Carte    Texte intégral    
  
    Bordeaux      Les Landes      Bayonne et Biarritz
1. Prenez Versailles et mêlez-y Anvers
2. Le vieux Bordeaux

3. 
La Gironde et les Bordelaises
4. 
Bordeaux ville d'histoire
5. 
Le Bordeaux disparu
6. 
Le pont de Bordeaux
7. 
La cathédrale Saint-André
8. 
Plaidoyer pour la sauvegarde du patrimoine de Bordeaux
9. 
Les momies de Saint-Michel
10. 
La tour Saint-Michel
11. Les Landes ; les pins
12. 
Au-delà de Roquefort
13. 
Les sables des Landes
14. 
De Roquefort à Tartas
15. 
Les lièvres de Tartas
16. 
Le pont de Dax
17. Une maison sur le port de Bayonne
18. 
Une vue générale de Bayonne
19. 
La cathédrale de Bayonne
20. 
Vue de Biarritz
21. 
Les baigneuses de Biarritz
22. 
Une vision prophétique de Biarritz
23. 
De Bayonne à Biarritz, les aléas d'un touriste
24. 
Le château de Marrac, un épisode historique
 

24. Le château de Marrac, un épisode historique

A quelque distance de Bayonne, un de mes compagnons de route me montra dans l'ombre sur une colline le château de Marrac, ou du moins ce qui en reste aujourd'hui. Le château de Marrac est célèbre pour avoir été en 1808 le logis de l'empereur à l'époque de l'entrevue de Bayonne. Napoléon avait en cette occasion une grande pensée ; mais la providence ne l'accepta pas ; et quoique Joseph 1er ait gouverné les Castilles comme un bon et sage prince, l'idée, si utile pourtant à l'Europe, à la France, à l'Espagne et à la civilisation, de donner une dynastie neuve à l'Espagne fut funeste à Napoléon comme elle l'avait été à Louis XIV. Joséphine qui était créole et superstitieuse, accompagnait l'empereur à Bayonne. Elle semblait avoir je ne sais quels pressentiments, et comme Nunêz Saledo dans la romance espagnole, elle répétait souvent: il arrivera malheur de ceci. Aujourd'hui qu'on voit le revers de ces événements déjà enfoncés dans l'histoire à une distance de trente années, on distingue, dans les moindres détails, tout ce qu'ils ont eu de sinistre, et il semble que la fatalité en ait tenu tous les fils.

En voici une particularité tout à fait inconnue et qui mérite d'être recueillie. Pendant son séjour à Bayonne, l'empereur voulut visiter les travaux qu'il faisait exécuter au Boucaut. Les bayonnais qui avaient alors âge d'homme se souviennent que l'empereur un matin traversa à pied les allées marines pour aller gagner le brigantin mouillé dans le port qui devait le transporter à l'embouchure de l'Adour. Il donnait le bras à Joséphine. Comme partout il avait là sa suite de rois, et dans cette conjoncture c'étaient les princes du midi et les Bourbons d'Espagne qui lui faisaient cortège, le vieux roi Charles IV et sa femme, le prince des Asturies qui depuis a été roi et s'est appelé Ferdinand VII ; don Carlos, aujourd'hui prétendant sous le nom de Charles V. Toute la population de Bayonne était dans les allées marines et entourait l'empereur qui marchait sans gardes. Bientôt la foule devint si nombreuse et si importune dans sa curiosité méridionale que Napoléon doubla le pas. Les pauvres Bourbons essoufflés le suivaient à grand peine. L'empereur arriva au canot du brigantin - d'une marche si précipitée qu'en y entrant Joséphine, voulant saisir en hâte la main que lui tendait le capitaine du navire, tomba dans l'eau jusqu'aux genoux. En tout autre circonstance elle n'aurait fait qu'en rire. C'eut été pour elle, me disait en me contant la chose madame la duchesse de C***, une occasion de montrer sa jambe qu 'elle avait charmante. Cette fois, on remarqua qu'elle secoua la tête tristement. Le présage était mauvais. Tout ce qui assistait à cette aventure a fait une triste fin. Napoléon est mort proscrit ; Joséphine est morte répudiée ; Charles IV et sa femme sont morts détrônés ; quant à ceux qui étaient alors de jeunes princes, l'un est mort, Ferdinand VII ; I'autre, don Carlos, est prisonnier. Le brigantin qu'avait monté l'empereur s'est perdu deux ans après corps et biens sous le cap Ferret dans la baie d'Arcachon ; le capitaine qui avait donné la main à l'impératrice, et qui s'appelait Lafon, a été condamné à mort pour ce fait, et fusillé. Enfin le château de Marrac, où Napoléon avait logé, transformé successivement en caserne et en séminaire, a disparu dans un incendie. En 1820, pendant une nuit d'orage, une main, restée inconnue, y mit le feu aux quatre coins.