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Ciné sans frontières

Depuis plusieurs années, la section russe du Lycée Grand Air  travaille en partenariat avec l'association "Ciné sans frontières" afin de faire venir et présenter au moins un film russe par an à Arcachon. Depuis 2015 nous sommes aidés par l'Association «Centre des Festivals France-Russie» .

En 2012, nous avons pu voir "Partition inachevée pour piano mécanique" de Nikita Mikhalkov.

En 2013, "Soleil trompeur" du même réalisateur.

En 2015, "La brigade de propoagande "Tue l'ennemi!" de Vitaly Melnikov nous a fait voyager en Sibérie dans les années 40.

En 2016, dans le cadre de notre travail de découverte des grands écrivains russes, nous présenterons une écranisation du "Conte du Tsar Saltane" du grand poète Alexandre Pouchkine.

"Soleil trompeur" au festival "Ciné sans frontières" 2013.

Mitia (Oleg Menchikov) révèle ses véritables sentiments au colonel Kotov (Nikita Mikhalkov) qu'il est venu arrêter sur ordre du NKVD.

L'année dernière (2011-2012) nous avions étudié la période de la Perestroïka (1985-1991) à partir de documents iconographiques.

Cette année nous abordons une période noire de l'histoire de la Russie et de l'URSS : les années de la terreur Stalinienne (1936-1938). Notre point de départ : le magnifique film "Soleil trompeur" de Nikita Mikhalkov.

Les élèves ont eu des documents à lire avant de voir le film. Le mardi 9 avril les élèves de russe, accompagnés de 3 classes de premières L, S et ES, se sont rendus au cinéma Gérard Philipe de Gujan-Mestras (La Hume).

Mme Massicot a présenté le film aux élèves et aux spectateurs extérieurs qui étaient venus dans le cadre du festival. Le thème de réflexion préparé par les professeurs de russe et d'histoire était "repérer dans le film les signes qui montrent qu'on est dans un Etat totalitaire".

Après la projection, une courte discussion a permis de préciser certains points du film que les élèves n'avaient pas compris.

Les élèves de russe ont eu  ensuite un court devoir à rédiger en français, afin de vérifier leurs connaissances au sujet du totalitarisme en général, de replacer le film dans ce contexte, et en particulier de réfléchir aux différences entre le système répressif stalinien et celui du nazisme.

A noter : Ce film a fait partie des documents présentés par les élèves de terminale lors des épreuves orales de russe LV3 qui ont eu lieu fin mai 2013. En effet, un de leur thème d'étude cette année était "Les répressions staliniennes et le culte de la personnalité comme exemples d'un régime totalitaire".

Comme nous sommes en LV3, il ne s'agit pas de faire une dissertation sur le thème, mais simplement de rendre compte des documents étudiés dans l'année (texte, film, affiches de propagande de l'époque...) avec le vocabulaire vu en classe.

Vous pourrez retrouver dans la section "documents" tous les documents distribués au élèves avant et après le film (quand j'aurai trouvé le temps de les y mettre:-) Cà y est, elles sont là.

"Partition inachevée pour piano mécanique" : Un titre énigmatique pour un film très achevé.


Nikita Mikhalkov joue le rôle de Nicolas Triletsky, médecin sans vocation.
Le petit Petenka

Dans le cadre du festival "Ciné sans frontières" de Gujan-Mestras, les festivaliers, dont quelques élèves du Lycée Grand Air, on pu voir le film de Nikita Maikhalkov : "Partition Inachevée pour piano mécanique" ( "неоконченная пьеса для механического пианино").

Malheureusement des problèmes techniques (copie ancienne, qualité de l'image et du son) ne nous ont pas permis de goûter ce film à sa juste valeur...

Voici un article écrit à l'occasion de cette projection.

Avec «Partition inachevée...», Ciné sans frontières vous invite à un voyage poétique dans l'espace et dans le temps : à plus de 4000 kilomètres du Bassin d'Arcachon, sur les bords de la rivière Oka, et plus de 100 ans en arrière. «Dabro pajalovats!», Bienvenue dans la Russie profonde de la fin du XIXème siècle.


Un mot sur le réalisateur. Nikita Mikhalkov, frère du réalisateur Mikhalkov-Kontchalovsky et fils du poète Mikhalkov, est plus connu en France par ses films «Soleil trompeur» et «Le barbier de Sibérie».
Pour ce film sorti en Russie en 1977, il a partagé avec son co-scénariste Adabachian un mois de rédaction à quatre mains du scenario. Un mois de travail intensif, placé sous le signe des pièces et nouvelles de Tchekhov, la seule lecture qu'ils s'étaient autorisée durant cette période. Cependant, si les personnages sont ceux de la pièce de Tchékhov «Ce fou de Platonov», le film est beaucoup moins noir que la pièce et les deux personnages nommés Platonov n'ont pas grand-chose en commun.
Le résultat est un film tragi-comique, ou alternent sans cesse l'émotion et la dérision. On y retrouve le theme Tchékovien du «nous allons enfin vivre, vivre pour de bon» et celui de «l'homme de trop», le noble inutile à la société, ainsi que le thème Tolstoïen du rapprochement avec les paysans. Le tout tressé avec des thèmes chers à Nikita Mikhalkov comme l'espérance et l'amour.
Une chaude journée d'été après un long hiver : des amis se retrouvent chez Anna Petrovna, veuve d'un général, et son beau-fils Serge, amoureux fou de sa jeune femme Sophie. Nous les suivons dans la chaleur de l'après-midi et la pluie d'orage de fin de journée – si typiques de l'été russe ! Ils font la fête, mais l'atmosphère est-elle vraiment à la fête?



Le piano mécanique est l'image de la société russe au tournant des deux derniers siècles. La partition d'une société hyper hiérarchisée se joue toute seule, mais pour combien de temps? Il est aussi le symbole de ce à quoi les paysans n'ont pas accès : la culture.


La petite noblesse représentée ici n'a plus les moyens financiers pour vivre de rentes, mais elle est la seule qui a accès aux études supérieures. Ainsi Nicolas Triletsky a fait des études de médecine, mais sans vocation, et comme Michel Platonov et Serge Voinitsev, il aimerait ne pas avoir à travailler. Serge, lui, rêve toujours d'une société plus juste, mais à condition de ne rien changer à sa vie de petit garçon gâté...


Faces aux hommes, souvent futiles et toujours empêtrés dans leurs contradictions, se dessinent peu à peu trois visages de femmes : Anna Petrovna, femme «libre» qui choisit ses amants et mène les hommes par le bout du nez, mais qui est à la merci de son créditeur ; Sophie, la jeune femme idéaliste (incarnée par la magnifique Elena Soloveï), qui se révèle plus immature et plus égoïste qu'il n'y paraît ; et enfin Sacha, la femme de l'instituteur Platonov. Ne vous y trompez pas : la trop naïve Sacha, à la fois si touchante et si ridicule, n'est pas le personnage insignifiant qu'elle semble être. Au contraire, c'est elle qui se révèle avoir les plus grandes qualités de coeur, et peut-être la seule véritable noblesse.



Rien n'est secondaire dans ce film : ainsi le personnage quasi-muet du jeune garçon fasciné par le phonographe est une des clés de compréhension de l'ensemble du film. Symbole de liberté et de renouveau, c'est sur son image que s'achèvera le film.


Les films russes ont comme particularité d'avoir une image extrêmement construite, où rien n'est laissé au hasard, les objets eux-mêmes ayant leur mot à dire. Autre particularité : la richesse de la bande sonore. Pour des raisons techniques, la bande-son des films de la Russie soviétique était toujours reconstituée en studio, et les grands réalisateurs comme Nikita Mikhalkov ou Andreï Tarkovsky en ont profité pour la travailler, avec plusieurs plans sonores, comme ils travaillent la mise en scène de l'image. En regardant ce film il nous faudra porter donc aussi attention aux sons qui viennent parfois au premier plan (la pluie, le train qui relie au monde moderne, à la ville...) ainsi qu'aux musiques utilisées, en particulier un air d'opéra de Donizetti : «Una furtiva lagrima». «Une larme furtive à surgi dans ses yeux, elle semblait envier la jeunesse en fête. Que désirer de plus? Elle m'aime, je le vois! Sentir un seul instant les battements de son coeur... Je ne demande rien de plus! Après on peut mourir d'amour.» Il n'est pas anodin que ces paroles clôturent le film.


D'un bout du film à l'autre le spectateur oscille entre le rire narquois et l'émotion vraie. Et il nous sera difficile d'oublier la scène finale, sans doute la plus belle, la plus émouvante, et tout à la fois la plus comique et dérisoire des déclarations d'amour de toute l'histoire du cinéma.

 


P. Massicot.