la cueillir. Ou plutôt, quelque chose me força à cueillir cette rose… cette même présence que j'avais sentie le soir du meurtre de Lucie Simone, et qui ne me quitte plus depuis… Les piquants de la rose m'ont fait saigner. Je ne sais pourquoi, mais j'ai eu envie de la ramener chez moi. Je l'ai mise dans un bocal, avec de l'eau. Jamais cette rose ne se fana.

         Il m'obsède. Je ne sais pas si j'ai peur qu'Il se désintéresse de moi, ou qu'au contraire Il s'intéresse trop à moi. Enfin… ce « Il » existe-t-il vraiment ? Peut-être suis-je folle. Peut-être n'avais-je pas les capacités requises pour m'occuper des morts. Peut-être que ce métier a brisé quelque chose en moi. Comme les rescapés de guerre. Après tout, je suis une fille peu sociable et le contact que j'ai la plupart du temps est avec des cadavres...alors, peut-être que cette vie quelque peu malsaine m'a rendue folle. Peut-être… Peut-être…

         Que je me berce d'illusions… Il est là. Il est avec moi et ne me quitte pas. Je crois faire des choses… mais en réalité c'est LUI qui fait ces choses… Il y a peu, j'avais l'impression qu'IL m'observait. Qu'IL me suivait, qu'il me traquait. Aujourd'hui, il n'en est plus question. Aujourd'hui IL s'est fondu en moi. IL est devenu moi. Ce n'est pas moi qui ai empoisonné la très belle femme devant qui je me trouve. Ce n'est pas moi qui l'ai égorgée après sa mort. Ce n'est pas moi qui ai mis une délicate rose écarlate dans sa bouche. C'est LUI. Il a juste utilisé mes mains…

Je levai la tête et écoutai le doux bruit des vagues qui s'écrasaient sur le flanc de la falaise.

         Lui et moi, nous ne partageons que le corps. Et l'amour du bord de mer…

 

FIN

Rédigée et illustrée par Gabrielle Daudey et Marianne Weirich en classe de 4e2

Collège Jean Monnet 10 Rue des Droits de l’Homme 33820 Saint Ciers sur Gironde.

 

Professeur d’Arts Plastiques : Mme LANNOT

Professeur de Français : Mme LACOMBE

La nouvelle fantastique par les 4ème5 : texte réalisé en français avec Mme Lacombe et couvertures faites en arts plastiques avec Mme Lannot.

Le Secret d’Elisabeth 

par Jade Mathie et Fanny Sella et illustrée par Hugo Rethore en classe de 4e5

          On devait être à plus de trois heures de route quand mon père m’annonça que l’on arrivait dans le village où mes parents avaient acheté une maison de maître datant du XVIIIe siècle. J’étais assez curieuse de voir mon nouveau chez moi. Après tout je n’avais vu cette bâtisse qu’en photo.

 « Alors Elisa, pas trop déçue de quitter la ville ? Me demanda mon père.

─ Non, pas trop, par contre quitter mon collège et mes amis c’est difficile.

─ Je suis sûre que tu vas t’y plaire et te faire de nouveaux amis,  à votre âge c’est tellement facile, renchérit ma mère. 

─ J’espère…, murmurai-je ».

          J’avais très envie de sortir de cette voiture, cela faisait plus de trois heures que j’étais assise avec un carton rempli de magnets sur mes genoux. Ma mère les collectionnait et en achetait partout où elle allait. C’était d’un ridicule…

         Mes parents considéraient que ce déménagement était une bonne chose parce qu’à la campagne on pourrait passer plus de temps ensemble. Personnellement je ne voyais pas le rapport entre passer du temps avec sa famille et habiter à la campagne.

         Perdue dans mes pensées tout en écoutant ma playlist sur mon MP3, je remarquai enfin  la façade de notre maison. Notre Mercedes noire s'engouffra dans une allée de graviers blancs bordée de sapinettes. Sur le côté, je pouvais apercevoir une magnifique terrasse en bois. La bâtisse quant à elle, me parut grande, très grande. La façade était éclairée par le soleil de l'après-midi et était recouverte d’une magnifique glycine. Je baissai la vitre de la voiture et je sentis les merveilleuses odeurs des rosiers et des arbres fruitiers. Une légère brise d'été soufflait. Dans les arbres les oiseaux chantaient une douce mélodie. La voiture s'arrêta et je me précipitai vers la maison. La porte d'entrée était surplombée d'un haut relief représentant des vignerons au travail. 

         En entrant, la première chose qui me figea sur place fut le portrait d'une jeune fille en robe de bal. Une bouche rose parfaite, des cheveux blonds qui ondulaient sur ses frêles épaules et puis surtout des yeux bleus mais fades sans vie qui exprimaient la  tristesse. Toutefois elle semblait me fixer. Un sentiment étrange commença à me saisir, un mal-être gagna mon corps. J’entrepris néanmoins de poursuivre la visite de ma nouvelle demeure. Au fur et à mesure que je montai les escaliers, marche après marche, mon angoisse grandissait. 

         Arrivée à l'étage, je traversai l'étroit couloir jusqu'à l'entrée de ce qui allait sûrement être ma chambre. La porte grinçait. Au centre de la pièce trônait un gigantesque lit à baldaquin, sur le côté une petite bibliothèque, et au fond de la pièce plongée dans l'obscurité, une grande armoire. Un meuble attira tout particulièrement mon attention, il s'agissait d'un petit secrétaire en bois. Je m'approchai. Chaque membre de mon corps tremblait. Du bout du doigt, j’en touchai le rebord. Quelle horrible sensation j'étais glacée, pétrifiée ! J'ouvris le tiroir et je découvris un petit carnet couvert de poussière. Toute tremblante et peu sûre de moi, je le pris. A son contact, une vague de froid m’envahit et me statufia sur place. Surprise, je le laissai tomber. Tout à coup, j’entendis crier mon prénom. Je sursautai mais ce n'était que ma mère qui m'appelait pour dîner. C’eut l’avantage de me faire sortir de ma transe.

         Quand je descendis de ma chambre une délicieuse odeur de pizza vint me chatouiller les narines.

 « Désolée ma chérie mais ce soir c’est pizza, je n’ai pas pu faire mieux. Le reste des meubles arrive seulement demain et j’étais trop fatiguée pour préparer quelque chose d’autre, me dit ma mère.

─ Tant mieux, murmurai-je ».

         J’aimais beaucoup ma mère mais la cuisine ce n’était pas son truc : elle en faisait toujours des tonnes et revisitait toujours tout ! Ce qui donnait parfois des associations bizarres… 

         Je m’assis sur une chaise de camping autour de la table en plastique et je pris une grosse part de pizza. Durant le repas, mes parents et moi parlions de mon nouveau collège, enfin c’était surtout mes parents qui parlaient, car moi je me sentais toujours angoissée et mal à l’aise dans cette grande maison. Je m’efforçai de ne rien laisser paraître. Jusqu’alors c’étaient les vacances d’été mais à partir de  la rentrée je serais en troisième, l’année du brevet ! Rien que d’y penser cela m’angoissait encore plus et je préférai me concentrer sur ma troisième part de pizza.

         Le repas terminé je remontai à toute vitesse faisant craquer cet horrible escalier qui grinçait au moindre mouvement. Quelle poisse ! Cette maison me fichait la frousse, et je n’avais aucune envie de jouer à l’exploratrice ici, et encore moins de m’aventurer dans le grenier. Je m’imaginais même y trouver un cadavre ! Brrrrh ! 

         Bien qu’elle soit glaciale, je courus dans ma chambre pour pouvoir m’y réfugier, mais je commençai à trembler. Je m’affalai sur mon lit et me glissai sous la couverture. Tout à coup je sentis une vibration : « Voilà que la baraque s’écroule ! pensai-je, il ne manquait  plus que ça ! » La vibration se fit sentir de plus belle. Effrayée, je regardai partout autour de moi et c’est alors que je vis ma petite table de chevet bouger. J’essayai de la retenir pour voir quelle était la cause de cette vibration. Là, en la poussant, je vis le petit carnet m'attirer. En voulant l'attraper, je vis qu'il était ouvert à la première page, écrit d'une jolie écriture, et je lus : « Elizabeth Saint-Germain ». Malgré une violente douleur à l'estomac, je me mis à lire...

 « Lundi 17 Avril 1791

Cher journal, 

         J'ai mal à l'âme, j'ai mal au corps. J'ai envie d'hurler de colère, de tristesse, de douleur. Ses coups me font tellement mal, si mal au cœur. Mon corps n'est qu'une enveloppe vide, je déteste mon père. Depuis que maman n'est plus de ce monde, je suis son souffre-douleur. J'ai mal. Il me frappe toujours plus fort quoi que je fasse, quoi que je dise … Que vais-je devenir ? Rien, poussière, disparaître. Mourir ? Oui, je veux partir. »

          Je cessai de lire net ! Je n'en pouvais plus. Mon cœur battait la chamade, mon corps entier tremblait. Je me surpris à pleurer, j'avais de plus en plus mal partout. J’avais l’impression de l’entendre hurler dans ma tête : « Aide-moi !». Soudain je reçus un coup violent à la mâchoire, puis un autre dans le ventre. Je poussai un cri de douleur : mais que m'arrivait-il ? Ressentais-je  toute la douleur qu'avait pu ressentir Elizabeth ? Un nouveau coup sur mon visage ! J'essayai alors de me protéger avec mes mains. Soudain je sentis quelque chose couler sur mes doigts. Je baissai les yeux et je vis du sang ! Je voulais partir, m'enfuir loin, loin de ces coups et de ces mots qui me transperçaient le corps comme une longue lame froide. J'essayai alors de me débattre. Contre qui ? Contre quoi ? Mon imagination ?  Je n'en savais rien, mais chaque membre de mon corps me faisait souffrir ! Je ne contrôlais rien, alors je criai de toutes mes forces, hurlai pour que l'on vienne à mon secours. Quand soudain j’entendis des pas lourds et rapides dans les escaliers.  Mes parents entrèrent  en trombe dans ma chambre.

 « Elisa, mais que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui te prend ? demanda ma mère.

Maman, suffoquai-je, c’est horrible quelque chose m’a frappée j’ai mal, regarde je saigne. Je leurs montrai mon tee-shirt mais il n’y avait aucune trace de sang. Je n’y comprenais rien. Avais-je rêvé ? Non, impossible le coup que j’avais ressenti à la mâchoire était violent.  

Mais il n’y a pas de sang, mais enfin, de quelle fille parles-tu ? 

Mais Elisabeth, celle du tableau ! 

Si c’est ce fichu tableau qui te met dans cet état, je m’en vais l’ôter tout de suite, renchérit mon père. Allez viens que je t’embrasse, le voyage a dû te fatiguer plus que je ne le pensais ».

 Mon père s’approcha pour me consoler, me prit par le menton, fit pivoter ma tête et me demanda : 

 « Que s’est-il passé ? » 

 Je le regardais étonnée.

« Euh ben je lisais quand … 

Non ! Je ne parle pas de ça, mais du bleu que tu as sur la mâchoire, comment t’es-tu fait ça ? 

Je vous le dis c’est la fille ! »

Découragés, mes parents me haussèrent le ton :

« Bon Elisa, ça suffit maintenant, tu as dû te cogner, en criant et en gesticulant comme une folle ! Ressaisis-toi et va au lit ! »

          Tout en disant ces mots ma mère me prit dans ses bras comme pour consoler un enfant de quatre ans. Je tremblais, j’étais bouleversée. Comment cela se faisait que ma mère n’avait pas vu le sang sur mon tee-shirt, était-ce mon imagination ? Je baissai les yeux, aucune tache rouge n’avait maculé mon haut bleu. Comment ? Il me semblait pourtant avoir vu du sang … Peu à peu, doucement, très lentement, je me levais en m’appuyant sur le bord du bureau, comme si j’avais peur de tomber ou que mes jambes ne me portent plus… Mes yeux regardaient partout frénétiquement, il me semblait que je pouvais voir surgir à tout moment le bourreau  d’Elisabeth…. Je sortis de ma chambre, et me dirigeai vers la salle de bain, ma mère était déjà en bas, je l’entendais qui ronchonnait. Je me regardais dans le miroir, mes cheveux noirs dégoulinaient de sueur et mes yeux étaient rougis, et je ressemblais effectivement à une folle. J’ouvris le robinet, et je restai là, à écouter l’eau couler  sur le lavabo… Enfin, je me décidai à me passer de l’eau sur le visage. Elle ruisselait sur ma peau et se mélangeait à mes larmes. Je me mis en pyjama, et allai me coucher, toujours fébrile. Je me rendis compte que j’avais oublié de parler  de ce maudit carnet à mes parents. Où était-il d’ailleurs ? Je me penchai pour voir s’il était par terre. Introuvable ! Fatiguée de  devoir encore trouver une explication rationnelle à tout ça,  je me forçais à fermer les yeux. 

         Le lendemain, je n’avais pas vu passer la journée. Quand je regardai la pendule, elle indiquait seize heures. Après avoir pris un délicieux déjeuner, j’avais aidé ma mère à installer les meubles dans la maison. Ensuite nous avions préparé un repas pour mon père qu’il avait pris sur le pouce tant il avait à faire. Quand j’eus fini mon assiette je les laissai, et je montai dans ma chambre. 

         Je n’avais pas encore défait les nombreux cartons qui avaient été déposés dans la pièce et dans lesquels étaient rangées mes affaires. Je passai plusieurs heures à tout déballer et je finissais de vider le dernier carton, quand je retrouvai ma belle robe de soirée rose pâle. Je l’avais complètement oubliée. Je la rangeai dans mon armoire, quand quelque chose attira mon attention. Le maudit carnet était là, ouvert, il m’attirait irrésistiblement. Je ne pus en rester là, je le saisis et commençai ma lecture.

«  Mardi 20 Mai 1791

Cher journal,

         La douleur est insupportable, il me roue de coup, il frappe encore et toujours plus fort ! Avant je pensais que cela passerait mais non… j’ai mal, tellement mal ! Chaque jour la mort m’appelle, mon corps n’est plus qu’une coquille vide, mon âme n’y vit plus depuis des semaines. Mère, j’ai tenu jusque-là mais je ne peux plus, mon père est mort avec vous cette nuit-là. Il n’y a plus en lui que le bourreau, le monstre horrible qu’il est aujourd’hui, il n’est pas mon père, il n’est plus mon père. Là il me gifle, là il me frappe quoique je dise,  quoique je fasse. Ce matin si Georges notre vieux domestique n’était pas intervenu, il m’aurait assaillie de coups jusqu’à la mort ! Je l’aimais, je vous aimais tellement, je ne veux plus vivre…Un jour vous m’aviez dit que c’était un homme bon, le meilleur que vous n’ayez jamais rencontré. Eh bien cet homme est mort ! L’amour que vous éprouviez pour lui l’a tué ! Je dois vous laisser, s’il apprend que je ne dors pas, il va me battre…Bonne nuit… »

         Des larmes coulaient sur mes joues…ce qu’avait vécu cette jeune fille était horrible…Mes paupières se firent lourdes comme si le sommeil m’appelait, pourtant il n’était pas plus de dix-huit heures. Je m’allongeai sur mon lit et m’endormis pour rejoindre le monde bienveillant des rêves..

          Bip ! Bip ! Bip ! Mon réveil sonna, j’ouvris les yeux et regardai l’heure : neuf heures. Je soupirai. Etrangement après les événements de l’avant-veille, j’avais bien dormi et je me réveillai  sereine. Quelques rayons de soleil traversaient mes volets clos. Des ombres dansaient sur mes murs, et le chant des oiseaux me parvenait, telle une douce mélodie. J’éprouvais une sensation de bien-être et de plénitude, la journée s’annonçait bonne. J’avais certes toujours mal à l’estomac mais cette fois-ci c’était à cause de la faim. Je voulus descendre en pyjama pas lavée, pas peignée, mais je me ravisai et filai dans la salle de bain. Je pris une douche rapide, me brossai les cheveux sans même prendre le temps de les sécher, et ajoutai une touche de parfum. Je retournai dans ma chambre, fouillai dans un carton et pris les premiers habits que je trouvai c’est-à-dire un jean et un vieux tee-shirt délavé. Je descendis pour le petit déjeuner. J’empruntai les escaliers tranquillement ce qui ne les empêcha pas de couiner, et tout en descendant les marches je remarquai avec soulagement que mon père avait tenu parole en enlevant ce  maudit tableau. 

         Je sentis l’odeur de la fleur d’oranger qui me chatouillait les narines ce qui signifiait que  ma mère faisait des crêpes. Elle avait dû se lever aux aurores pour se mettre aux fourneaux, mais pour une fois cela tombait bien parce que j’étais affamée.  J’espérais qu’elle avait acheté de la confiture de cerises noires, ma préférée. Décidément je me sentais heureuse et me surprenais même à apprécier le couinement que faisaient mes pas sur le parquet. J’arrivai au rez-de-chaussée, et poussai la porte de la cuisine.  Ma mère était appuyée contre l’évier et semblait  parler toute seule. Lorsqu’elle me vit, elle dit : 

         « Bonjour ma chérie, ça va mieux ? Tu m’as fait une drôle d’impression hier soir. Installe-toi. » 

          Je me sentis honteuse, et baissai machinalement les yeux, tout en me dirigeant vers la table. C’est alors que je le vis : le petit carnet était posé là, devant moi ! Non ! Comment était-ce possible ? Mon angoisse reprit, j’étais de nouveau transie de peur. J’entendis vaguement ma mère me présenter quelqu’un, comme en fond sonore. 

 

         « Je te présente, Elisabeth, notre voisine. C’est formidable vous avez le même âge, je suis sûre que vous allez devenir de très bonnes amies. »

 

FIN

 

Rédigée par Jade Mathie et Fanny Sella et illustrée par Hugo Rethore en classe de 4e5


Collège Jean Monnet 10 Rue des Droits de l’Homme 33820 Saint Ciers sur Gironde.

Professeur d’Arts Plastiques : Mme LANNOT

Professeur de Français : Mme LACOMBE

La nouvelle fantastique par les 4ème1 : texte réalisé en français avec Mme Bécret.

LE MASQUE

Manon Vergez, Charlène Forget, Hugo Jeanneau

 

      Il y a une semaine, un ami m'a invité à faire quatre jours de camping sauvage avec lui. Aujourd'hui, c'est le dernier jour, et comme tous les soirs, nous nous racontons nos pires frayeurs auprès du feu. C'est à mon tour :

         « Cela s'est déroulé l'année dernière, le jour d'Halloween. J'habitais à Bordeaux, près de la place de la Bourse. Il y avait beaucoup de brouillard. Ce soir-là, la nuit était très sombre et l'atmosphère pesante. Alors que je regardais le film d'horreur « Scream », confortablement installé dans mon canapé,  quelqu'un vint sonner chez moi. C'était un homme au physique étrange. Il était grand, portait un horrible masque blanc, son corps était difforme. Il semblait crier mais aucun son ne sortait de sa bouche ! Ses yeux paraissaient vides. Il me fixait sans dire un mot.

            Tout à coup, un cri strident retentit. Par peur, je fermai brusquement la porte. Je retournai à mon film d'horreur que j'avais mis sur pause le  temps de cette horrible rencontre. Je n'arrivai plus à me concentrer, je me posais trop de questions sur cette étrange personne. Qui était-il ? Le connaissais-je ? Pourquoi était-il venu sonner chez moi ? En essayant de me concentrer à nouveau sur mon film, je m'aperçus que le personnage principal portait le même masque que l'homme qui était venu frapper à ma porte. Cela devait être une coïncidence : il devait s'être déguisé avec les mêmes vêtements pour Halloween ! Pour me remettre de mes émotions, j'allai me rincer le visage avec de l'eau et quand je me relevai, tu ne me croiras jamais, mais je crus voir dans le reflet de ma fenêtre, le corps de cette étrange personne. Je me retournai violemment mais il avait disparu ! J'essayai de me résonner en me préparant mon repas préféré : une soupe bien chaude. Alors que je savourais une dernière cuillère de ce délicieux potage aux légumes, je crus apercevoir la tête de ce monstre au fond de mon bol. J'étais paralysé de peur. Pour me débarrasser une bonne fois pour toute de ce monstrueux visage qui commençait sérieusement à me terrifier, je jetai mon bol à la poubelle. J'étais horrifié par tous ces événements. Je décidai d'aller me coucher : mon imagination semblait me jouer des tours, j'avais besoin de repos ! Mais je n'arrivais pas à dormir. Le vent de la nuit faisait claquer mes volets, la lune cachée par les nuages projetait des ombres étranges sur les murs de ma chambre. Tout à coup,  il me sembla entendre bouger une présence invisible. Mon sang se glaça. Puis je n'entendis plus rien sauf le vent qui faisait rage dehors. Je me tournais dans un sens puis dans l'autre jusqu'à trois heures du matin. Des sons hideux venaient du dehors, et c'est à ce moment qu'il apparut devant moi ! Qu'attendait-il ? Il semblait vouloir me hanter… Pour échapper à cette vision d'horreur, je me cachai sous la couette, toujours tremblant de peur. Épuisé de fatigue, je finis par m'endormir.

 

         Le lendemain, encore choqué par les événements étranges qui s'abattaient sur moi, je décidai de reprendre mes esprits et d'oublier ces hallucinations.  Je me préparai donc à reprendre mon quotidien et mes fonctions de postier.  Alors que la journée s'était passée normalement, en fin d'après-midi une vieille femme me demanda un paquet de timbres. A ce moment, je perdis l'équilibre et tombai de ma chaise, je venais de voir que le visage de Marianne s'était métamorphosé en celui de Scream ! Je le voyais puis il disparaissait, réapparaissait au bout de quelques minutes puis s'effaçait subitement. Pourquoi le voyais-je ? Était-ce seulement mon imagination ?

          Le soir, alors que j'essayai de me changer les idées devant une bonne comédie, ma porte s'ouvrit violemment et il apparut. Que devais-je faire ? Devais-je m'enfuir, rester sur place ou aller lui parler ? Tout se mélangeait dans ma tête ! Pouvait-il me faire de mal ? Je pris mon courage à deux mains et décidai d'aller le voir. Par peur, j'avançai vers lui très lentement.

« Que me veux-tu ?

- …                                                                                                                                     

- Pourquoi me suis-tu ?

- … »

Je fermai les yeux pour calmer mon angoisse. Quand je les rouvris, il n'était plus là. Je fis un tour sur moi-même en le cherchant du regard. Personne. Je partis me coucher. J'entrai dans ma chambre et je crus apercevoir un sigle étrange se refléter sur le mur : « L.M.E.P ». Malgré mon angoisse grandissante, je cherchais à me raisonner. Il devait y avoir une explication à tous ces récents phénomènes.  Les médicaments que je prenais pour soigner mes phobies ne devaient plus être efficaces. Il était temps que je retourne consulter mon psychiatre au plus vite !

     Le lendemain matin, telle ne fut pas ma surprise quand je découvris que le journal Sud-Ouest consacrait un article sur les dégradations des murs de la ville tous recouverts dans la nuit des initiales : « L.M.E.P ». Cela pouvait-il expliquer ma vision de la veille ? J'étais perdu. Mes nerfs commencèrent à lâcher, je fondis en larmes. Tout à coup, j'aperçus un papier au sol près de mon fauteuil. Pourquoi ne l'avais-je pas vu plus tôt ? Je le saisis et le dépliai avec rage.  Il y était écrit : « Pourquoi pleures-tu ? ». Je ne pus me retenir plus longtemps, et je me mis à crier si fort que je perdis ma voix. Qui était l'auteur de ce message ? Etait-ce encore ce fantôme qui me poursuivait ?Trop de questions se bousculaient en moi, je sentis ma tête tourner puis mon corps tomber sans que je ne puisse rien faire…

          Lorsque je me réveillai, j'étais à l'hôpital. Cinq infirmières étaient autour de moi. Je les entendais vaguement se parler mais une phrase résonnait dans ma tête : « La Mort Est Proche ... » « C'est ça ! » répétais-je en criant. Je distinguais un médecin qui s'approchait, il me fit une piqûre et je me rendormis.

          Je passais ainsi une semaine à l'hôpital sans voir cet horrible monstre  qui me suivait depuis plusieurs jours. Je sortis une semaine plus tard, avec un prescription de calmants.

          Chez moi, je ne pus m'empêcher d'inspecter les lieux mais il n'y avait aucune trace de la créature.  J'accourus dans ma chambre, la gravure avait disparu. Etais-je fou ? Plusieurs semaines s'écoulèrent sans aucun signe de sa part. Était-il parti ? Non. J’étais sûr qu’il était toujours là ! Je le sentais ! Soudain, les initiales L.M.E.P réapparurent et je me souvins de la phrase qui résonnait dans ma tête lorsque j’étais sur le brancard « La Mort Est Proche… » Que me voulait-il ? ! Qu’avais-je de plus que les autres ? Pourquoi la mort serait-elle proche ? Devais-je le croire ou l’ignorer ?

          Pendant quatre ou cinq jours, il ne se manifesta pas. Attendait-il que je l’oublie pour me prendre par surprise ? Si c’était le cas, son plan ne marcherait pas. Je ferais en sorte de penser à lui chaque jour. A moins qu' au contraire, son plan était de disparaître pour que je pense à lui et que je redoute son retour ? Que faire ? Je préférai reprendre le cours de ma vie comme s' il ne s’était jamais rien passé. Le dimanche, mon jour de repos, j’en profiterais pour passer du bon temps avec un de mes amis. Je les appelai tour à tour mais aucun ne répondit. J’avais seulement besoin de parler à quelqu’un. A mon médecin ? Non, il me renverrait dans un hôpital psychiatrique. J’allais frapper chez les voisins lorsque je vis un mot sur leur porte. Il était écrit : « Tu as besoin de parler ? » . Je me retournai et je le vis ! Je fermai les yeux en espérant que, comme d’habitude, il disparaisse. Je les rouvris alors qu'un cri strident et effroyable sortait de sa bouche. Je courus chez moi pour m’enfermer à double tour.

          Cela faisait bientôt une heure que j’étais en boule dans mon lit. Pourtant, il n’était que dix-sept heures. Quelque chose me tracassait, j’avais couru tout droit, et il était face à moi. L’avais-je transpercé ? Était-ce un fantôme ?

               Le lundi, j’arrivais au travail avec une demi-heure d’avance. Cela me faisait du bien de voir du monde. Quelques minutes plus tard, je fus convoqué dans le bureau de mon supérieur :

« Qu’avez-vous en ce moment ? 

-Comment ça ?

-Vous êtes tout blanc, vous avez de gros cernes… Quelque chose ne va pas ? »

Je ne savais pas quoi répondre. Devais-je lui dire ? Me prendrait-il pour un fou ?

« Avez-vous besoin de repos ?

-Non ! Non je préfère travailler.

-Vous en êtes sûr ?

-Absolument

-Je vous préviens, si vous n’êtes pas plus efficace et accueillant avec nos clients, je n’hésiterais pas à vous remplacer. »

          En rentrant chez moi, je mourrai de faim ! Cela faisait presque trois jours que je ne mangeais plus. J’avais perdu six kilos ! Comme mon frigo était vide, je partis faire mes courses. Une fois devant la caisse, je me rendis compte que la dame face à moi avait le visage qui se déformait et … tu ne me croiras jamais mais elle s’était totalement transformée en Scream : le personnage principal du film que je regardais quelques jours plus tôt. J’eus si peur que j’en oubliai ma faim et je me mis à hurler en courant tête baissée vers ma maison sans prendre les courses.  

 Le jour suivant, alors que je sortais de la douche je découvris dans mon miroir… que sa tête avait remplacé la mienne ! Soudain la glace se brisa et en me retournant je le vis, lui, celui qui me faisait vivre un enfer, un réel cauchemar. La panique me prit ! Je courus le plus vite possible pour me réfugier loin de ce démon, de ce monstre, de ce diable, de cette étrange et horrible créature. Mais au fur et à mesure que je courais, il apparaissait devant moi. Mon cœur battait aussi vite que le roulement d'un tambour. Je me dirigeai vers le pont de pierre sur lequel je m’arrêtai pour reprendre mon souffle. Tout à coup, il surgit derrière moi et mit lentement une de ses mains sur mon épaule. J'étais pétrifié et j'étouffais un sanglot. Comprenant que je ne me débarrasserai jamais de lui, et ne voulant pas qu'il me hante jusqu'à la fin de mes jours, je décidai de vivre mes derniers instants sur ce pont, et je sautai...

          Alors que je tombais, le monde devint vague, flou, noir puis je n'y vis plus rien. Je me réveillai en sursaut en m'apercevant que depuis le début, ce n'était qu'un horrible cauchemar. J'étais allongé sur mon canapé, la télévision était allumée. Le générique de Scream prenait fin. De grosses gouttes de sueur dégoulinaient  le long de mes tempes. Pour les essuyer, j'allai dans ma salle de bain et… non, je n'ose le dire… mon miroir était  brisé ! ...

 

                                 Manon Vergez, Charlène Forget, Hugo Jeanneau

                                 4ème 1 Collège Jean Monnet à Saint-Ciers-Sur-Gironde

La nouvelle fantastique par les 4ème4 : texte réalisé en français avec Mme Bécret et couvertures faites en arts plastiques avec Mme Lannot.

L’écran

Christina Burgaud et Léo Torres

  

          Un samedi soir de Juillet alors que j’étais seule dans mon appartement, Place de la Bourse à Bordeaux, je me mis à regarder le programme de mon cinéma préféré : Le grand Mégarama ! Ce soir-là, au cinéma, étaient diffusés : Les Misérables  ( je me souvenais avoir lu ce roman de Victor Hugo lorsque j’étais en quatrième or il m’avait paru bien long et triste ! ) ; Les Contes d’Hoffman ( je l’avais visionné au collège et j’avais dormi durant tout le film tant il était ennuyeux ! ) ; Oui Oui ( celui-ci n’était pas du tout adapté à mon âge ! )

        Soudain, je découvris que le célèbre film Jurassic World était disponible en avant-première le soir-même à vingt heures. Alors je pris mon sac à main, et courus jusqu’à la première station de tramway. Il faisait un froid glacial et il pleuvait des cordes ! J’allais au distributeur de tickets pour récupérer mon pass tramway. Les portes coulissantes s’ouvrirent et je pénétrai dans le tram. Il n’y avait plus de sièges disponibles, alors je m’agrippai à la barre de fer, les gens me dévisageaient. Etait-ce parce que j'étais trempé ? Je regrettai d'avoir oublié mon parapluie. Je me sentais mal à l’aise alors je descendis du tramway plus tôt que prévu et continuai mon chemin à pied, malgré le  mauvais temps.                            


          Une fois arrivée Quai des Queyries, je ne pus m’empêcher de regarder à travers la vitrine d’un magasin de chaussures. 3300 euros la paire d’escarpins rouges en peau de crocodile ! Ils ne s’embêtaient pas, mais pourtant elles étaient magnifiques.  Je passai mon chemin puisque les trois mille trois cent euros je ne les possédais pas !   Et puis, j'avais envie d'aller me mettre à l'abri.

 

       Soudain, tous les lampadaires de la rue s’éteignirent, alors je me précipitai vers le cinéma, dans la pénombre. Une fois entrée à l’intérieur, une sensation étrange m’envahit, les ampoules clignotaient au-dessus de ma tête. Je m’avançai vers le guichet, la dame d’habitude si gentille avait une tête d’enterrement. Elle m’annonça le tarif de la séance qui s’élevait à dix euros, je sortis ma carte bleue et réglai la somme. Je pris mon ticket, puis me dirigeai vers la salle de projection. Dans la salle j’étais seule, ce qui me parut étonnant pour une avant-première mais je pensai que, par ce temps maussade, les gens avaient préféré rester au chaud chez eux ! Le film débuta, je regardai ma montre, elle s’était soudain bloquée sur 19h30.  Il faudrait que je l’amène chez le bijoutier le lendemain !

 

       Tout à coup, alors que je commençais tout juste à me détendre, il me sembla être aspirée par l’écran. Je me retrouvai face à un mur dans un environnement hostile… Je ne comprenais point ce qu’il m’arrivait : j’étais dans une salle de cinéma et je me retrouvai soudain dans une forêt que je ne connaissais pas ! J’avais assisté à quelques cours de botanique ancienne au lycée, et j’étais formelle, ces variétés d’arbres et de plantes avaient disparu depuis la période du Jurassique.                                                                                                                                                                        

       La peur me saisit lorsque j’entendis un cri d’animal. Le sol trembla comme lors d’un séisme: par précaution je me cachai sous une voiture bleue et grise. Soudain,  je crus entendre des hurlements  mais cette fois-ci ils provenaient d’une espèce humanoïde.    

                                                                                                               

      Une terreur immense s’empara de moi, il me sembla voir de gigantesques griffes noires. Oh non je ne peux pas vous raconter la suite, vous ne me croiriez pas ! La créature saisit l’humanoïde, dans ses griffes, et le dévora ! Alors je pris mes jambes à mon cou et courut vers la forêt. Soudain je me sentis paralysée, je ne pouvais plus bouger. La créature se trouvait face à moi : elle ressemblait à un dinosaure carnivore. Le reptile mesurait environ dix mètres de haut, avec des piquants sur tout le corps, il avait deux mains munies de quatre doigts, de longues dents semblables à des couteaux de cuisine et  de grands yeux rouges effrayants. Tout à coup, le dinosaure me saisit dans ses immenses griffes acérées. Et c’est alors que je crus sentir au niveau du bras une guêpe me piquer…           

                                                                                   

       Je me réveillai en sursaut dans la salle de cinéma, rien n’avait bougé et ma montre s'était remise en marche. J’étais essoufflée, j’avais eu tellement peur. Il s’agissait  sans doute d’un cauchemar, mais pourtant ce que je venais de vivre paraissait si réel ! Je me souvenais de tous les détails, moi qui d’habitude  oubliais le contenu de mes rêves dès mon réveil ! Etais-je folle ? Ou peut-être, comme disait ma mère, avais-je été le jouet de mon imagination débordante ? Je ne savais pas quoi penser,  j’étais perturbée et j’avais peur. Pourtant, je préférais m’en tenir à des explications rationnelles ! Bon après tout, il ne fallait pas chercher midi à quatorze heure : j’avais seulement été victime d’un malheureux cauchemar ! Il était temps de me reconcentrer  sur le film, si je ne voulais pas en perdre le fil.

 

   Cependant,  j’eus à peine le temps de reprendre mes esprits que j’étais déjà reparti dans cet environnement hostile. La créature m’avait lâchée, je courus le plus rapidement possible vers la lisière de la forêt. Une fois dans la jungle, je m’arrêtai pour reprendre mon souffle… Mais la créature me coursait encore alors je grimpai sur l’arbre le plus proche, il était très haut. Une fois au sommet de l’arbre, j’eus une vue exceptionnelle sur l’environnement qui m’entourait, c’était immense ! Je distinguai la forêt et des enclos à perte de vue… Je crus apercevoir au loin, des dinosaures qui se désaltéraient dans le courant d’une eau pure. Un bruit me fit sursauter, je baissai les yeux, cinq petits dinosaures m’entouraient, ils étaient loin d’être inoffensifs : je crus que c’étaient des vélociraptors, l’une des espèces de dinosaures les plus dangereuses. Mais quelle folle j’étais, des petits dinosaures maintenant… Les vélociraptors tentaient de grimper à l’arbre lorsque l’un d’eux me griffa la jambe ! J’étais prise au piège, ces animaux étaient dotés d’une intelligence hors norme,  ils me traqueraient pendant une semaine s’il le fallait. Leurs dents acérées et aiguisées me faisaient froid dans le dos. Ils étaient d’un vert sombre et inquiétant, ils avaient un regard profond et perfide. Je levai les yeux au ciel, il me sembla voir des oiseaux géants au-dessus de ma tête. Oh non, c’était des ptéranodons, des oiseaux carnivores, une espèce très dangereuse, ils étaient de couleur sombre. J’étais piégée des deux côtés, si je restais là où j’étais, j’allais finir dans le bec d’un ptéranodon et si je descendais de l’arbre je finirais entre les crocs des vélociraptors. Je n’eus pas le temps de prendre une décision, un ptéranodon m’avait attrapée par mon pull puis, sans le vouloir il me lâcha ! Je fis une chute de trente mètres, j’aperçus les vélociraptors qui se rapprochaient dangereusement de moi, ils attendaient leur festin avec impatience ! Je fermai les yeux et serrai les dents…

 

      Je me réveillai en pleurs, je criais, j’étais dans tous mes états ! J’étais effrayée, mon cœur battait très fort ! Il me semblait que j’allais mourir ! Etait-ce un nouveau cauchemar ? Etais-je folle ? Je n’en pouvais plus ! C’est vrai que j’étais fatiguée, et que depuis quelques jours j’avais un sommeil agité… Je ne me souvenais d’aucun passage du film, je m’étais sans doute assoupie, et ces horribles cauchemars m’avaient réveillé. Il ressemblait d’ailleurs au décor du film « Jurassic World » … Un cauchemar ? De la folie ? Ou peut-être un peu des deux. En tout cas ce qui était sûr,  c’était que j’avais soif alors je me levai pour aller à l’accueil du cinéma. La dame était toujours aussi peu aimable… Pendant qu’elle me servait un verre d’eau les lumières clignotèrent à nouveau au-dessus de moi. Je récupérai le verre que me tendait la dame. Je tremblai à l’idée de retourner dans cette maudite salle ! Cet endroit représentait une angoisse pour moi désormais. Je n’osais pas rentrer ! Je craignais la venue d’un nouveau cauchemar ! La dame de l’accueil me demanda s’il y avait un problème, alors pour ne pas paraitre folle je pris la décision de franchir le seuil de la porte. Je me dirigeais vers mon siège…

                                    

       Tout à coup, je crus à nouveau être propulsée vers l’écran. Je me retrouvai sur un pont, il était long et gris. Ce paysage ressemblait comme deux gouttes d’eau au paysage du film que j’étais en train de regarder ! Etais-je en train d’imaginer la suite du film ? J’étais effrayée car le pont était très haut et j’avais peur du vide. Soudain je crus entendre un bruit de moteur, je me retournai et j’aperçus face à moi un train qui arrivait à toute vitesse. Je pris la décision immédiate de sauter. J’atterris dans l’eau, sous l’eau je vis une grosse silhouette qui avançait sur moi à une vitesse folle. Je tentais de nager lorsque mon corps me lâcha : je coulai vers le fond.  Que se passait-il ? Je ne pouvais plus respirer, terrorisée par cette immense créature marine, trois fois plus imposante que le dinosaure que j’avais vu auparavant. Non je ne rêvais pas ! Mon corps me faisait tant souffrir… Pour moi c’en était fini, plus rien ne me rattachait à la vie. Les mâchoires de la créature s’ouvrirent et…     

                                                                                                     

       Je me réveillai inconsciente dans la salle de cinéma, j’étais trempée. Un verre d’eau brisé se trouvait près de moi. Je sortis du cinéma : il ne pleuvait plus ! Je repris le chemin de mon appartement.  Je me rendis vers la station de tramway la plus proche. Une fois sur place, je pris la décision de poursuivre à pied car j’avais besoin de réfléchir. Je me sentais troublée et vidée de mon énergie, c’était une sensation étrange. J’entendis une voiture klaxonnée derrière moi, oh mince j’étais tellement fatiguée que je marchais sur la route sans m’en rendre compte. Je me déplaçais sur le trottoir, et je marchais ainsi, hagard,  pendant une bonne heure… Désormais arrivée devant mon immeuble, je passai mon badge sur la borne, la porte du sas d’entrée s’ouvrit. J’empruntai l’ascenseur, qui me parut mettre beaucoup plus de temps que d’habitude à me hisser au 13ème étage de l’immeuble. J’arrivais devant ma porte, je tournais la clé dans la serrure… Une fois chez moi, je m’allongeai sur mon lit… Je me remémorai alors ce que je venais de vivre. J’essayai de me calmer et de comprendre raisonnablement ce qui avait bien pu se passer. Je m’étais sans doute endormie, et j’avais rêvée pendant la totalité de la projection ! Epuisée par tant d’émotions contradictoires, je m’écroulai sur mon lit.

    Le lendemain,  je me réveillai après une nuit agitée avec d’immenses courbatures comme si j’avais vécu une grande aventure. En prenant ma douche, j’aperçus un filet de sang qui coulait sur mon corps et dans le miroir de la salle de bain je découvris une longue cicatrice sur mon dos. Sur mon avant-bras, je vis nettement une piqûre de guêpe…